S’in­scrivant dans un con­texte de dig­i­tal­i­sa­tion crois­sante des soins de san­té, les thérapies numériques émer­gent comme une nou­velle caté­gorie d’in­ter­ven­tions thérapeu­tiques. Il s’ag­it plus pré­cisé­ment de dis­posi­tifs médi­caux numériques capa­bles de suiv­re l’observance des patients atteints de patholo­gies chroniques et de réé­du­quer ceux ayant des trou­bles moteurs ou cog­ni­tifs. Zoom sur ces inno­va­tions.

Qu’entendons-nous par thérapies numériques ?

Les thérapies numériques, égale­ment appelées « Dig­i­tal Ther­a­peu­tics (DTx) », con­stituent une nou­velle caté­gorie de solu­tions thérapeu­tiques. Que ce soient des appli­ca­tions mobiles ou des jeux vidéo, elles se dis­tinguent des sim­ples appli­ca­tions de bien-être par leur statut de véri­ta­bles dis­posi­tifs médi­caux numériques (DMN) pou­vant être pre­scrits par un médecin.

Applications et jeux vidéo quelle différence ?

Dévelop­pées selon des pro­to­coles clin­iques rigoureux, ces solu­tions numériques ont plusieurs voca­tions.

Les appli­ca­tions numériques médi­cales se dis­tinguent par leur approche struc­turée et leur inter­face pro­fes­sion­nelle. Elles priv­ilégient la col­lecte de don­nées objec­tives et la trans­mis­sion claire d’in­for­ma­tions médi­cales aux pro­fes­sion­nels de san­té. Elles facili­tent la ges­tion des mal­adies chroniques chez les patients néces­si­tant un suivi rigoureux à long terme comme le dia­bète, l’hy­per­ten­sion ou l’in­suff­i­sance car­diaque, en pro­posant des pro­to­coles thérapeu­tiques étab­lis de manière explicite. Elles offrent égale­ment des solu­tions inno­vantes pour la ges­tion de la douleur chronique.

Ces appli­ca­tions ciblent prin­ci­pale­ment un pub­lic adulte capa­ble de suiv­re une démarche thérapeu­tique de façon autonome, lui per­me­t­tant de main­tenir une bonne adhé­sion au traite­ment. Elles respon­s­abilisent le patient en le ren­dant acteur de son pro­pre traite­ment.

Leur for­mat con­vient par­faite­ment aux con­sul­ta­tions de télémédecine, au suivi de paramètres clin­iques et à l’é­d­u­ca­tion thérapeu­tique.

Les jeux vidéo quant à eux, révo­lu­tion­nent l’ap­proche thérapeu­tique en inté­grant sub­tile­ment les objec­tifs médi­caux dans des mécaniques ludiques. Ils créent des univers virtuels immer­sifs où le traite­ment devient un diver­tisse­ment inter­ac­t­if. Ces solu­tions exploitent les mécan­ismes psy­chologiques du plaisir et de la récom­pense grâce à des sys­tèmes de points, de niveaux et d’accomplissement qui génèrent un engage­ment spon­tané, per­me­t­tant sou­vent au patient d’ou­bli­er qu’il suit un traite­ment.

Ces out­ils ciblent pri­or­i­taire­ment les pop­u­la­tions réti­centes aux soins tra­di­tion­nels, notam­ment les enfants, les ado­les­cents ou les patients ayant des trou­bles moti­va­tion­nels en con­tour­nant les résis­tances psy­chologiques au traite­ment.

En san­té men­tale, ces jeux trait­ent effi­cace­ment la dépres­sion, l’anx­iété, les trou­bles de l’at­ten­tion avec hyper­ac­tiv­ité (TDAH), les pho­bies divers­es et les addic­tions.

En neu­rolo­gie, ils accom­pa­g­nent la réé­d­u­ca­tion des patients vic­times d’AVC ou souf­frant de trou­bles moteurs.

Ces thérapies numériques exploitent les mécan­ismes de neu­ro­plas­tic­ité cérébrale en stim­u­lant la for­ma­tion de nou­velles con­nex­ions neu­ronales. Elles facili­tent l’ap­pren­tis­sage de nou­velles com­pé­tences de ges­tion com­porte­men­tale et émo­tion­nelle, per­me­t­tant aux patients de dévelop­per des straté­gies d’adap­ta­tion durables. Ces inter­ven­tions favorisent une mod­i­fi­ca­tion com­porte­men­tale pro­fonde en rem­plaçant pro­gres­sive­ment les habi­tudes pathologiques par des com­porte­ments adap­tat­ifs. Leur aspect ludique trans­forme la con­trainte thérapeu­tique en expéri­ence plaisante et engageante.

Comment ces outils numériques permettent-ils de soigner ?

Les thérapies numériques présen­tent plusieurs avan­tages dis­tinc­tifs :

  • Leur acces­si­bil­ité per­ma­nente per­met aux patients de béné­fici­er d’un accom­pa­g­ne­ment thérapeu­tique 24 heures sur 24, indépen­dam­ment de leur local­i­sa­tion géo­graphique.
  • La per­son­nal­i­sa­tion de l’application ou du jeu vidéo opti­mise l’ef­fi­cac­ité du traite­ment en s’adap­tant con­tin­uelle­ment aux pro­grès et aux dif­fi­cultés ren­con­trées par le patient.
  • L’in­té­gra­tion de mécaniques de gam­i­fi­ca­tion main­tient la moti­va­tion et l’en­gage­ment des patients sur le long terme, fac­teur cru­cial dans le traite­ment des patholo­gies chroniques.
  • Le suivi con­tinu offre aux pro­fes­sion­nels de san­té des don­nées pré­cieuses pour ajuster les pro­to­coles de soin.

Ces solu­tions vien­nent com­pléter har­monieuse­ment les traite­ments tra­di­tion­nels en ren­forçant leur effi­cac­ité.

Quelques exemples :

·       Pop­pins. Cette entre­prise parisi­enne développe des out­ils de réé­d­u­ca­tion pour les enfants ayant des trou­bles du neu­rodéveloppe­ment, notam­ment les trou­bles dys, des trou­bles spé­ci­fiques du lan­gage et des appren­tis­sages. Ce dis­posi­tif médi­cal numérique vient com­pléter ou pal­li­er le manque et le retard de prise en charge ortho­phonique.

·       Ensweet. Dédié à la prise en charge car­dio­vas­cu­laire, ce logi­ciel offre une solu­tion inno­vante qui per­met aux patients de faire la tran­si­tion entre l’événement car­diaque et un retour à la vie nor­male. Il donne aux étab­lisse­ments la pos­si­bil­ité de suiv­re à dis­tance davan­tage de patients.

·       Toap Run. Ce jeu vise à ren­forcer les capac­ités d’équilibre et de loco­mo­tion des patients en tra­vail­lant des pos­tures de déséquili­bre telles que les déplace­ments latéraux, les fentes, la tor­sion du buste et les exten­sions. Le tout, sans que le patient ne s’en rende compte.

·       Moov­care. Cette appli­ca­tion per­met le suivi à dis­tance des patients atteints de can­cer en détec­tant pré­co­ce­ment les récidives grâce à l’in­tel­li­gence arti­fi­cielle.

Avec la feuille de route « Accélér­er le virage numérique », le gou­verne­ment a par ailleurs posé le cadre néces­saire au développe­ment et à la dif­fu­sion des DTx. Ce dis­posi­tif s’in­scrit dans le cadre de la Stratégie d’ac­céléra­tion « San­té numérique » qui vise à pré­par­er l’avenir et à faire de la France un leader en san­té numérique.

Ce cadre régle­men­taire français, artic­ulé autour des autorités offi­cielles ANSM, HAS et ANS, offre aujour­d’hui une voie struc­turée pour l’é­val­u­a­tion, l’au­tori­sa­tion et le rem­bourse­ment des thérapies numériques, posi­tion­nant la France comme un acteur dynamique de l’in­no­va­tion en san­té numérique en Europe.

Défis et perspectives d’avenir

L’in­té­gra­tion des thérapies numériques dans la pra­tique clin­ique soulève toute­fois plusieurs défis. La for­ma­tion des pro­fes­sion­nels de san­té à ces nou­veaux out­ils con­stitue un enjeu majeur. Il con­vient égale­ment d’établir des pro­to­coles clairs de pre­scrip­tion et de suivi, sim­i­laires à ceux exis­tant pour les médica­ments tra­di­tion­nels.

La ques­tion de l’ac­cept­abil­ité par les patients reste cen­trale. Bien que les généra­tions natives du numérique adoptent facile­ment ces solu­tions, les pop­u­la­tions plus âgées peu­vent man­i­fester des réti­cences néces­si­tant un accom­pa­g­ne­ment spé­ci­fique.

L’in­teropéra­bil­ité avec les sys­tèmes d’in­for­ma­tion hos­pi­tal­iers représente un autre défi tech­nique et organ­i­sa­tion­nel. L’in­té­gra­tion des don­nées générées par ces dis­posi­tifs dans le dossier médi­cal élec­tron­ique doit garan­tir la con­ti­nu­ité et la qual­ité des soins.

 Les thérapies numériques mar­quent une évo­lu­tion majeure vers une médecine per­son­nal­isée et acces­si­ble. Ces dis­posi­tifs médi­caux numériques, rigoureux dans leur développe­ment et val­i­da­tion, offrent de nou­velles per­spec­tives thérapeu­tiques dans de nom­breux domaines médi­caux. Leur inté­gra­tion pro­gres­sive dans l’arse­nal thérapeu­tique néces­site une approche col­lab­o­ra­tive entre développeurs, clin­i­ciens et autorités régle­men­taires pour garan­tir leur effi­cac­ité et leur sécu­rité. 

Sources :