Pr Corinne Vons, chirurgien digestif, présidente de l’Association francophone de chirurgie ambulatoire (AFCA)

Des chirurgiens qui ne fai­saient pas cer­taines chirur­gies lour­des en ambu­la­toire s’y sont mis durant la crise Covid sim­ple­ment pour pou­voir opér­er leurs malades, cela pour­rait-il être un aspect posi­tif de cette crise ?

La pandémie de la Covid a été révéla­trice de l’importance majeure de la chirurgie ambu­la­toire en péri­ode de crise san­i­taire. Pour­tant, durant la pre­mière vague, ce sont les unités de chirurgie ambu­la­toire qui ont été fer­mées en pri­or­ité. Les équipes mobiles et les équipements pou­vaient du jour au lende­main être affec­tés à d’autres ser­vices. Lors de la sec­onde vague, on a com­pris que, au con­traire, la chirurgie ambu­la­toire était un levi­er essen­tiel pour absorber un vol­ume impor­tant d’actes chirur­gi­caux dépro­gram­més, avec moins de risques pour les patients d’être con­t­a­m­inés par la Covid. Des chirurgiens qui ne fai­saient pas cer­tains actes en chirurgie ambu­la­toire ont ain­si com­mencé. L’AFCA voit cette pro­gres­sion d’un œil posi­tif, cepen­dant il ne faut pas oubli­er que la chirurgie ambu­la­toire requiert une prise en charge haute­ment spé­cial­isée pour les chirurgiens, les anesthé­sistes et les équipes soignantes en charge du par­cours patient. Avoir un malade rétabli et debout moins de 6 heures après une opéra­tion est un savoir-faire d’équipe qui s’appuie sur les récentes don­nées de la Réha­bil­i­ta­tion rapi­de après chirurgie (RAAC), et ne s’improvise pas. La ges­tion des risques chirur­gi­caux postopéra­toires prend là toute son impor­tance de chirurgie ambu­la­toire, néces­site aus­si des savoir-faire de l’équipe et le malade lui-même est impliqué, car il sort avant d’être totale­ment guéri, comme d’ailleurs lors de sor­ties très pré­co­ces (<3 jours).

Une prise de con­science a eu lieu et nous l’analysons actuelle­ment. La même ten­dance se retrou­ve dans les autres pays comme il l’a été con­staté lors du con­grès inter­na­tion­al de chirurgie ambu­la­toire (IAAS) ce mois-ci. Il fau­dra bien sûr garder le cap après la crise.

La pre­mière ses­sion des Journées nationales de chirurgie ambu­la­toire (JAB21), qui auront lieu sur une journée cette année le 21 juin, portera sur ce thème. Il y aura des retours d’expériences que nous présen­terons lors de cette ses­sion.

Quels seront les autres thèmes des JAB21 ?

Nous allons aus­si par­ler de la prise en charge cen­trée sur le patient en chirurgie ambu­la­toire. Il ne s’agit pas sim­ple­ment de se met­tre à la dis­po­si­tion du patient, mais de tenir compte de ses souhaits, de l’éduquer, d’évaluer sa com­préhen­sion et son ressen­ti, de per­son­nalis­er ses soins, de le ren­dre parte­naire à part entière de sa prise en charge. Le Pro­fesseur Marie-Pas­cale Pomey, spé­cial­iste mon­di­ale­ment con­nue et qui tra­vaille au cen­tre de recherche du CHUM à Mon­tréal inter­vien­dra. Elle a élaboré des check-lists pour éval­uer « l’expérience patient », le ressen­ti du patient. Nous aurons égale­ment deux retours d’expériences. Celui de Chris­telle Galvez, directeur de soins de Uni­cancer Lyon, qui a fait une expéri­ence de caméra embar­quée par un malade qui est en chirurgie ambu­la­toire, puis l’intervention de Loïc Ray­nal, le fon­da­teur de Hos­pi­tal­idée. Il nous par­lera de son ques­tion­naire de chirurgie ambu­la­toire sur le ressen­ti patient et des résul­tats.

Les dernières straté­gies en anesthésie, anal­gésie en chirurgie ambu­la­toire seront présen­tées. Une 4e ses­sion don­nera la parole à Gilles Bon­temps de la CNAM, qui détaillera la 2e ver­sion de Vis­uschir, l’outil médi­cal­isé de datavi­su­al­i­sa­tion sur la chirurgie. Il per­met aux étab­lisse­ments de con­naître leur poten­tiel de chirurgie ambu­la­toire en com­para­i­son d’autres étab­lisse­ments. Nous avons tra­vail­lé avec l’ATIH pour dévelop­per cet out­il pour 5 spé­cial­ités chirur­gi­cales pour ren­dre plus lis­i­bles les résul­tats.

La spé­cial­ité phare du pro­gramme 2021 sera l’ORL, avec notam­ment une inter­ven­tion sur le traite­ment des amyg­dales en ambu­la­toire. Le pays invité est les Pays-Bas, très en avance sur les pris­es en charge en chirurgie ambu­la­toire : le Dr Xavier Fal­ières sera notre inter­locu­teur.

L’AFCA va pro­pos­er par ailleurs des sémi­naires en soirée et en visio dans les mois qui suiv­ent…

Oui en effet. Année excep­tion­nelle, mesures excep­tion­nelles et inno­vantes, nous avons fait le choix de réalis­er des sémi­naires de 2 heures en soirée, tout au long de l’année.

Nous fer­ons un sémi­naire sur « la sor­tie » et notam­ment « sous con­di­tion » pour cer­taines inter­ven­tions et pour cer­tains malades. Pour rap­pel, l’anesthésiste ou le chirurgien peu­vent sign­er l’autorisation de sor­tie au préal­able, un soignant peut autoris­er le malade à sor­tir si le score de Chung est bon (9/10). Cette mesure avait été inté­grée à la v2020 par la HAS suite à nos travaux avec la Société française d’anesthésie-réanimation (SFAR). Nous avons fait un appel à témoignages sur le sujet, que nous présen­terons lors d’un de ces sémi­naires.

D’autres sémi­naires sont prévus : régle­men­ta­tion et recom­man­da­tions en chirurgie ambu­la­toire.

https://www.congresambulatoire.com/