C’est un bull­doz­er lancé à pleine vitesse, indif­férent aux appels à la rai­son. Mal­gré l’alerte unanime des acteurs de san­té dès cet été, la logique pure­ment compt­able con­tin­ue d’imposer sa loi dans la ges­tion de la « liste en sus » – cet out­il essen­tiel conçu pour favoris­er l’innovation thérapeu­tique et garan­tir le finance­ment de dis­posi­tifs médi­caux ou de médica­ments trop coû­teux NON inclus dans les tar­ifs des GHS ini­tiale­ment.

Pen­sée comme une passerelle entre inno­va­tion et équité d’accès aux soins, la liste en sus devait naturelle­ment évoluer au rythme des pro­grès médi­caux, avec des sor­ties fondées sur la matu­rité des pro­duits, et une réin­té­gra­tion dans les GHS respectueuse des coûts réels et de la prise en charge des patients. C’était du moins l’esprit des textes de 2016 et 2021, faisant état notam­ment de ces ter­mes : « Les dépens­es observées rel­a­tives à l’utilisation de la spé­cial­ité phar­ma­ceu­tique sont réin­té­grées dans les tar­ifs des GHS cor­re­spon­dants. » Or, cette logique est aujourd’hui bal­ayée au prof­it d’un objec­tif brut : réalis­er 54 % d’économies sur les pro­duits ciblés, sans don­nées objec­tivées, sans étude d’impact, sans vision d’ensemble. Une telle approche met directe­ment en péril les achats hos­pi­tal­iers et la con­ti­nu­ité des soins.

Les con­séquences de telles déci­sions sont déjà con­nues et vis­i­bles. La radi­a­tion pré­cip­itée des guides FFR en 2023* a provo­qué une chute durable des pra­tiques, tous secteurs con­fon­dus : l’activité de 2025 reste inférieure à celle de 2022, soit 38 000, con­tre­dis­ant les prévi­sions mêmes de la HAS à plus de 52 000 en 2025. Cet exem­ple illus­tre les dégâts d’une poli­tique aveu­gle qui réduit la liste en sus à une sim­ple ligne d’économies. Les enjeux sur la pra­tique médi­cale sont bien réels, ain­si que les con­séquences qui peu­vent en découler en ter­mes de prise en charge.

Le plus inquié­tant est peut-être cette per­sis­tance dans l’erreur : mal­gré les mis­es en garde, l’administration avance vers la radi­a­tion de huit caté­gories de dis­posi­tifs médi­caux et neuf de médica­ments, pour un total de plus de 200 mil­lions d’euros, en réin­té­grant moins de la moitié des mon­tants dans les GHS. Comme si la matu­rité d’un pro­duit se mesurait à cinq années figées, comme si la diver­sité des pra­tiques et des marchés n’existait pas.

Cette dérive n’est pas inéluctable. Une gou­ver­nance réaf­fir­mée, fondée sur la pluri­an­nu­al­ité, l’évaluation rigoureuse de la matu­rité des pro­duits et une com­pen­sa­tion adap­tée et réal­iste totale des mon­tants radiés, est pos­si­ble. La liste en sus ne doit pas être l’instrument d’une austérité aveu­gle, mais rester un levi­er d’innovation et d’équité et être le garant d’un accès aux soins.

Il est encore temps de frein­er la folie compt­able en adop­tant d’autres approches en matière de recherche d’économies. Au-delà des colonnes budgé­taires, c’est la qual­ité de notre sys­tème de san­té et l’accès de tous aux meilleurs traite­ments qui sont en jeu.

Frédérique Gama
Prési­dente de la FHP-MCO

 

Cohen2020 — Impact du rem­bourse­ment de la FFR
COMET II — 21 févri­er 2023
*Guide de mesure de la frac­tion du flux de réserve coro­nar­ien (FFR)
FFR, impact du rem­bourse­ment sur son util­i­sa­tion en car­di­olo­gie inter­ven­tion­nelle