Mariana BEIJA, cheffe du Bureau des modèles de financement (FIP 2), sous-direction du financement et de la performance — DGOS

Comment le Bureau des modèles de financement de la DGOS aborde-t-il les trois compartiments du financement ?

La réforme vise à faire évoluer les modal­ités du finance­ment de l’activité MCO de manière à inté­gr­er la rémunéra­tion par objec­tifs de san­té publique. Cette réforme se doit d’instaurer des indi­ca­teurs per­ti­nents et adap­tés à l’or­gan­i­sa­tion de l’of­fre de soins et de recon­naître la par­tic­i­pa­tion des étab­lisse­ments de san­té sur leur ter­ri­toire aux objec­tifs de san­té publique. Les évo­lu­tions portées par la réforme visent à amélior­er la vis­i­bil­ité et la capac­ité d’an­tic­i­pa­tion en matière de finance­ment et d’allocation de ressources. Le bureau des mod­èles de finance­ment tra­vaille au déploiement de mod­èles suiv­ant trois grandes caté­gories de finance­ment pour le secteur des activ­ités de soins MCO.

D’une part, les activ­ités de soins pro­to­colées et repro­ductibles sur l’ensem­ble du ter­ri­toire con­ser­vent une tar­i­fi­ca­tion à l’ac­tiv­ité. Ce com­par­ti­ment per­met la rémunéra­tion à la journée, au séjour, à la séance et plus récem­ment la rémunéra­tion à l’épisode de soins a été ren­due pos­si­ble et sera util­isée dans le cadre de la réforme du finance­ment de la radio­thérapie et de la dial­yse. D’autre part, les soins aigus ou les pris­es en charge spé­ci­fiques qui néces­si­tent des moyens impor­tants mais dont les coûts sont indépen­dants du vol­ume de l’ac­tiv­ité réal­isée béné­ficieront d’un finance­ment mixte par dota­tion et à l’ac­tiv­ité.

Enfin, les mis­sions de préven­tion, de coopéra­tion, de coor­di­na­tion et d’amélioration de la qual­ité seront financées par dota­tion. Ce troisième volet relatif aux objec­tifs de san­té publique com­bine l’ensemble des dota­tions annuelles for­faitaires de préven­tion, de dis­posi­tifs d’évaluation de la qual­ité et de la per­ti­nence des soins tels le con­trat d’amélio­ra­tion de la qual­ité et de l’ef­fi­cience des soins (CAQES), l’incitation finan­cière à l’amélioration de la qual­ité (IFAQ), la coor­di­na­tion de par­cours de soins et des objec­tifs nationaux, ter­ri­to­ri­aux de san­té publique (ex-MIG).

Que retenir des évolutions du modèle IFAQ ?

L’objectif est de ren­dre le mod­èle lis­i­ble et actionnable par les étab­lisse­ments. Les enveloppes sont con­stru­ites de manière neu­tre par indi­ca­teur. Les règles de rémunéra­tion sont assez sim­ples et en fonc­tion à la fois de l’atteinte de la cible et de la pro­gres­sion. Ain­si chaque étab­lisse­ment définit un gain par indi­ca­teur en fonc­tion de son score et de sa pro­gres­sion espérés. L’ob­jec­tif est que tous les étab­lisse­ments puis­sent prévoir leur rémunéra­tion selon leur per­for­mance. La rémunéra­tion par indi­ca­teur sur la base de la per­for­mance indi­vidu­elle sera effec­tive pour 2026.

De plus, à moyen terme, une mod­i­fi­ca­tion pro­gres­sive du pan­el d’indi­ca­teurs se fera en lien avec les objec­tifs de la feuille de route nationale de la qual­ité des soins qui est en con­struc­tion. Par ailleurs, une réflex­ion sera menée de manière à con­stru­ire un seul dis­posi­tif de la rémunéra­tion à la qual­ité des étab­lisse­ments, en inté­grant notam­ment la dota­tion com­plé­men­taire qual­ité urgences (DCQ) dans la dota­tion IFAQ.

Quelles sont les évolutions en matière de financement de la dialyse ?

La réforme de finance­ment de la dial­yse est prévue par la loi du finance­ment de la sécu­rité sociale 2024 qui prévoit une for­faiti­sa­tion des séances de dial­yse sur la base de la tech­nique et des car­ac­téris­tiques des patients. Elle s’in­scrit dans un con­texte plus général d’évolution du finance­ment de la prise en charge de la mal­adie rénale chronique (MRC). Le for­fait MRC pour la pré-sup­pléance a déjà été mis en œuvre. Actuelle­ment des travaux de général­i­sa­tion du finance­ment des traite­ments con­ser­va­teurs sont en cours (Arti­cle 51).

La réforme du finance­ment de la dial­yse pour­suit plusieurs objec­tifs. Le pre­mier est d’inciter à une meilleure organ­i­sa­tion du par­cours du patient afin d’adapter la prise en charge aux besoins et au pro­jet de vie. De plus, elle vise à amélior­er l’in­scrip­tion pré­coce sur la liste d’at­tente, notam­ment au tra­vers une meilleure infor­ma­tion des patients. D’autre part, les modal­ités de finance­ment visent à main­tenir un mail­lage de l’of­fre de dial­yse sur le ter­ri­toire.

En cohérence avec la créa­tion des trois com­par­ti­ments de finance­ment en MCO, la dial­yse sera financée par un mod­èle mixte, qui com­bine une rémunéra­tion à l’ac­tiv­ité, une dota­tion à la qual­ité et une dota­tion de mis­sion spé­ci­fique.

La réforme du finance­ment de la dial­yse s’organise par étapes. Pour la mise en œuvre en 2026, des for­faits seront donc con­stru­its sur la base des car­ac­téris­tiques des patients selon 2 ou 3 groupes de com­plex­ité prenant en con­sid­éra­tion des don­nées médi­cales, sociales et per­son­nelles (autonomie du patient). De fin 2025 jusqu’à mi-2026, une étude des coûts sera réal­isée afin de pou­voir affin­er les for­faits pour une appli­ca­tion en 2027. Des sup­plé­ments des­tinés à inciter à l’of­fre de dial­yse en soirée ou en nuit seront intro­duits bien que nous soyons con­scients des prob­lèmes de RH que cela entraîne.

D’autres sup­plé­ments seront pro­posés : pour la prise en charge pédi­a­trique, la prise en charge pal­lia­tive, qui implique aus­si une coor­di­na­tion avec les équipes de soins pal­li­at­ifs, ain­si que pour le change­ment de struc­ture de manière à accom­pa­g­n­er la mobil­ité géo­graphique du patient.

Simul­tané­ment, une réflex­ion est menée sur la dota­tion à la qual­ité iden­ti­fiée suiv­ant des indi­ca­teurs, déjà disponibles ou facile­ment cal­cu­la­bles.

Pouvez-vous faire un point sur la réforme du financement des soins critiques ?

L’ob­jec­tif de la réforme du finance­ment des soins cri­tiques est d’as­sur­er une meilleure gra­da­tion des soins en fonc­tion de la lour­deur du patient, et d’être en mesure de mobilis­er des ressources pour garan­tir une capac­ité d’ac­cueil per­ma­nente et suff­isante sur l’ensem­ble des ter­ri­toires. La propo­si­tion ini­tiale de dota­tion de sécuri­sa­tion tran­si­toire ayant été rejetée par l’ensem­ble des par­ties, elle ne sera pas mise en place cette année. C’est pourquoi une mesure de sou­tien de 45 mil­lions d’eu­ros pour la réan­i­ma­tion sera attribuée dans l’intervalle.

La DGOS engage dès main­tenant des travaux de révi­sion des critères de fac­tura­tion des sup­plé­ments des soins cri­tiques en col­lab­o­ra­tion avec les con­seils nationaux pro­fes­sion­nels cor­re­spon­dants. Ain­si, les CNP de médecine inten­sive réan­i­ma­tion (MIR) et médecine anesthé­siste réan­i­ma­teur (MAR) ont été mis­sion­nées pour pro­pos­er des recom­man­da­tions d’évo­lu­tion de ces nou­veaux critères. Ils per­me­t­tront de car­ac­téris­er la crit­ic­ité des patients en cohérence avec le nou­veau régime des autori­sa­tions.

Un fonc­tion­nement tran­si­toire est mis en place, avec les nou­velles autori­sa­tions des soins cri­tiques qui se traduisent par la trans­for­ma­tion des unités de sur­veil­lance con­tin­ue en unités de soins inten­sifs poly­va­lents (USIP) éli­gi­bles aux sup­plé­ments de soins inten­sifs. L’ob­jec­tif est de dis­pos­er des critères rat­tachés aux patients afin de garan­tir la cor­recte allo­ca­tion des ressources sup­plé­men­taires. Cette évo­lu­tion est tem­po­raire et elle s’in­scrit dans le con­texte des travaux engagés, à brève échéance, sur les critères d’at­tri­bu­tion des sup­plé­ments de soins cri­tiques.