Pr Norbert IFRAH, Président de l’Institut national du cancer (INCa)

L’Institut nation­al du can­cer vient de fêter ses 20 ans, quels sont les points majeurs qui ont mar­qué ces deux décen­nies ?

Si 2025 mar­que effec­tive­ment les 20 ans de la créa­tion de l’Institut nation­al du can­cer, nous ne célébrons pas un sim­ple anniver­saire. Nous célébrons avant tout un mod­èle français de lutte con­tre les can­cers issu d’une déci­sion poli­tique et d’un sou­tien sans cesse renou­velé par les prési­dents de la République suc­ces­sifs. Un mod­èle égale­ment recon­nu en Europe et à l’international et que nos conci­toyens approu­vent.

Le 3 juil­let a été l’occasion pour l’Institut nation­al du can­cer de réu­nir l’ensemble des acteurs qui œuvrent sans relâche à ses côtés pour réduire le poids de la mal­adie dans notre pays. En présence de la min­istre en charge de la San­té, Madame Cather­ine Vautrin, et du min­istre en charge de la Recherche, Mon­sieur Philippe Bap­tiste, nous avons pu partager les avancées inter­v­enues au cours des deux dernières décen­nies. Des avancées qui ont sig­ni­fica­tive­ment amélioré le quo­ti­di­en des per­son­nes atteintes d’un can­cer et de leurs proches.

Les pro­grès ont été nom­breux et les résul­tats sont por­teurs d’espoir. Les don­nées illus­trent ces avancées : la mor­tal­ité glob­ale par can­cer recule de — 2,1 % chaque année chez les hommes et de — 0,6 % chez les femmes, et ce depuis le début des années 2010.

La survie à cinq ans aug­mente égale­ment pour une grande majorité de can­cers, notam­ment par­mi les plus fréquents, y com­pris chez les enfants.

Des actions struc­turantes ont jalon­né ces vingt dernières années. Nous pou­vons citer par exem­ple la mise en place des réu­nions de con­cer­ta­tion pluridis­ci­plinaires, les pre­miers critères d’agrément pour le traite­ment des can­cers ou encore les organ­i­sa­tions inter­ré­gionales de recours pour les can­cers pédi­a­triques. Ces dis­posi­tifs ont per­mis de garan­tir une meilleure qual­ité et sécu­rité des soins et du par­cours sur l’ensemble du ter­ri­toire, pour l’ensemble des patients.

La recherche a égale­ment enreg­istré des pro­grès sig­ni­fi­cat­ifs. Ain­si, l’accès aux essais clin­iques, notam­ment de phase pré­coce, per­me­t­tant aux patients d’accéder plus tôt à des inno­va­tions thérapeu­tiques promet­teuses a été large­ment éten­du. Le nom­bre de patients inclus dans ces essais a été mul­ti­plié par 2,8 entre 2002 et 2023, avec 50 625 inclu­sions dans les essais clin­iques académiques et 9 582 dans les essais clin­iques indus­triels. Il ne s’agit que de quelques exem­ples.

Quels sont les enjeux qui demeurent pour les années à venir ?

L’accent porté sur ces pro­grès n’occulte pas les défis qui demeurent. L’Institut nation­al du can­cer et l’ensemble des acteurs de la lutte con­tre les can­cers restent résol­u­ment engagés pour pour­suiv­re l’élan nation­al qui s’est engagé et qui ne faib­lit pas.

Nous sommes en 2025 dans une année charnière qui est notam­ment con­sacrée au bilan de la pre­mière feuille de route et à la déf­i­ni­tion de la sec­onde par­tie de la Stratégie décen­nale. Nos grands objec­tifs restent inchangés : mieux prévenir, innover davan­tage, tou­jours accom­pa­g­n­er et lut­ter sans relâche con­tre toutes les formes d’inégalités. Nous devons aus­si faire face au défi du partage des don­nées que ce soit au niveau nation­al, avec la mise en place du reg­istre nation­al des can­cers qui vient de nous être con­fiée par la loi votée à l’unanimité le 23 juin dernier, et au niveau inter­na­tion­al dans le cadre des travaux que nous menons avec l’Europe.

Der­rière chaque action, chaque pro­grès, ce sont des vies qui peu­vent être sauvées et des familles qui peu­vent retrou­ver l’espoir. Aus­si, nous nous devons col­lec­tive­ment d’être à la hau­teur de ces défis pour les 20 prochaines années !

Crédit pho­to ©Antoine Doyen pour l’IN­Ca