Touchant des mil­liers de patients chaque année et engen­drant des hand­i­caps sig­ni­fi­cat­ifs, les lésions nerveuses périphériques représen­tent un défi majeur de san­té. Face aux lim­ites des approches chirur­gi­cales tra­di­tion­nelles, la médecine régénéra­tive émerge comme une voie promet­teuse, offrant de nou­velles per­spec­tives thérapeu­tiques pour restau­r­er la fonc­tion nerveuse. Expli­ca­tions.

Qu’est-ce qu’un nerf ?

Le nerf est un com­posant du sys­tème nerveux périphérique, agis­sant comme un réseau de com­mu­ni­ca­tion com­plexe qui s’é­tend à par­tir du cerveau et de la moelle épinière vers le reste du corps humain. Chez l’homme, il existe 12 paires de nerfs crâniens au niveau encéphalique et 31 paires de nerfs spin­aux au niveau de la moelle épinière.

Sa prin­ci­pale fonc­tion est de trans­met­tre un sig­nal ou stim­u­lusd’un tis­su à un autre, au sein d’un organ­isme pluri­cel­lu­laire. Les nerfs con­stituent le prin­ci­pal lien de con­nex­ions entre le cerveau et le reste du corps humain. Plus pré­cisé­ment, un vaste réseau part du cerveau (situé dans la boîte crâni­enne) et descend dans tout le corps grâce à la moelle épinière sur laque­lle sont reliés la plu­part des nerfs. Ces derniers sont ensuite con­nec­tés aux dif­férents organes, mus­cles, glan­des et récep­teurs sen­soriels (pour les nerfs sen­si­tifs). Ils peu­vent soit trans­met­tre des infor­ma­tions au cerveau, c’est le cas des nerfs sen­si­tifs, soit recevoir des infor­ma­tions du cerveau, c’est le cas des nerfs moteurs respon­s­ables par exem­ple de la mise en mou­ve­ment volon­taire d’une artic­u­la­tion comme le bras.

Que se passe-t-il en cas de lésions des nerfs ?

Les trau­ma­tismes des nerfs périphériques con­stituent une prob­lé­ma­tique clin­ique com­plexe aux con­séquences sou­vent inval­i­dantes. Les lésions les plus fréquentes touchent prin­ci­pale­ment les nerfs des mem­bres supérieurs. Ces lésions peu­vent appa­raître en rai­son :

  • D’un trau­ma­tisme physique ;
  • D’une com­pres­sion chronique (syn­drome du canal carpi­en, sci­a­tique…) ;
  • D’un proces­sus inflam­ma­toire ou dégénératif ;
  • Du dia­bète ;
  • De com­pli­ca­tions liées à des traite­ments oncologiques.

Les con­séquences fonc­tion­nelles de ces lésions sont mul­ti­ples :

  • Perte de sen­si­bil­ité ;
  • Déficit moteur ;
  • Douleurs neu­ropathiques chroniques ;
  • Trou­bles trophiques.

L’im­pact sur la qual­ité de vie des patients est con­sid­érable, jus­ti­fi­ant les efforts de recherche actuels pour amélior­er leur prise en charge.

Quelles solutions thérapeutiques ?

Le traite­ment des neu­ropathies périphériques endom­magés dépen­dent de la cause sous-jacente et de la grav­ité des symp­tômes.

Six approches prin­ci­pales pos­si­bles :

La neurostimulation transcutanée

Cette inter­ven­tion con­siste à admin­istr­er à tra­vers la peau de faibles courants élec­triques sur des régions pré­cis­es afin de sup­pléer la fonc­tion nerveuse défi­ciente du ou des nerfs touchés. Ce procédé vise à stim­uler les nerfs et à soulager la douleur. 

L’autogreffe

Cette tech­nique repose sur l’utilisation des nerfs cutanés sen­si­tifs. Le prélève­ment dépend du nerf à répar­er. S’il s’agit d’un petit nerf sen­si­tif, comme un nerf col­latéral dig­i­tal, le prélève­ment peut se faire sur la branche médi­ane du nerf mus­cu­lo­cu­tané ou sur une des branch­es ter­mi­nales du brachial cutané́ interne. S’il s’agit de gref­fer un tronc d’un nerf mixte, médi­an, cubital ou radi­al, on s’adressera alors au prélève­ment du nerf saphène externe (nerf sur­al).

L’hydrodissection

Cette tech­nique de radi­olo­gie inter­ven­tion­nelle mini-inva­sive con­siste à injecter, sous con­trôle échographique, de l’eau sucrée iso­tonique ou des solu­tions salines autour du nerf afin de le sépar­er des tis­sus envi­ron­nants. Cela per­met de :

  • Réduire la pres­sion exer­cée sur le nerf, en soulageant ain­si la douleur ;
  • Favoris­er la cir­cu­la­tion san­guine et l’apport de nutri­ments essen­tiels, ce qui stim­ule la répa­ra­tion nerveuse naturelle.

Cette procé­dure est par­ti­c­ulière­ment indiquée dans les cas où un nerf est com­primé ou blo­qué, entraî­nant douleur, engour­disse­ment ou faib­lesse.

La thérapie génique

Elle ouvre égale­ment de nou­velles per­spec­tives thérapeu­tiques, par­ti­c­ulière­ment pour les neu­ropathies hérédi­taires. Elle con­siste à intro­duire du matériel géné­tique dans des cel­lules pour soign­er une mal­adie.

À l’Institut du Cerveau, des chercheurs ont notam­ment mis au point un traite­ment par thérapie génique capa­ble de cor­riger la prin­ci­pale anom­alie observée en cas de leu­cody­s­tro­phie métachro­ma­tique, une mal­adie qui affecte les nerfs périphériques. Pour leur étude, l’équipe a choisi un virus dit « adéno-asso­cié » d’un type spé­ci­fique (AAVPHP.eB) dont les pro­priétés lui per­me­t­tent de tra­vers­er sans peine cette bar­rière, et qui est sans dan­ger pour l’organisme. Les chercheurs l’ont util­isé comme vecteur — c’est-à-dire comme véhicule — pour trans­porter une copie du gène ARSA fonc­tion­nel dans le cerveau de souris chez qui ce gène était défi­cient. « Nous avons admin­istré le gène-médica­ment à des souris âgées de six mois, puis à des souris âgées de neuf mois dont les symp­tômes étaient plus sévères, détaille Françoise Piguet. Les effets du traite­ment ont ensuite été éval­ués trois et six mois après chaque injec­tion. »

Les résul­tats des chercheurs sont très encour­ageants. Le gène sain s’est dif­fusé avec suc­cès dans la pop­u­la­tion de neu­rones cibles, qui ont com­mencé à secréter la pré­cieuse enzyme et à cor­riger l’activité des cel­lules voisines dont les oligo­den­dro­cytes, pro­duc­teurs de myé­line. Les quan­tités de sul­fatides sont rev­enues à un niveau nor­mal et la neu­roin­flam­ma­tion a été forte­ment réduite dans le cerveau et la moelle épinière, même chez les souris de neuf mois dont la mal­adie était plus avancée.

Les guides nerveux biodégradables : une révolution technologique

L’une des avancées les plus promet­teuses provient des travaux de l’É­cole de médecine de l’U­ni­ver­sité de Pitts­burgh. Des chercheurs ont créé un guide nerveux biodégrad­able, un tube en polymère, rem­pli de pro­téines favorisant la crois­sance, per­me­t­tant de régénér­er de longues sec­tions de nerfs endom­magés sans avoir besoin de trans­planter des cel­lules souch­es ou un nerf don­neur. Cette approche inno­vante a démon­tré des résul­tats remar­quables lors d’es­sais pré­clin­iques chez les pri­mates non-humains.

La bio-impression 3D et ingénierie tissulaire

La bio-impres­sion 3D représente une avancée majeure dans le domaine de la médecine régénéra­tive. En déposant couche par couche des cel­lules vivantes et des bio­matéri­aux, les chercheurs parvi­en­nent à créer des tis­sus et des organes bio-imprimés. Cette tech­nolo­gie pour­rait per­me­t­tre la fab­ri­ca­tion sur mesure de gref­fons nerveux com­plex­es, adap­tés à la mor­pholo­gie spé­ci­fique de chaque lésion. 

La médecine régénéra­tive des nerfs périphériques illus­tre par­faite­ment l’évo­lu­tion de la médecine mod­erne vers des approches per­son­nal­isées et biologique­ment inté­grées. Cela néces­site cepen­dant une approche mul­ti­dis­ci­plinaire asso­ciant recherche fon­da­men­tale, développe­ment tech­nologique, essais clin­iques rigoureux et adap­ta­tion des struc­tures de soins.

Sources :