Sandrine CONSTANS,
Directrice de Baluchon France

Qu’est-ce que le balu­chon­nage ?

Ce con­cept vient du Québec, ini­tié en 1999 par un médecin géri­a­tre auprès de per­son­nes atteintes d’Alzheimer, pour per­me­t­tre aux aidants d’avoir un relais.

Le balu­chon­nage est un dis­posi­tif de répit et d’ac­com­pa­g­ne­ment à domi­cile pour les proches aidants et les per­son­nes dépen­dantes qui ne sont pas en capac­ité de sor­tir de chez elles (grande dépen­dance, trou­bles psy­chiques ou men­taux). Ce ser­vice per­met à l’aidant de s’ab­sen­ter plusieurs jours d’af­filée, tan­dis qu’un aidant unique for­mé à des mis­sions longue durée, vient pren­dre sa place. Pour assur­er la sécu­rité du salarié, une astreinte télé­phonique h24 est mise en place.

L’objectif est d’améliorer le quo­ti­di­en et la rela­tion du cou­ple aidant-aidé. Les aidants sont sou­vent cap­tifs de leur sit­u­a­tion et n’ont jamais passé le relais ou n’osent pas. Le balu­chon­nage per­met, avec la pré­pa­ra­tion minu­tieuse avec dif­férentes phas­es qui ras­surent l’aidant, d’accéder à du répit. Une éval­u­a­tion à domi­cile est faite au moment de la demande de l’aidant avec un pro­fes­sion­nel for­mé. Ensuite la per­son­ne volon­taire pour assur­er cette mis­sion va faire une vis­ite de cour­toisie pour ras­sur­er tout le monde, une dizaine de jours avant le balu­chon­nage.

Le répit de longue durée va d’un min­i­mum de 36 heures à 6 jours con­sé­cu­tifs, avec une moyenne de 4,17 jours. 50 % des aidés ont 75 ans et 50 % souf­frent de la mal­adie d’Alzheimer ou d’un trou­ble appar­en­té. 11 % sont des enfants atteints de trou­bles du développe­ment ou d’autisme. Les aidants ont en moyenne 64 ans.

En quoi le balu­chon­nage est-il égale­ment un accom­pa­g­ne­ment ?

Le balu­chon­neur se rend compte des dif­fi­cultés que ren­con­tre l’aidant au quo­ti­di­en. Il va lui pro­pos­er des sug­ges­tions et recom­man­da­tions dans un jour­nal d’accompagnement, un retour de sit­u­a­tion vécue avec le proche aidé.

Le balu­chon­neur donne égale­ment une vision sur les capac­ités restantes du proche aidé. Il lui apporte un autre regard sur ce que la per­son­ne peut encore porter et sur ce qu’elle sait encore faire. Il ras­sure l’aidant dans son rôle, et lui per­met de pren­dre du recul et par­fois d’autres ori­en­ta­tions, par exem­ple opter pour une prise en charge infir­mière pour la toi­lette…

Où en est l’expérimentation démar­rée en 2019 ?

Balu­chon France accom­pa­gne 16 ser­vices à domi­cile retenus dans l’expérimentation de déro­ga­tion au droit du tra­vail qui autorise le con­cept d’un inter­venant unique par mis­sion. Démar­rée en France en 2019, l’expérimentation doit se ter­min­er en fin d’année.

2023 sera déci­sive pour assur­er la péren­ni­sa­tion de ce dis­posi­tif spé­ci­fique, dont l’enjeu prin­ci­pal est le finance­ment, qui est actuelle­ment très hétérogène sur le ter­ri­toire. Les caiss­es de retraite com­plé­men­taire Agirc-Arrco finan­cent une par­tie des balu­chon­nages sur cer­tains ter­ri­toires, des sub­ven­tions glob­ales sur appels à pro­jets ont été obtenues, des aides indi­vidu­elles activées… L’aidant a égale­ment droit à un crédit d’impôt pour financer une par­tie du ser­vice.

Nous souhaitons pou­voir péren­nis­er le balu­chon­nage au niveau de l’intervenant unique en 2024, sur l’ensemble des départe­ments, et financé par de l’argent pub­lic. Le méti­er de balu­chon­neur doit égale­ment être recon­nu au niveau du droit du tra­vail.