David GRUSON, directeur pro­gramme san­té du groupe Jou­ve et fon­da­teur d’Ethik-IA

Vous avez remis à l’In­sti­tut Mon­taigne un rap­port sur les impacts de l’IA sur les RH. Dans ce rap­port, vous évo­quez la notion de trans­fert de com­pé­tences. Quels sont les trans­ferts de com­pé­tences du fait de l’IA ?

Nous vivons actuelle­ment une véri­ta­ble révo­lu­tion dans la dif­fu­sion des cas d’usage de l’intelligence arti­fi­cielle en san­té. C’est une vraie lame de fond, encore prin­ci­pale­ment focal­isée sur le champ de l’imagerie au sens large. Le mou­ve­ment con­cerne l’ensemble du sys­tème de san­té avec une ciné­tique en accéléra­tion forte due à la nou­velle vague de l’IA généra­tive. Pour autant, cette rapid­ité ne met pas en cause le con­stat que nous étab­lis­sions dès 2019 dans ce rap­port : le mou­ve­ment vers l’IA ne con­duit pas à met­tre en dan­ger telle ou telle spé­cial­ité médi­cale. Nous assis­tons plutôt, comme en radi­olo­gie, à un mou­ve­ment plus large de repo­si­tion­nement, d’une part vers des tâch­es à plus haute valeur ajoutée médi­cale comme le domaine inter­ven­tion­nel et, d’autre part, à une réar­tic­u­la­tion avec les pro­fes­sions paramédi­cales adja­centes. En out­re, nous obser­vons un mou­ve­ment puis­sant – accen­tué par le « moment chat GPT » que nous vivons en 2023 – de dif­fu­sion de l’IA sur les fonc­tions sup­ports et logis­tiques du sys­tème de san­té. Il est majeur de pou­voir accom­pa­g­n­er la trans­for­ma­tion des métiers asso­ciés à ces fonc­tions, mais aus­si de pou­voir sys­té­ma­tis­er la sen­si­bil­i­sa­tion à l’IA dans les for­ma­tions médi­cales et soignantes, ini­tiales et con­tin­ues.

En matière d’IA, la régle­men­ta­tion impose une garantie humaine. Vous par­lez de tiers de con­fi­ance. Com­ment les étab­lisse­ments de san­té doivent-ils/peu­vent-ils s’or­gan­is­er pour se con­stituer en tiers de con­fi­ance ?

Effec­tive­ment, nous avons porté depuis 2017 dans le débat pub­lic avec Ethik-IA ce principe de « garantie humaine », désor­mais repris dans la loi de bioéthique d’août 2021 et dans le règle­ment européen sur l’IA – l’AI Act – qui s’appliquera à tous à par­tir de mi 2025 avec le même niveau de force oppos­able et de sanc­tions finan­cières que le RGPD.

Il est essen­tiel que puis­sent se con­stituer, à l’instar de ce que nous avons déjà fait aux côtés des acteurs du domaine buc­co-den­taire ou de la radi­olo­gie, des écosys­tèmes de garantie humaine avec des tiers de con­fi­ance représen­tants d’aires thérapeu­tiques ou de groupes d’établissements. C’est ain­si que nous pour­rons tenir le cap d’une régu­la­tion pos­i­tive, voie d’équilibre entre le sou­tien à l’innovation par l’IA et la régu­la­tion de ses enjeux éthiques.

Vous observez un développe­ment par niche, en silo de l’IA. Com­ment et pourquoi anticiper une mise en œuvre glob­ale, une réflex­ion col­lec­tive ?

Il est absol­u­ment essen­tiel de se pos­er ces ques­tions col­lec­tive­ment. C’est ce que font la FHP et la FHP-MCO et je tiens à le saluer. Nous avons ini­tié cette réflex­ion depuis plusieurs années main­tenant avec Lamine Ghar­bi, et je con­state avec sat­is­fac­tion qu’une dynamique d’ensemble s’enclenche. Les acteurs de san­té doivent se saisir de la révo­lu­tion de l’IA pour s’y ouvrir, la réguler et non pas subir le mou­ve­ment. L’IA n’est jamais qu’un out­il tech­nologique et ce n’est pas à la tech­nolo­gie de dicter une stratégie médi­cale. Il appar­tient aux pro­fes­sion­nels et aux étab­lisse­ments de met­tre l’IA au ser­vice de l’amélioration de la qual­ité de la prise en charge des patients.