Stéphane Le Bouler, président du think tank Lisa

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Entre 2017 et début 2021, il a été respon­s­able de pro­jet pour l’intégration à l’université des for­ma­tions paramédi­cales et de maïeu­tique, pour les min­istères de l’Enseignement supérieur et de la San­té.

Dans le cadre du plan de relance, il a mené fin 2020 à la demande du Pre­mier min­istre, une mis­sion de con­cer­ta­tion État-régions sur la créa­tion de places de for­ma­tion en san­té.

Pourquoi le recrute­ment en san­té est-il prob­lé­ma­tique ?

Toute action en matière de ges­tion des ressources humaines doit être analysée en fonc­tion de nom­breux paramètres de ges­tion mais elle doit aus­si répon­dre à une représen­ta­tion du futur. D’une manière générale, la prospec­tive stratégique en san­té sup­pose d’articuler trois dimen­sions : les vari­ables con­textuelles exogènes au sys­tème de san­té mais ayant une inci­dence sur ce secteur (sit­u­a­tion économique, mobil­ité, ouver­ture inter­na­tionale, etc.), les vari­ables pro­pres au sys­tème de san­té (démo­gra­phie, épidémi­olo­gie, inno­va­tions, mode de finance­ment, mod­èle pro­fes­sion­nel, car­ac­téris­tiques et aspi­ra­tions des patients, ges­tion du risque, etc.), … qui auront une inci­dence sur les besoins en ressources humaines, enfin des vari­ables de ges­tion de ces ressources (con­tenus de for­ma­tion, mod­èles péd­a­gogiques, poli­tique de rémunéra­tion, répar­ti­tion des com­pé­tences, etc.). La prospec­tive stratégique est rarement pra­tiquée en France avec ce niveau d’ambition ; on se con­tente bien sou­vent de visions par­tielles, en croisant des vari­ables deux à deux, empêchant de voir le tableau d’ensemble.

L’Observatoire de la démo­gra­phie des pro­fes­sions de san­té devrait être en mesure de bâtir une prospec­tive de cet ordre mais il n’est pas vrai­ment équipé pour cela. Le manque de coor­di­na­tion des poli­tiques menées, les change­ments par à‑coups et sans vision glob­ale sont pour par­tie à l’origine des crispa­tions actuelles en matière de partage des tâch­es entre les soignants et des dif­fi­cultés de recrute­ment des ressources humaines dans le secteur de la san­té.

Com­ment la for­ma­tion peut-elle répon­dre à cette demande crois­sante de main-d’œu­vre ?

Les pop­u­la­tions étu­di­antes évolu­ent. Les étu­di­ants en soins infir­miers ont les mêmes aspi­ra­tions que leurs homo­logues étu­di­ant à l’université. Ils veu­lent con­naître les mêmes expéri­ences que les autres étu­di­ants de leur généra­tion, aspirent à la mobil­ité pro­fes­sion­nelle et géo­graphique, enten­dent pou­voir repren­dre des études au cours de leur car­rière… Il faut donc tra­vailler en per­ma­nence les con­tenus de la for­ma­tion, les méth­odes d’enseignement, met­tre en place des passerelles, réfléchir au finance­ment des études en cours de car­rière…. Lorsqu’on entend créer de nou­velles places de for­ma­tion en masse, comme c’est le cas aujourd’hui, il faut par exem­ple assou­plir le cadre de l’accueil en stage pour que celui-ci ne soit pas blo­quant…

Quelle répar­ti­tion des com­pé­tences pré­conisez-vous pour un sys­tème plus effi­cace ?

Actuelle­ment, les régions sont tenues d’analyser régulière­ment les besoins en for­ma­tions san­i­taires et sociales et doivent con­fig­ur­er l’appareil de for­ma­tion (qu’elles finan­cent) en con­séquence… mais elles n’ont pas la main sur les quo­tas de for­ma­tion… De leur côté, les agences régionales de san­té sont le relai du min­istère en matière de ressources humaines… mais accor­dent une atten­tion très vari­able à ces prob­lé­ma­tiques. Les besoins en ter­mes de quo­tas exprimés par les régions sont trans­mis à la DGOS (direc­tion générale de l’offre de soins) qui décide des places de for­ma­tion région par région. Il serait, il me sem­ble, plus effi­cace de laiss­er ceux qui con­nais­sent le ter­rain et sont respon­s­ables du finance­ment décider en la matière. Un tra­vail de cadrage stratégique partagé entre l’État et les régions, sur une base pluri­an­nuelle, per­me­t­trait d’éclairer utile­ment ces déci­sions.