Dr Patrick Gasser, Prési­dent de Avenir Spé

Des réqui­si­tions de médecins libéraux seraient envis­agées, qu’en pensez-vous ?

Au vu de la pre­mière vague, il nous paraît préférable de deman­der des réqui­si­tions pour l’ensemble des médecins qui seraient sol­lic­ités pour pren­dre en charge des patients atteints de la Covid à la fois dans les étab­lisse­ments de soins privés et publics. La pre­mière vague a démon­tré un grand élan de sol­i­dar­ité et nous devons être sol­idaires de l’ensemble de la pop­u­la­tion mais aus­si de l’ensemble des soignants. Le point d’a­choppe­ment demeure l’organisation et son finance­ment.

Par ailleurs, les médecins et leurs salariés, par exem­ple les IADE, qui sont par­tis sur le ter­rain ne sont tou­jours pas indem­nisés. On est à plus de 6 mois, et Anne, ma sœur Anne, on ne voit tou­jours rien venir.

En cas de réqui­si­tion par l’ARS, un tableau d’indemnisations des médecins est prévu, prenant en compte les gardes, les présences, etc., et est con­trac­tu­al­isé.

Dans le cadre de cette ges­tion de crise, la respon­s­abil­ité du prati­cien est-elle engagée dif­férem­ment ?

La réqui­si­tion a cette valeur d’accompagnement financier, mais elle a aus­si une valeur assur­antielle et juridique. Nous sommes dans un mode dégradé et la réqui­si­tion est un élé­ment struc­turant.

En effet, si en tant que gas­tro-entéro­logue, je prends en charge des patients qui ne relèvent pas de ma spé­cial­ité : quels sont les élé­ments sur lesquels je m’appuie si une perte de chance d’un patient était judi­cia­risée ? Pour pal­li­er le manque de ressources humaines, des médecins peu­vent se retrou­ver hors de leur cadre d’expertise.

L’autre point est d’éviter les pertes de chance de patients non Covid. Il faut installer une com­mis­sion au sein des étab­lisse­ments, à l’instar de la com­mis­sion d’éthique déjà présente, qui accom­pa­gne nos con­frères dans la dépro­gram­ma­tion avec les références des sociétés savantes ou des col­lèges nationaux pro­fes­sion­nels, dans une vision très ter­ri­to­ri­ale. Ce col­lège pro­tègerait les prati­ciens, mais aus­si les patients sur le plan juridique. En can­cérolo­gie, les réu­nions de con­cer­ta­tion pluri-dis­ci­plinaire font déjà ce tra­vail.

Enfin, dépro­gram­mer, c’est choisir les patients ! Ce choix ne doit pas être fait sur le plan nation­al mais local et avec les acteurs du soin. L’ARS n’a rien à voir là-dedans.

Nous ne serons pas tous réqui­si­tion­nés et beau­coup de prati­ciens tra­vail­lent en groupe. Nous jouerons col­lec­tif. C’est l’idée déjà pro­posée « d’équipes de soins spé­cial­isées », pour répon­dre aux soins non pro­gram­més dans un pre­mier temps…, même si nous met­tons ici le doigt sur la cul­ture timide du parte­nar­i­at en France.

Dans la per­spec­tive des élec­tions aux URPS, vous avez créé une union entre Avenir Spé et Le Bloc. Quel est le rôle des URPS et pourquoi cette union ?

Il y a une mécon­nais­sance et une sous-util­i­sa­tion des URPS. On les avait con­stru­ites pour faire le lien entre le ter­rain et la vision admin­is­tra­tive de l’organisation de la san­té dans une région. Aujourd’hui c’est un grand échec, même si je ne jette pas la pierre aux col­lègues qui y tra­vail­lent à la lim­ite de leur temps. Il faudrait plus de col­lab­o­ra­teurs et de pro­fes­sion­nal­isme. Cer­taines URPS jouent par­faite­ment leur rôle durant l’épidémie, en Occ­i­tanie par exem­ple .

Durant ces années, on s’est focal­isé sur la médecine générale, et c’est une grave erreur car nous avons aujourd’hui un prob­lème d’accessibilité aux soins d’expertise. L’usager veut une qual­ité de prise en charge, un accès à l’innovation : la médecine spé­cial­isée est la mieux placée. Nous avons créé Avenir Spé à par­tir de ce con­stat et d’un con­stat d’échec des cen­trales pluri caté­gorielles. Le Bloc représente nos col­lègues chirurgiens avec qui nous tra­vail­lons tous les jours. La prise en charge est de plus en plus médi­co-chirur­gi­cale et les gestes de plus en plus médi­co-tech­niques.

L’objectif est d’avoir un grand syn­di­cat de médecins spé­cial­istes qui puis­sent défendre nos spé­cial­ités et nos spé­ci­ficités. Les chirurgiens se retrou­vent dans Le Bloc, et les spé­cial­istes dans Avenir Spé. Notre union est logique car nos prob­lé­ma­tiques sont iden­tiques.