Dr François ESCAT, Président du SNUHP         (Syndicat national des urgentistes de l’hospitalisation privée)

En pleine crise des urgences, quelles sont les dif­fi­cultés que ren­con­trent les urgen­tistes privés ?

Le prob­lème des urgences est nation­al. Il con­cerne les secteurs privé et pub­lic. Nous assis­tons à une fuite des per­son­nels : médecins, infir­miers et aides-soignants parce que nous atteignons des rythmes insouten­ables. Un médecin dans un SU privé voit en moyenne 60 patients par jour et les per­son­nels paramédi­caux avec lesquels il tra­vaille sont soumis au même rythme. C’est pourquoi, épuisés, beau­coup démis­sion­nent pour s’installer à leur compte ou faire de l’intérim. Nous souf­frons d’une pénurie de bras infir­miers, aides-soignants et médecins, dans des pro­por­tions jamais égalées.

L’été sera très com­pliqué à gér­er puisque nous fonc­tion­nons en équipe, con­sti­tuée de médecins, IDE, AS, ASH, per­son­nels admin­is­trat­ifs… et qui s’apparente à une équipe de rug­by nationale regroupant des joueurs de dif­férents clubs. Il faut appren­dre à tra­vailler ensem­ble et cela ne se fait pas immé­di­ate­ment, aus­si, comme il y a for­cé­ment une péri­ode de rodage, le recours à des per­son­nels intéri­maires ne per­met pas ce fonc­tion­nement en équipe soudée. C’est pourquoi un cer­tain nom­bre de clin­iques et d’hôpitaux fer­ment leurs urgences sur divers­es tranch­es horaires. Les postes sont ouverts mais ne sont pas pourvus.

De plus, des lits fer­ment dans les hôpi­taux et clin­iques par manque de per­son­nel pour les faire tourn­er. Ces fer­me­tures ont par ric­o­chet un impact direct sur notre activ­ité et nos ressources puisque les patients « stag­nent » aux urgences en atten­dant d’être redirigés.

Quelles solu­tions pré­conisez-vous pour amélior­er la sit­u­a­tion à court et moyen ter­mes ?

La ressource infir­mière est dev­enue rare et cette pénurie chronique appelle de toute évi­dence une réponse forte. La mesure la plus logique pour redonner de l’attractivité au méti­er et faire revenir les infir­miers à l’hôpital et dans les clin­iques est finan­cière. Il faut reval­oris­er les salaires de base, le tra­vail de nuit, celui du week-end… Les aug­men­ta­tions de salaire du Ségur ou les propo­si­tions de notre nou­velle min­istre ne suff­isent pas. Les infir­miers, en par­ti­c­uli­er ceux des urgences, sont déten­teurs d’un savoir-faire acquis sur le ter­rain, qui doit être recon­nu à sa juste valeur. Ils sont indis­pens­ables.

Un deux­ième levi­er est l’aménagement des métiers d’infirmier et aide-soignant, avec une évo­lu­tion des fonc­tions, plus d’autonomie et de vraies per­spec­tives méti­er. Nous pour­rions imag­in­er dévelop­per plus encore les pro­to­coles de coopéra­tion des infir­miers des urgences autorisés à effectuer des actes sup­plé­men­taires afin de libér­er du temps médi­cal aux médecins.

Est-ce qu’une meilleure régu­la­tion des urgences ne serait pas un début de solu­tion ?

La régu­la­tion doit être réfléchie par des per­son­nes qui con­nais­sent par­faite­ment le fonc­tion­nement des urgences. Une régu­la­tion a déjà lieu avec le 15 et le SAS (ser­vice d’accès aux soins), mais toute per­son­ne se présen­tant spon­tané­ment aux urgences doit être vue par un médecin.

Glob­ale­ment, dans nos ser­vices, la petite trau­ma­tolo­gie est bien gérée mais nous ren­con­trons des dif­fi­cultés accrues avec la venue de per­son­nes âgées poly­pathologiques, dépen­dantes et qui séjour­nent jusqu’à 15 jours en unité d’hospitalisation de courte durée par carence de places en géri­a­trie au sens large du terme. Nous en recevons entre 5 et 6 par jour dans mon ser­vice ! Elles atter­ris­sent chez nous parce que la prise en charge en amont est défail­lante. Les soign­er demande par ailleurs une disponi­bil­ité de ressources que nous ne pou­vons que dif­fi­cile­ment dégager.

De même, la nuit aux urgences, il n’y a per­son­ne pour faire l’accueil admin­is­tratif. Nous procé­dons par­fois à 50 entrées en une seule nuit, gérées par un ou deux infir­miers. Le poids des démarch­es que ceux-ci doivent effectuer fait que nous ne dis­posons plus du temps néces­saire aux soins, ajoutant de la démo­ti­va­tion.