Notre corps abrite des mil­liards de micro-organ­ismes vivants — bac­téries, virus, champignons, par­a­sites et autres formes de vie — col­lec­tive­ment dénom­mées micro­bio­me. Divers organes ont des habi­tants micro­bi­ens dis­tincts, mais le groupe qui a attiré le plus d’at­ten­tion dans la recherche bio­médi­cale est celui du micro­biote de l’in­testin.

Les pro­grès sci­en­tifiques ont per­mis aux chercheurs de déter­min­er de plus en plus fine­ment le rap­port des inter­ac­tions hôte-micro­biote et de mieux com­pren­dre le rôle que jouent les microbes intestin­aux sur la san­té d’un indi­vidu.

Un microbiote unique pour chacun

 Chaque per­son­ne pos­sède un ensem­ble de génomes micro­bi­ens entière­ment unique qui est à l’o­rig­ine déter­miné par son ADN. Le nour­ris­son est au départ exposé aux micro-organ­ismes lors de l’ac­couche­ment, dans le canal de nais­sance et par le lait mater­nel. Les micro-organ­ismes aux­quels le nour­ris­son est exposé dépen­dent unique­ment des espèces trou­vées chez la mère. Par la suite, les expo­si­tions envi­ron­nemen­tales et le régime ali­men­taire peu­vent mod­i­fi­er le micro­bio­me d’une per­son­ne pour qu’il soit béné­fique pour la san­té ou l’ex­pos­er à un risque accru de mal­adie.

Le micro­biote se com­pose de microbes qui sont à la fois utiles et poten­tielle­ment nocifs. La plu­part sont sym­bi­o­tiques (lorsque le corps humain et le micro­biote en béné­fi­cient) et cer­tains, en plus petit nom­bre, sont pathogènes (ils favorisent le développe­ment de mal­adies). Dans un corps sain, micro­biote pathogène et sym­bi­o­tique coex­is­tent sans prob­lème. Mais s’il y a une per­tur­ba­tion de cet équili­bre — provo­quée par des mal­adies infec­tieuses, cer­tains régimes ou l’u­til­i­sa­tion pro­longée d’an­tibi­o­tiques ou d’autres médica­ments destruc­teurs de bac­téries — une dys­biose se pro­duit, arrê­tant ces inter­ac­tions nor­males.

En con­séquence, le corps peut devenir plus sen­si­ble aux mal­adies.

Les effets bénéfiques du microbiote intestinal

Le micro­biote stim­ule le sys­tème immu­ni­taire, décom­pose les com­posés ali­men­taires poten­tielle­ment tox­iques et syn­thé­tise cer­taines vit­a­mines et acides aminés, y com­pris les vit­a­mines B et la vit­a­mine K. Par exem­ple, les enzymes clés néces­saires à la for­ma­tion de la vit­a­mine B12 ne se trou­vent que dans les bac­téries, pas chez les plantes et les ani­maux.

Les sucres comme le sucre de table et le lac­tose (sucre du lait) sont rapi­de­ment absorbés dans la par­tie supérieure de l’in­testin grêle, mais les glu­cides plus com­plex­es comme les ami­dons et les fibres ne sont pas aus­si facile­ment digérés et peu­vent se déplac­er plus bas dans le gros intestin.

Là, le micro­biote favorise la décom­po­si­tion grâce aux enzymes diges­tives. La fer­men­ta­tion des fibres non digestibles entraîne la pro­duc­tion d’acides gras à chaîne courte (SCFA) qui peu­vent être util­isés par l’or­gan­isme comme source de nutri­ments mais jouent égale­ment un rôle impor­tant dans la fonc­tion mus­cu­laire et éventuelle­ment la préven­tion de mal­adies chroniques, dont cer­tains can­cers et trou­bles intestin­aux.

Le micro­biote d’une per­son­ne en bonne san­té fourni­ra égale­ment une pro­tec­tion con­tre les organ­ismes pathogènes qui pénètrent dans le corps, par exem­ple en buvant ou en mangeant de l’eau ou des ali­ments con­t­a­m­inés.

Com­ment entretenir le micro­biote intesti­nal, garant de l’équilibre du corps ?

Le rôle des probiotiques

Si le micro­biote est si vital pour notre san­té, com­ment pou­vons-nous nous assur­er que nous en avons suff­isam­ment ou les bons types ?

Il s’ag­it soit d’al­i­ments con­tenant naturelle­ment du micro­biote, soit de sup­plé­ments con­tenant des bac­téries actives vivantes, annon­cées pour favoris­er la san­té diges­tive. Les ventes de sup­plé­ments pro­bi­o­tiques ont dépassé 35 mil­liards de dol­lars en 2015, avec une aug­men­ta­tion prévue à 65 mil­liards de dol­lars d’i­ci 2024.

Une alimentation riche en fibres

Une ali­men­ta­tion riche en fibres affecte en par­ti­c­uli­er le type et la quan­tité de micro­biote dans les intestins.

Les fibres ali­men­taires ne peu­vent être décom­posées et fer­men­tées que par des enzymes du micro­biote vivant dans le côlon.

Les acides gras à chaîne courte (SCFA) sont libérés à la suite de la fer­men­ta­tion.

Cela abaisse le pH du côlon, qui à son tour déter­mine le type de micro­biote présent qui sur­vivrait dans cet envi­ron­nement acide.

Le pH plus bas lim­ite la crois­sance de cer­taines bac­téries nocives comme Clostrid­i­um dif­fi­cile.

La recherche crois­sante sur les SCFA explore leurs effets éten­dus sur la san­té, notam­ment la stim­u­la­tion de l’ac­tiv­ité des cel­lules immu­ni­taires et le main­tien de taux san­guins nor­maux de glu­cose et de cholestérol.

En général, les fruits, les légumes, les hari­cots et les grains entiers comme le blé, l’avoine et l’orge sont tous de bonnes sources de fibres prébi­o­tiques. Les per­son­nes souf­frant de sen­si­bil­ités gas­tro-intesti­nales telles que le syn­drome du côlon irri­ta­ble doivent intro­duire ces ali­ments en petites quan­tités pour d’abord éval­uer leur tolérance. Avec une util­i­sa­tion con­tin­ue, la tolérance peut s’amélior­er avec moins d’ef­fets sec­ondaires.

Si l’on n’a pas de sen­si­bil­ités ali­men­taires, il est impor­tant de met­tre en place pro­gres­sive­ment un régime riche en fibres car un régime pau­vre en fibres peut non seule­ment réduire la quan­tité de micro­biote béné­fique, mais aus­si aug­menter la crois­sance de bac­téries pathogènes qui se dévelop­pent dans un envi­ron­nement moins acide.

Microbiome intestinal et dysfonctionnement

Des fac­teurs externes (tels que la con­som­ma­tion d’an­tibi­o­tiques, la com­posante ali­men­taire, le stress psy­chologique et physique) et les fac­teurs de l’hôte peu­vent induire une dys­biose du micro­bio­me intesti­nal.

La dys­biose est sus­cep­ti­ble d’altér­er le fonc­tion­nement nor­mal du micro­biote intesti­nal dans le main­tien du bien-être de l’hôte et d’in­duire poten­tielle­ment un dénom­bre­ment sélec­tif de cer­tains mem­bres du micro­biote, y com­pris les patho biontes, con­duisant à une pro­duc­tion dérégulée de pro­duits ou de métabo­lites dérivés de microbes qui pour­raient être nocifs pour l’hôte, provo­quant divers­es gamme de mal­adies sur des organes locaux, sys­témiques ou dis­tants cer­taines des mal­adies nota­bles, ain­si que leur traite­ment respec­tif basé sur le micro­biote.

Maladie inflammatoire de l’intestin (MICI)

Un exem­ple de mal­adie asso­ciée au micro­bio­me intesti­nal est la MICI.

Les MICI sont un groupe d’in­flam­ma­tions gas­tro-intesti­nales mul­ti­fac­to­rielles, idiopathiques, per­sis­tantes et récur­rentes.

Deux formes courantes d’IBD sont la MC et la CU

Dans la MC, l’in­flam­ma­tion peut se pro­duire n’im­porte où le long de l’ensem­ble du trac­tus gas­tro-intesti­nal, alors que la CU se lim­ite unique­ment au gros intestin.

Les deux formes sont asso­ciées à des diar­rhées récur­rentes, de la fièvre et des douleurs abdom­i­nales.

Bien que notre com­préhen­sion du mécan­isme de la pathogenèse de cette mal­adie fasse encore défaut, l’in­ter­ac­tion entre le micro­biote intesti­nal et les fac­teurs de l’hôte mon­tre un grand poten­tiel pour con­tribuer au développe­ment de la mal­adie.

La réponse immu­ni­taire inap­pro­priée de l’hôte con­tre le micro­biote gas­tro-intesti­nal chez un indi­vidu géné­tique­ment prédis­posé est sup­posée être le prin­ci­pal respon­s­able de l’in­flam­ma­tion grave.

Une corrélation entre intestin et cerveau ?

On fait sou­vent référence à l’in­testin par le terme sec­ond cerveau du fait que c’est l’or­gane où l’on retrou­ve le plus de neu­rones après le cerveau et la moelle épinière.

Ces neu­rones vont pro­duire des neu­romé­di­a­teurs tels que la séro­to­nine qui va impacter la régu­la­tion de nos émo­tions.

Des recherch­es récentes s’intéressent au déséquili­bre du micro­biote intesti­nal et son impli­ca­tion dans cer­taines mal­adies neu­rodégénéra­tives comme Parkin­son et Alzheimer, les trou­bles de l’humeur (stress, anx­iété…), des mal­adies psy­chiques (dépres­sion, autisme…) ou la COVID.

La recherche émer­gente sur le micro­bio­me humain, son rôle dans le bien-être humain et la mal­adie est actuelle­ment sous les feux de la rampe, avec des chercheurs de divers domaines de spé­cial­ité clin­ique essayant d’in­té­gr­er cette «pièce man­quante poten­tielle du puz­zle» dans les mod­èles de mal­adies exis­tants.

Cela dit, notre com­préhen­sion du micro­bio­me intesti­nal en est encore à un stade très prélim­i­naire.