Dr Pierre Alemanno, chirurgien et directeur de la Polyclinique Saint Jean à Cagnes-sur-Mer (06)

100 dos­es pour 100 per­son­nes pro­gram­mées par jour au Cen­tre de vac­ci­na­tions inter­na­tionales (CIV)

La Poly­clin­ique Saint Jean gère depuis 6 ans un des 3 Cen­tres de vac­ci­na­tions inter­na­tionales du départe­ment et dis­pose de 3 infec­ti­o­logues pour pren­dre en charge des malades de retour de voy­age. Nous étions ain­si cen­tre référent déjà pour la grippe H1N1, et avons obtenu l’agrément pour être cen­tre de vac­ci­na­tion Covid qui a ouvert le 11 jan­vi­er.

Nous avions pro­posé une capac­ité de 200 actes jour pour roder notre cir­cuit, notam­ment la par­tie admin­is­tra­tive très lourde, pour pass­er ensuite à 400. À la demande de l’ARS, nous avions créé un agen­da sur Doc­tolib, qui s’est rem­pli extrême­ment vite, et dédié un numéro de télé­phone. Au bout de quelques jours, nous n’avions plus assez de dos­es et de plus, un nou­veau pro­to­cole a été décidé. La métro­pole Nice Côte d‘Azur est désor­mais en charge de la coor­di­na­tion, si bien que nous avons dépro­gram­mé 800 ren­dez-vous déjà pris et nous recevons désor­mais 100 dos­es et une liste de 100 per­son­nes à vac­cin­er.

Toute­fois, je retiens que l’approche de la pré­fec­ture et de l’ARS de mul­ti­pli­er les cen­tres de vac­ci­na­tion est heureuse. Dans le 06, nous avons ain­si un mail­lage qui per­met d’être vac­ciné près de chez soi, et pour ce qui nous con­cerne, par des médecins libéraux de ville (général­istes ou spé­cial­istes) et de la poly­clin­ique (urgen­tistes et spé­cial­istes).

Con­cer­nant le per­son­nel de la clin­ique, les médecins se sont pré­cip­ités pour être vac­cinés et ont déjà reçu la 2e dose. Il en va dif­férem­ment pour les soignants en majorité jeunes dont l’adhésion est rel­a­tive­ment faible sauf pour ceux qui pou­vaient avoir des comor­bid­ités ou des per­son­nes vul­nérables dans leur envi­ron­nement per­son­nel proche. Nous n’avons pas encore été con­fron­tés à des clus­ters sur site.

Fer­me­ture de salles de bloc et d’endoscopie

Nous avons dépro­gram­mé 20 à 35 % de l’activité suiv­ant les spé­cial­ités selon la même procé­dure que précédem­ment. Nous avons refusé l’approche qui con­sis­tait à exé­cuter les recom­man­da­tions nom­breuses au prof­it d’une approche respon­s­abil­isante pour les médecins, celle du béné­fice-risque, de la perte de chance, au cas par cas. Le corps médi­cal fait ain­si preuve de matu­rité. Il s’agit égale­ment de tra­vailler sur la DMS, aug­menter la RAAC, ne pour­suiv­re que les actes sous anesthésie locale et reporter les inter­ven­tions qui pour­raient requérir une réan­i­ma­tion. À not­er par ailleurs, qu’il n’y a aucun ser­vice de réan­i­ma­tion privé dans notre départe­ment et bien que notre poly­clin­ique béné­fi­cie d’une des quelques autori­sa­tions tem­po­raires délivrées, il est dif­fi­cile de dis­pos­er des com­pé­tences médi­cales et soignantes adhoc dans un con­texte de pénurie d’infirmières, d’IADE et d’anesthésistes.

Côté ser­vice des urgences qui reçoit d’ordinaire 35 000 pas­sages par an, l’activité a bais­sé de 22 % sur l’année 2020 et les derniers chiffres de fréquen­ta­tion que nous mesurons toutes les 2 semaines indiquent une baisse de 27 %. Les petits acci­dents de la vie courante ont dis­paru et le taux d’hospitalisation a aug­men­té d’environ 4 % à  8 %.

Deux points d’amélioration dans la ges­tion de l’épidémie

Depuis le début de l’épidémie, le directeur ter­ri­to­r­i­al de l’ARS est très impliqué et com­prend par­faite­ment les dif­fi­cultés des étab­lisse­ments. Le dia­logue est effi­cace lors des visio­con­férences heb­do­madaires avec l’ARS 06 et les 3 secteurs hos­pi­tal­iers. Les ren­dez-vous dili­gen­tés par l’ARS PACA sont en revanche solen­nels et les ques­tions ne peu­vent être posées qu’à l’écrit. Dans le départe­ment, le secteur privé est très impliqué et nous fonc­tion­nons tous en réseau indépen­dam­ment du statut des étab­lisse­ments.

Toute­fois, je note deux points d’amélioration. Tout d’abord, nous avons insuff­isam­ment tra­vail­lé sur la rota­tion des lits et sommes restés trop sta­tiques, une meilleure inté­gra­tion des SSR est néces­saire. L’ARS nous inter­roge prin­ci­pale­ment sur le capac­i­taire or les indi­ca­teurs de rota­tion et de durée moyenne de séjour sont essen­tiels. Le deux­ième point est l’amélioration de la prise en charge des rési­dents d’Ehpad très âgés, en fin de vie, atteints de la Covid et d’autres comor­bid­ités. Sous la pres­sion des familles, les direc­tions d’Ehpad nous trans­fèrent des malades pour lesquels nous n’avons pas de pro­jet médi­cal à valeur ajoutée à pro­pos­er si ce n’est l’accueil dans des lits de médecine pour accom­pa­g­n­er leur fin de vie. Dans ces sit­u­a­tions d’absence de solu­tions thérapeu­tiques, l’HAD ou la médecine de ville pour­raient inter­venir en Ehpad pour pro­pos­er un accom­pa­g­ne­ment dans un envi­ron­nement fam­i­li­er.