Dr Laetitia MAY-MICHELANGELI, chef du service évaluation et outils pour la qualité et la sécurité des soins — HAS

Accrédi­ta­tion indi­vidu­elle des médecins ou en équipe, que choisir ?

L’accréditation des médecins s’adresse à une liste restreinte de prati­ciens qui ont une activ­ité à risque en étab­lisse­ment de san­té. Cette démarche volon­taire mise en place en 2006 répondait alors à la crise assur­antielle ren­con­trée notam­ment par les gyné­co­logues-obstétriciens. À par­tir de 2014, avec l’aide d’organismes de pairs des spé­cial­ités agréés par la Haute autorité de san­té (HAS), cette démarche a évolué en pro­posant une accrédi­ta­tion en équipe médi­cale. Depuis, presque 30 % des médecins accrédités le sont en équipe, cette mon­tée en charge cor­re­spond donc à une attente de ter­rain. La marge de pro­gres­sion générale est encore impor­tante, ain­si sur les 35 000 prati­ciens éli­gi­bles à l’accréditation, 8 000 sont aujourd’hui accrédités, ils exer­cent majori­taire­ment en mode libéral. Nous souhai­te­ri­ons embar­quer davan­tage de prati­ciens hos­pi­tal­iers pour avoir une vision plus com­plète des risques dans les blocs opéra­toires.

Notre dis­posi­tif évolue en per­ma­nence et s’adapte aux change­ments de l’environnement pro­fes­sion­nel. La HAS promeut l’amélioration du tra­vail en équipe pour amélior­er la sécu­rité des patients, notant que à l’inverse le dys­fonc­tion­nement des équipes génère des évène­ments indésir­ables. Ain­si, nous ren­forçons l’approche en équipe qui a de mul­ti­ples ver­tus, dont celle de partager col­lec­tive­ment une expéri­ence autour de la qual­ité. De plus, les retours de ter­rain nous amè­nent à évoluer d’une équipe mono-dis­ci­plinaire (orthopédiste par exem­ple) vers une équipe pluridis­ci­plinaire (chirurgien/anesthésiste/radiologue…).

Com­ment l’accréditation évolue-t-elle en 2022 ?

Tout d’abord, notre démarche est co-con­stru­ite avec les organ­ismes agréés par la HAS qui sont com­posés de représen­tants des sociétés savantes, des secteurs pub­lic et privé, des syn­di­cats, des col­lèges sci­en­tifiques. C’est un point essen­tiel du dis­posi­tif.

Nous souhaitons pren­dre en compte le plus pos­si­ble ce qui est déjà fait sur le ter­rain au quo­ti­di­en par le pro­fes­sion­nel de san­té ou l’équipe. Même si l’on repart du pro­gramme défi­ni par la spé­cial­ité, nous allons chercher des ini­tia­tives ter­rain afin de les val­oris­er dans l’accréditation. Pour cela nous tra­vail­lons avec les représen­tants des spé­cial­ités pour faire évoluer leur pro­gramme. Notre objec­tif est de don­ner du sens à cette démarche et de la sim­pli­fi­er. L’accréditation ne demande pas plus, mais peut être de faire autrement.

Com­ment l’accréditation s’articule-t-elle avec la cer­ti­fi­ca­tion péri­odique des pro­fes­sion­nels et le DPC ?

L’accréditation va au-delà du DPC, autrement dit aujourd’hui, l’accréditation vaut DPC.

Par ailleurs, elle répond déjà aux deux pre­mières briques de la cer­ti­fi­ca­tion péri­odique qui devient oblig­a­toire en 2023. La HAS tra­vaille avec les organ­ismes agréés pour faire évoluer les pro­grammes afin d’intégrer les deux autres briques man­quantes (rela­tion patient et san­té du pro­fes­sion­nel) sur les qua­tre prévues de la cer­ti­fi­ca­tion péri­odique. Nous atten­dons les décrets à venir qui cadreront cette démarche. La HAS prône pour a min­i­ma une artic­u­la­tion avec la cer­ti­fi­ca­tion péri­odique et au mieux pour son équiv­a­lence.

Enfin, l’accréditation des médecins et des équipes est un critère avancé de la cer­ti­fi­ca­tion de la qual­ité des étab­lisse­ments de san­té qui per­met à l’établissement de san­té, si tous les autres critères sont rem­plis, d’obtenir éventuelle­ment une men­tion à sa pro­pre cer­ti­fi­ca­tion.

L’accréditation est un out­il d’amélioration de la qual­ité des soins pour le patient et apporte du sens aux prati­ciens.