Dr Jean-Marc CATESSON, président de la FHP région Hauts-de-France

Vous venez d’être réélu pour un prochain man­dat de 3 ans à la tête de la FHP Hauts-de-France, quels sont les grands chantiers qui vous occu­pent ?

Actuelle­ment, la révi­sion par­tielle du plan région­al de san­té (PRS), qui sera suiv­ie d’une revue com­plète en 2023 des 1 200 autori­sa­tions, nous préoc­cupe beau­coup. Les déci­sions qui seront pris­es décideront de l’avenir de notre secteur.

Nous sommes inqui­ets pour le devenir de nos 6 ser­vices d’urgence (sur 31), de nos 8 lits de réan­i­ma­tion et de nos antennes d’accueil des urgences qui per­dent leurs autori­sa­tions avec la nou­velle réforme. Nous souhai­te­ri­ons péren­nis­er nos struc­tures de soins inten­sifs qui devront, selon les nou­velles règles, dis­pos­er de réan­i­ma­teurs sur place, de même nos cen­tres de soins non pro­gram­més qui accueil­lent plus de 100 000 patients par an et que la réforme ne prévoit pas. Une dizaine de nos clin­iques pro­posent un tel ser­vice, par­fois adossé à leur ser­vice d’urgence : une offre de soin indis­pens­able sur notre ter­ri­toire.

Un autre grand chantier con­cerne nos mater­nités qui sont en grande par­tie de niveau 1 et qui sont men­acées de fer­me­ture, du fait entre autres de la baisse de natal­ité et des dif­fi­cultés de recrute­ment de sages-femmes. Une de nos mater­nités privées a fer­mé défini­tive­ment cette année et 2 font une pause esti­vale, faute de ressources humaines suff­isantes. Nous allons ten­ter d’en faire évoluer quelques-unes vers le niveau 2, mais l’ARS a déjà amor­cé un audit pour savoir si le secteur pub­lic serait à terme en capac­ité d’absorber les nais­sances du privé.

Et bien enten­du, nos étab­lisse­ments ren­con­trent des prob­lèmes en matière de recrute­ment de pro­fes­sion­nels de san­té, qui deman­dent de nous impli­quer davan­tage dans la for­ma­tion pour sor­tir de cette crise et de tra­vailler sur l’attractivité des métiers du soin. Nous plan­i­fions l’ouverture d’une école de for­ma­tion IFSI et IBODE. Le secteur privé doit lui aus­si pren­dre en main la ques­tion de la for­ma­tion de ses per­son­nels.

Quel est le poids du secteur privé dans votre région ?

Les 76 clin­iques privées dans les Hauts-de-France assurent 54 % de la chirurgie, 65 % de la chirurgie ambu­la­toire, 65 % de la chirurgie car­ci­nologique, 70 % de la radio­thérapie, 55 % des chimio­thérapies, 25 % des nais­sances, 1/3 du SSR et 10 % des hos­pi­tal­i­sa­tions psy­chi­a­triques*. Notre secteur est dans beau­coup de domaines, incon­tourn­able, cepen­dant, un tiers de nos étab­lisse­ments sont indépen­dants, donc plus vul­nérables. Nous avons en face de nous un secteur pub­lic puis­sant (33 CH), en grande dif­fi­culté soit, mais qui pra­tique un lob­by­ing fort et qui est soutenu par une grande par­tie des per­son­nal­ités poli­tiques en place.

La crise Covid n’a‑t-elle pas fait évoluer les choses ?

Les clin­iques et hôpi­taux privés ont pris en charge entre 15 et 20 % des patients Covid, alors que la réan­i­ma­tion est plutôt du ressort du secteur pub­lic dans notre région. Ils ont trans­for­mé du jour au lende­main des ser­vices en unités de soins inten­sifs, ont prêté main forte et assuré leur part d’effort durant la crise… Nous avons le sen­ti­ment aujourd’hui que tout cela est oublié. Les posi­tions dog­ma­tiques repren­nent le dessus et nous devons repar­tir en croisade pour défendre notre secteur.

La révi­sion par­tielle du PRS s’avère ten­due et donne le ton. Les hôpi­taux publics qui ren­con­trent d’énormes prob­lèmes pour assur­er les urgences, plutôt que de col­la­bor­er avec nous pour créer un mail­lage plus intel­li­gent sur notre ter­ri­toire, accusent le secteur privé de tous les maux… Nous fer­ons tout pour préserv­er les urgences privées sur notre ter­ri­toire, qui nous définis­sent en tant qu’acteurs de soins au ser­vice de notre bassin de pop­u­la­tion et régis­sent égale­ment la rela­tion ville-hôpi­tal. Les nou­veaux textes qui prévoient d’appuyer les urgences et les soins non pro­gram­més sur les CPTS, qui sont essen­tielle­ment d’obédience publique dans notre région, nous inquiè­tent à juste titre.

Notre nou­veau DG ARS sem­ble être plus à l’écoute et prône plus de coopéra­tion entre tous les acteurs sur notre ter­ri­toire, publics et privés.  Espérons que le bon sens pré­vau­dra dans les arbi­trages à venir.

* https://www.fhp-hautsdefrance.com/cliniques-hopitaux-prives/cartographie-et-chiffres/