Christian Saout — président du Conseil pour l’engagement en santé des usagers HAS

Com­ment qual­i­fi­er l’engagement en san­té ?

Il est impor­tant dans un pre­mier temps de dif­férenci­er la représen­ta­tion de l’engagement et la HAS les définit pré­cisé­ment dans sa recom­man­da­tion pub­liée le 22 sep­tem­bre 2020. Ain­si, la représen­ta­tion se car­ac­térise par le fait de siéger dans des instances dont l’existence, la mis­sion et la com­po­si­tion sont prévues par un texte (décret, arrêté, …). L’engagement se com­prend comme étant une méth­ode de tra­vail parte­nar­i­ale entre les usagers du sys­tème de soins et les pro­fes­sion­nels admin­is­trat­ifs ou de san­té de l’établissement, parce qu’on peut tra­vailler avec les deux. Les prob­lé­ma­tiques d’amélioration de l’accueil dans un étab­lisse­ment par exem­ple seront adressées plutôt aux équipes admin­is­tra­tives et celles de l’amélioration de la prise en charge san­i­taire à la sor­tie ou à l’accueil, aux pro­fes­sion­nels de san­té. Pour ce qui est de la représen­ta­tion, il faut avoir été nom­mé pour siéger, alors qu’au con­traire, l’engagement est acces­si­ble à tous, acteurs asso­ci­at­ifs et au-delà.

Quels sont les principes et les valeurs de l’engagement ?

La HAS définit l’engagement comme un mod­èle de parte­nar­i­at, qui implique la recon­nais­sance d’égalité et le partage de diag­nos­tic avec les usagers. On est vrai­ment dans l’idée que les patients et les usagers ont des com­pé­tences, des savoirs, et que cela a autant de valeur que le savoir des pro­fes­sion­nels admin­is­trat­ifs ou celui des pro­fes­sion­nels de soins.

La mis­sion de l’engagement n’est pas for­cé­ment de porter un dis­cours ou des paroles au sens de représen­ter les intérêts des usagers pour porter un plaidoy­er. L’objectif est plutôt de s’engager dans l’action. Par exem­ple, qu’est-ce que peut faire un insuff­isant rénal, un gref­fé, pour un groupe de per­son­nes con­cernées par la même patholo­gie ? Quelle aide peut-il leur apporter con­crète­ment ? Je suis tou­jours éton­né que per­son­ne n’ait encore inven­té le « Daco », le droit à l’accompagnement oppos­able– en référence au « Dalo », le droit au loge­ment oppos­able. On devrait tous avoir un droit à l’accompagnement. Donc c’est aus­si ça qu’on peut faire avec l’engagement, faire émerg­er des solu­tions con­crètes pour répon­dre aux attentes des patients. Ain­si, l’engagement n’est pas à met­tre en oppo­si­tion avec la représen­ta­tion. En toute com­plé­men­tar­ité, il peut fournir à ceux qui sont engagés dans une représen­ta­tion insti­tu­tion­nelle des élé­ments de reven­di­ca­tion.

Ensuite, l’engagement est un proces­sus con­tinu et les per­son­nes qui s’engagent sont impliquées du début à la fin, et idéale­ment par­ticipent à l’évaluation des actions.

Quelles formes peu­vent pren­dre l’engagement ?

La recom­man­da­tion de bonnes pra­tiques de la HAS cite plusieurs mod­èles d’engagement : expéri­ence patient, savoirs expéri­en­tiels, pairs-aidants… Six pro­jets qui retra­cent l’action au titre de l’engagement, mis en place dans des étab­lisse­ments de san­té ou des étab­lisse­ments soci­aux et médi­co-soci­aux, ont été sélec­tion­nés pour leur per­ti­nence et solid­ité sur quelque 150 pro­jets, rap­portés par des pro­fes­sion­nels de san­té, des étab­lisse­ments et des asso­ci­a­tions. Ces pro­jets respectent les principes et valeurs fortes de l’engagement : principe d’égalité de parole entre les dif­férents inter­venants, de diag­nos­tic partagé, d’intervention con­jointe, d’évaluation con­jointe …

La HAS a posé un pre­mier socle qui sont les valeurs et les principes. J’ai cou­tume de dire qu’il y a encore plus de tra­vail devant nous, que ce qu’on a résolu, parce que main­tenant il faut aller au fond des pro­jets, se plonger dans l’expérience patient pour essay­er de définir des guide­lines rel­a­tive­ment sim­ples, des con­seils méthodologiques. Puis il faut s’intéresser aus­si à la pair-aid­ance, au parte­nar­i­at patient…Il y a encore beau­coup à faire !