Natacha Lemaire, rapporteure générale — ministère des Solidarités et de la Santé

Dans le cadre des expéri­men­ta­tions d’in­no­va­tions organ­i­sa­tion­nelles et finan­cières dites « arti­cle 51 », 810 pro­jets ont été déposés. Vous attendiez-vous à un tel suc­cès ?

Ce suc­cès répond prob­a­ble­ment à la volon­té de pro­gress­er, de tra­vailler dif­férem­ment notam­ment sur les pris­es en charge partagées — les trois quarts des pro­jets por­tent en tout ou par­tie sur des pris­es en charge en ville, ce qui veut dire que l’activité de soins n’est pas lim­itée à ce qui se passe entre les murs de l’établissement. La prise en charge de patients chroniques notam­ment ne peut se lim­iter à un seul type d’acteurs et sa qual­ité requiert un suivi glob­al. On peut not­er égale­ment une grande diver­sité des por­teurs y com­pris au sein de la caté­gorie des étab­lisse­ments de san­té. Nous avons reçu beau­coup de pro­jets de clin­iques, d’ESPIC ou de cen­tres hos­pi­tal­iers de toutes tailles. Il y a une réelle appé­tence pour des pro­jets partagés.

Si un ralen­tisse­ment a pu être con­staté en 2020 du fait de la crise san­i­taire, nous con­tin­uons cepen­dant à recevoir des nou­veaux pro­jets. Nous avons je pense, démon­tré que nous avons ren­con­tré notre pub­lic, il reste à main­tenir cet engage­ment dans la durée et à trans­former l’essai pour que toutes ces expéri­men­ta­tions ali­mentent les réflex­ions et réformes en cours en appor­tant des élé­ments tan­gi­bles et opéra­tionnels issus de la mise en œuvre en vie réelle de ces dif­férentes ini­tia­tives. L’objectif de l’article 51 reste de faire bouger les lignes.

Médecine de ville, approche pop­u­la­tion­nelle, des régions très actives… vous attendiez-vous égale­ment à ces grands con­stats ?

Ces con­stats ne sont pas à pro­pre­ment par­ler des sur­pris­es dans le sens où ils reflè­tent bien les prob­lé­ma­tiques et réflex­ions actuelles mais il est heureux que les pro­jets y répon­dent de manière aus­si nette. Les pro­fes­sion­nels de san­té pro­posent des pro­jets aux­quels les pou­voirs publics n’auraient pas for­cé­ment spon­tané­ment pen­sé, c’est très com­plé­men­taire et d’une grande richesse.

Il est curieux par ailleurs de not­er que les mêmes thé­ma­tiques ressor­tent dans des régions dif­férentes dans une fenêtre tem­porelle assez équiv­a­lente et sont portées par des acteurs qui ne se sont pas con­certés : pro­jets sur la dénu­tri­tion ou la préven­tion buc­co-den­taire par exem­ple.

Arti­cle 51 : 2021, les pre­mières expéri­men­ta­tions arriveront à leur terme, et ensuite ?

2021 n’est que le début des pre­mières expéri­men­ta­tions autorisées qui vien­dront à échéance. La suite sera décidée en fonc­tion des résul­tats, elle n’est pas déjà écrite.

Cer­tains points pour­ront-ils ali­menter le droit com­mun, d’autres seront-ils encore à tester, cette thé­ma­tique pour­ra-t-elle être expéri­men­tée à une plus grande échelle, etc. ? Ou à l’inverse, les résul­tats ne sont pas au ren­dez-vous et il faut s’arrêter là. Nous avons égale­ment des deman­des d’extension de durée pour tenir compte de l’impact de la crise san­i­taire de 2020. Rien n’est prédéter­miné, l’analyse se fera au cas par cas comme nous le faisons jusqu’à présent et nous ren­con­trerons prob­a­ble­ment tous les cas de fig­ure.

Enfin, nous étu­dions égale­ment ce qui se fait à l’étranger au tra­vers d’échanges bilatéraux avec l’Angleterre, l’Allemagne et les Etats-Unis pour appren­dre des expéri­ences étrangères et enrichir le dis­posi­tif.