Membre du CODIR SantéCité, DGA Polyclinique Côte Basque Sud & Pilote du Club Pharmacie FHP-MCO

Le phar­ma­cien est-il un pro­fes­sion­nel de san­té heureux ? 

Le phar­ma­cien et la phar­ma­cie furent tou­jours con­sid­érés comme une charge et non un pro­duit. Ils étaient des empêcheurs de tourn­er en rond placés en sous-sol. Aujourd’hui, le phar­ma­cien et la valeur qu’il ajoute à la dynamique de l’établissement sont recon­nus. Le pilotage médi­co-économique met d’ailleurs en avant l’effort con­sid­érable des PUI : meilleure ges­tion, qual­ité du soin opti­misée, baisse des DMS dans laque­lle nous inter­venons de façon sig­ni­fica­tive, etc. Le pilotage de l’antibiorésistance aura iden­ti­fié claire­ment ces con­stats.

Les « unités d’œuvre », out­il de mesure du temps phar­ma­cien conçu par l’ANAP, démon­tre son rôle, qui ne se réduit pas au con­trôle des ordon­nances, seul point par­fois mesuré. Les phar­ma­ciens de PUI con­sacrent beau­coup de temps à pass­er des com­man­des, à étudi­er des marchés, à gér­er les rup­tures d’approvisionnement, trac­er les DMI, stock­er, sécuris­er, etc. La remar­quable présen­ta­tion lors du dernier club Phar­ma­cie de la FHP-MCO sur la pénurie médica­menteuse en péri­ode Covid a mis en exer­gue les dif­fi­cultés des phar­ma­ciens de PUI sur les rup­tures.

Quelle est la dif­fi­culté quo­ti­di­enne que les phar­ma­ciens ren­con­trent dans la ges­tion des PUI ?

La carence d’interopérabilité des appli­ca­tions ! Le numérique devrait être facil­i­tant pour le phar­ma­cien, mais il faut ouvrir par­fois 5 ou 6 appli­ca­tions qui sou­vent ne sont pas interopérables. Les out­ils ne sont pas matures. La charge admin­is­tra­tive est de fait très lourde. Le Dr Edith Dufay et ses col­lab­o­ra­teurs au CH de Lunéville ont dévelop­pé dans le cadre du GHT un out­il très promet­teur pour con­trôler les pre­scrip­tions de l’établissement. L’intelligence arti­fi­cielle embar­quée traite en une demi-journée plusieurs cen­taines d’ordonnances.

Par ailleurs, il nous faut davan­tage tra­vailler sur la traça­bil­ité des DMI qui font par­tie de la vie du patient et de son par­cours de soin. Un chirurgien qui retire une plaque ne doit pas appel­er son col­lègue qui l’a placée pour en con­naître la mar­que et com­man­der le bon tournevis pour l’enlever. Le DMI fait par­tie inté­grante du par­cours de vie.

Le phar­ma­cien d’hier devien­dra-t-il un « phar­ma­cien clin­i­cien » ?

Tout d’abord dans les hôpi­taux publics, les internes et externes sont allés dans les étages pour s’occuper de la con­cil­i­a­tion médica­menteuse, puis aujourd’hui les phar­ma­ciens sont présents. Les médecins sont pro­gres­sive­ment moins éton­nés de nous voir au chevet des patients. Nous assis­tons à une accul­tur­a­tion des ser­vices à leur égard. Il est temps que nous appe­lions ces pro­fes­sion­nels des « phar­ma­ciens clin­i­ciens ». Les phar­ma­ciens passent une thèse et sont aujourd’hui doc­teurs, un titre qui aidera aus­si à notre recon­nais­sance.