
Dr Joëlle BELAISCH ALLART, membre du Comité consultatif national d’éthique (CCNE), présidente d’honneur du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF)
Comment définiriez-vous l’éthique et la bioéthique ?
L’éthique a pour but d’indiquer comment les êtres doivent se comporter, c’est la recherche du bien par un raisonnement conscient. L’éthique interroge. La bioéthique est une des branches de l’éthique qui étudie les questions qui peuvent apparaître à l’occasion de pratiques médicales nouvelles impliquant la manipulation d’êtres vivants ou de recherches en biologie. La bioéthique repose sur quatre principes : le respect de l’autonomie du sujet, le respect de la bienfaisance, le respect de la non-malfaisance et le respect de l’équité.
Pourriez-vous présenter les activités du CCNE ?
Le Comité consultatif national d’éthique a été le premier comité de ce type au monde. Il a été créé par François Mitterrand en février 1983 qui le justifiait par ces mots : « La science d’aujourd’hui prend souvent l’homme de vitesse. Il faut essayer d’y remédier : voilà dans le domaine qui est le vôtre, la raison d’être du Comité national d’éthique. » Le CCNE est une instance indépendante, pluridisciplinaire et consultative dont les missions sont de mener une réflexion éthique sur les questions soulevées par les progrès de la science, d’informer et de sensibiliser sur les enjeux sociétaux induits, et d’éclairer le décideur public. Les sujets de réflexions sur lesquels le CCNE s’interroge sont multiples : le consentement, l’accompagnement en fin de vie, le respect dû aux personnes vulnérables, l’incidence de l’éthique dans la recherche…
Le CCNE est composé de 45 membres bénévoles désignés pour trois ans, dont le mandat est renouvelable une fois. Le président du CCNE est nommé par le président de la République. Sur les 45 membres, cinq appartiennent à la philosophie ou à la spiritualité, dix-neuf membres sont sélectionnés pour leurs expertises et l’intérêt qu’ils portent à la réflexion éthique, quinze sont issus du secteur de la médecine ou de la recherche en sciences du vivant ou en sciences sociales, six membres représentent des associations. Les trente membres restants sont nommés par le président de la République, le Premier ministre et différentes institutions.
Le CCNE peut être saisi par le président de la République ou l’une des deux assemblées, un ministre, un établissement public ou d’enseignement supérieur, ou encore, par une fondation du domaine de la recherche, de la technologie ou de la santé, reconnue d’utilité publique. La CCNE peut aussi s’auto saisir.
Le comité est structuré en groupes de travail qui assurent une veille destinée à observer, alerter ou accompagner la réflexion à la suite d’une saisine. Une section technique composée de douze membres est chargée d’examiner les sujets, d’évaluer leur degré de maturité et de les préparer pour le comité plénier, qui se réunit chaque mois. Le comité plénier est un espace de délibération où les décisions sont prises à la majorité des suffrages. Le CCNE se veut avant tout un lieu d’échange et de recherche du consensus.
Depuis sa création, le CCNE a rendu 149 avis sur des sujets variés : la définition de l’embryon, la fin de vie, la santé mentale, l’examen gynécologique, etc.
Que comporte l’avis 149 relatif à la chute du nombre de naissances émis par le CCNE ?
Depuis plusieurs décennies, la natalité en France suit une courbe descendante, révélatrice de profondes transformations sociétales et biologiques. Le 20 juin 2024, le Comité consultatif national d’éthique a été saisi par le ministre délégué afin de conduire une réflexion approfondie et de formuler des recommandations pour éclairer les travaux préparatoires du plan gouvernemental de lutte contre l’infertilité.
Dans son avis n°149, le CCNE constate que le nombre de femmes en âge de procréer restant stable, c’est bien la fécondité qui est en baisse. Le Comité distingue deux facteurs explicatifs de cette tendance : les motifs économiques, sociaux et culturels, qui appellent une réponse politique ; et une baisse de la fécondité qui nécessite une réponse médicale.
Pour éclairer ces enjeux, le CCNE a mené une réflexion sur la place de l’enfant dans la société contemporaine, les raisons sociétales et biomédicales de la baisse de la natalité (au premier rang desquelles le recul de l’âge de la maternité), les facteurs exogènes et endogènes de l’infertilité, et les enjeux éthiques liés à la diminution de la natalité dans une société.
Cependant, le CCNE appelle au respect de l’autonomie de chacun face au désir d’enfant, à une solidarité des politiques publiques renforcée à l’égard de celles et ceux qui souhaitent fonder une famille, et à l’amélioration de l’équilibre entre les sexes. Le Comité souligne également la nécessité de poursuivre la recherche sur les causes de la baisse de la natalité afin de proposer des réponses adaptées, l’importance d’une information claire et transparente à destination de la population, et le besoin de concevoir des politiques publiques à long terme en tenant compte des soldes migratoires.