Jean-Louis MAURIZI, président de la FHP PACA

La région PACA est très impactée par le Covid, quelle est la sit­u­a­tion ?

La sit­u­a­tion est très inquié­tante, avec une 5e vague par­mi les plus fortes de France, débutée avec le vari­ant delta en novem­bre, suiv­ie actuelle­ment de celle d’omicron.

Début décem­bre le niveau d’alerte était en palier 5 – le plus élevé –, et les étab­lisse­ments ont très vite atteint les 100 % de leurs capac­ités ini­tiales, en ser­vices de réan­i­ma­tion mais aus­si de médecine, davan­tage en ten­sion.

Avec 465 places de réan­i­ma­tion en temps nor­mal, les capac­ités ont de nou­veau été aug­men­tées, au prix de dépro­gram­ma­tion des activ­ités médi­co-chirur­gi­cales dif­férables, à par­tir de décem­bre avec 560 places et le 6 jan­vi­er, 677 places.

Trois ser­vices de réan­i­ma­tion éphémères ont été ouverts : deux dans le secteur privé et un pub­lic. Entre le 10 et le 15 décem­bre, sur demande de l’ARS, un ser­vice éphémère a ouvert 12 lits de réan­i­ma­tion, ce qui sig­nifi­ait trou­ver 34 infir­mières avant les fêtes !

Les capac­ités de réan­i­ma­tion des étab­lisse­ments de san­té privés de statut com­mer­cial, qui con­sti­tu­aient 20 % de l’of­fre régionale ini­tiale, assurent env­i­ron 25 % de l’of­fre éten­due, du fait d’une aug­men­ta­tion du nom­bre de ses réan­i­ma­tions : de 9 à 11 et de leurs capac­ités et de 109 jusqu’à 175 places. Nous prenons en charge env­i­ron 24 % des patients Covid en réan­i­ma­tion et jusqu’à 30 % de ces patients dans des Bouch­es-du-Rhône.

Dans ces cir­con­stances et car le droit du tra­vail ne le per­me­t­tait pas, les groupes Alma­vi­va San­té et Ram­say San­té ont accep­té des réqui­si­tions du préfet afin de redé­ploy­er des soignants, respec­tive­ment de la Clin­ique Juge vers la Clin­ique de Marig­nane et de la Clin­ique Mon­ti­cel­li Vélo­drome vers l’Hôpital Privé Clair­val. Tous les man­agers, les médecins et les soignants font preuve d’un civisme exem­plaire.

L’aval a bien été assuré par les HAD et les SSR privés, qui ont accueil­li les patients Covid en nom­bre et de façon plus que pro­por­tion­nelle à leurs capac­ités.

Quel est l’état d’esprit des soignants ?

C’est la 2e année de l’épidémie. Les soignants nous dis­ent : « à nou­veau, nous n’avons pas eu de fête de Noël, à nou­veau, nous n’avons pas eu de réveil­lon… » Même payés le dou­ble, comme c’est par exem­ple le cas dans mon étab­lisse­ment de SSR, ce n’est pas suff­isant. C’est très dif­fi­cile pour tous.

En décem­bre, ayant fait le point avec toutes les agences de recrute­ment régionales via le Medef, il n’y avait pas une seule infir­mière ni une seule aide-soignante disponible sur le marché. Aujourd’hui, à l’absentéisme nor­mal, s’ajoute un absen­téisme sup­plé­men­taire de l’ordre de 7 % dû au Covid, car des salariés sont soit infec­tés, soit cas con­tact. Nous n’avons pas noté cepen­dant de ten­dance de démis­sion dans les ser­vices de réan­i­ma­tion.

Par ailleurs, le départe­ment des Bouch­es-du-Rhône dont la pop­u­la­tion n’est vac­cinée qu’à 70 % a ren­for­cé ses cen­tres de vac­ci­na­tion, con­som­ma­teurs en ressources humaines. Une sit­u­a­tion que par exem­ple la Bre­tagne ne con­naît, pas avec un taux de vac­ci­na­tion de 90 %. D’ailleurs, nous remer­cions les étab­lisse­ments bre­tons car ils ont pris en charge cer­tains de nos patients, dans le cadre d’évacuations san­i­taires indis­pens­ables.

Avec le Ségur 1 et 2, les infir­miers reçoivent 260 euros sup­plé­men­taires et les aides-soignants 225 euros. Les étab­lisse­ments s’attendent à une aug­men­ta­tion de 10 % de leurs charges salar­i­ales, un effort excep­tion­nel qui, selon le Medef, n’est à la portée d’aucun secteur d’activité. Pour­tant, cet effort majeur n’est même plus recon­nu par les soignants, même si je peux par­faite­ment enten­dre que ce n’est peut-être pas suff­isant. Si des moyens financiers sont déployés, notre sys­tème pêche par une très mau­vaise organ­i­sa­tion, alors même que cha­cun joue son rôle au mieux, y com­pris les ARS. Les salariés écoutent les médias et suiv­ent les réseaux soci­aux qui pointent ce qui ne marche pas et val­orisent telle­ment peu ce qui marche.

Quel est l’état d’esprit des médecins ?

Ils démon­trent à nou­veau un véri­ta­ble engage­ment. Quand nous voyons com­ment des chirurgiens, des gas­tros… se for­ment en accéléré pour pren­dre des gardes. C’est le cas de médecins des étab­lisse­ments du groupe Elsan ou de Syn­er­gia dans le Vau­cluse, qui ont ouvert 60 lits sup­plé­men­taires de médecine. Ou encore, les néphro­logues de la Clin­ique Bouchard ont ouvert avec leurs con­frères un ser­vice de médecine pour 10 patients insuff­isants rénaux atteints du Covid.

J’enrage de voir que les promess­es de rémunéra­tion déroga­toire des gardes (75 € de l’heure la nuit, 50 € de l’heure la journée) ne sont tou­jours pas écrites. En l’absence de quoi, dans le cadre de la PDSES, il est pro­posé 12,50 € de l’heure aux médecins qui sont en majorité des petites entre­pris­es. Cer­tains d’entre eux ont repris des gardes alors même que celles de 2020 ne sont pas encore payées ! Notre admin­is­tra­tion est la seule qui ne prend pas ses respon­s­abil­ités et accepte des dys­fonc­tion­nements majeurs à cause de l’absence d’un papi­er, d’un texte… Mais j’espère que notre ARS trou­vera une solu­tion.

Au moment où les CME déci­dent des dépro­gram­ma­tions (la région est en palier 5) afin de trans­fér­er du per­son­nel, nous atten­dons tou­jours de l’agence un cour­ri­er à l’attention des médecins qui les informe sur des dis­posi­tifs financiers pos­si­bles pour com­penser leur mobil­i­sa­tion.

Je tire mon cha­peau aux équipes des clin­iques et hôpi­taux privés, mais aus­si à celles de l’AP-HM, du CHU de Nice, de l’Hôpital mil­i­taire de Toulon… qui ont été extrême­ment effi­caces.

Au démar­rage de cette 5e vague, les élé­ments de lan­gage des acteurs du secteur pub­lic ont été « le secteur privé ne fait rien ». Nous les avons immé­di­ate­ment ren­con­trés et aujourd’hui, nous prenons en charge une activ­ité dis­patchée par des coor­di­na­teurs qui ne regar­dent pas le statut.

Toute­fois, par­fois, je me rap­pelle que mon cen­tre de SSR, un des deux seuls de la région qui prend en charge les patients lourds en pneu­molo­gie, est rémunéré 55 % de moins que les SSR publics…

Mon cri final sera donc de dire : alors que l’hospitalisation privée de PACA a aug­men­té son nom­bre de lits de réan­i­ma­tion de 109 à 175 en jan­vi­er 2022, a pris en charge 82 % des patients atteints du Covid dans les étab­lisse­ments de SSR en 2021, l’État doit nous recon­naître le mérite d’appartenir au ser­vice pub­lic hos­pi­tal­ier, dont nous sommes exclus depuis la loi Touraine. C’est une vraie blessure.