Stéphan de BUTLER d’ORMOND, président de Pauchet Santé
La Clinique Victor Pauchet existe depuis 1897. Est-elle, du fait de son âge, attachée à des valeurs particulières et comment l’ancrage historique marque-t-il l’activité et l’attractivité de la clinique ?
C’est en 1897 que le docteur Victor Pauchet inaugure la première clinique chirurgicale française. J’ai l’immense fierté d’être son arrière-petit-fils. Depuis sa création, la clinique incarne un esprit d’avant-garde en matière de pratique médicale. Victor Pauchet a notamment été à l’origine de la découverte de l’asepsie, puis de l’anesthésie loco-régionale. Ces avancées chirurgicales ont donné lieu à de nombreuses publications.
Depuis sa fondation, Pauchet Santé se caractérise comme ayant de fortes valeurs d’indépendance, qui se veulent constructives et engagées dans la défense du bien commun au service de la santé publique. Par notre implication institutionnelle, notre libre expression, la connaissance du terrain et les valeurs que nous défendons, contribuent à promouvoir une médecine innovante, de qualité et respectueuse de la dimension humaine.
En 2025, comment l’ancrage historique à Amiens notamment marque-t-il l’activité et l’attractivité de la Clinique ?
Notre ancrage territorial repose sur deux principes.
Avec nos équipes soignantes, support et managériales, nous répondons aux besoins de santé de la population de notre territoire. Nous intégrons notre offre de soins dans une approche de gradation des soins et de parcours patient. Ainsi, sur chaque territoire, nous répondons à la demande de soins là où nous avons développé un domaine d’expertise. L’intérêt du patient n’est jamais sacrifié au profit d’un intérêt centralisateur.
Nous sommes fortement impliqués dans les contrats locaux de santé. Notre offre sanitaire entre en résonance avec la politique de la ville, et contribue à la faire évoluer. À la suite de la labellisation IHAB (Initiative hôpital ami des bébés) de la maternité Victor Pauchet à Amiens, qui a été la première maternité de notre département à obtenir ce label d’excellence, nous avons ouvert la voie d’une accélération de la démarche auprès des autres établissements de santé publics et privés de notre territoire, et même de notre agglomération qui s’est engagée dans le label Ville amie des enfants. Notre action en matière de santé s’inscrit pleinement dans les dynamiques territoriales. Nous assumons une mission sociale et veillons à la pérennité de l’offre de soins. Notre but n’est pas lucratif, mais sanitaire : la rentabilité est une condition nécessaire pour assurer la continuité et la qualité de notre mission.
Comment envisagez-vous l’avenir ?
Je perçois les signes d’une France qui décroche et perd de son rayonnement. Notre système de santé peine à pouvoir déployer auprès des patients les innovations les plus avancées, qui pourraient mieux contribuer à leur prise en charge et leur santé.
L’utilisation des ressources de l’Assurance maladie nous semble pouvoir faire l’objet de plus de pertinence, ce qui pourrait mieux la préserver de la fragilité qui menace la pérennité de notre système de santé. Trop de considérations viennent imposer des remboursements insuffisamment corrélés aux moyens à déployer pour engager les soins aux patients. Trop de déséquilibres persistent entre les statuts administratifs qui viennent freiner les coopérations souhaitées par les plus hautes autorités de l’État, et qui nous semblent être nécessaires pour mutualiser les ressources pour une médecine d’excellence française, à la hauteur des enjeux de santé publique.
Ce qui me paraît extrêmement grave, c’est que cette approche, pour des raisons plus culturelles que rationnelles, crée de la discrimination et déconsidère les professionnels de santé. La France a besoin de toute leur mobilisation pour soigner les malades, dont les enjeux de santé sont croissants. Il manque de la confiance, de la reconnaissance et du respect.
À cela s’ajoute une charge administrative dont la croissance est exponentielle, au moment où notre pays se veut agir pour plus de simplification administrative, générant des coûts de structure incontournables que les médias relèvent si souvent, avec une inflation croissante des indicateurs.
Notre Pays consacre une part importante de son PIB à la santé et nous ne pouvons que nous inquiéter des difficultés grandissantes de notre secteur à pouvoir répondre efficacement aux enjeux de santé publique. L’écart entre la pensée politique et sa mise en application règlementaire aboutit pour notre secteur à l’opposé de l’intention initiale, ce qui met les acteurs de santé en tension systémique. Une société ne peut être performante que lorsqu’elle reconnaît la valeur de ses équipes. Il est urgent de revenir à l’essentiel de notre métier : soigner.
Pauchet Santé gère et anime aujourd’hui des hôpitaux privés à mission, des hôpitaux privés à but non lucratifs et des GCS publics-privés. Toutes ces structures assurent les mêmes missions, avec des équipes remarquables.
Les valeurs qui nous caractérisent et qui constituent notre socle — humanisme, respect, expertise médicale — sont aujourd’hui des valeurs recherchées.
