Pr Guy Vallancien, président de CHAM (Convention on Health Analysis and Management)

Vous intro­duisiez l’édition 2020 de la con­ven­tion annuelle CHAM en inter­ro­geant le sys­tème de san­té autour de « Soli­taires, sol­idaires » ? L’épidémie du Covid apporte-t-elle une réponse ?

On est typ­ique­ment dans une France coupée en deux : des insti­tu­tions qui ont bous­culé les normes et les régle­men­ta­tions pour trou­ver des solu­tions et des Français ingénieux et ultra rapi­des, et de l’autre côté, on a vu aus­si la résis­tance incroy­able de ceux qui ne voulaient pas bouger. Comme tout le monde, je pen­sais au départ que cette épidémie n’en serait pas une. Je ne serai donc pas de ceux qui iront atta­quer le gou­verne­ment. La sit­u­a­tion est extrême­ment dif­fi­cile : nous décou­vrons « l’ennemi » au jour le jour. Com­ment voulez-vous prévoir dans l´imprévision totale ? En revanche, je dis : libérez les liens et foutez-nous la paix ! Un État arbi­tre et con­trôleur exerce sa mis­sion régali­enne, mais un État gérant est une cat­a­stro­phe. Il faut une énergie folle de l’exécutif au plus haut niveau pour bouger les choses, mais la résis­tance des admin­is­tra­tions cen­trales est épou­vantable.

Région, Europe, quelle est la bonne focale ?

Je suis un fer­vent défenseur de la région­al­i­sa­tion mais le chemin est long. La plu­part des décideurs éta­tiques pensent que laiss­er aux élus des ter­ri­toires le pou­voir et l’argent de la san­té blo­querait le sys­tème : ne pas fer­mer la mater­nité ou restruc­tur­er l’hôpital car c’est celle ou celui du copain, etc. Dans le même temps, je suis indigné de l’attitude du prési­dent de la Région Sud et de la maire de Mar­seille, tous deux médecins, inca­pables de main­tenir une dis­tan­ci­a­tion sociale dans leur ville.

L’Europe est quant à elle bien malade. Toute­fois, je suis très heureux que Ursu­la Von der Leyen, médecin de méti­er, ait tapé du poing sur la table pour que la san­té devi­enne une pri­or­ité. Pour l’heure, le com­mis­saire à la san­té est blo­qué car les états sont sou­verains sur le sujet. Il fau­dra que la Com­mis­sion européenne passe au-dessus des états. S’il y a une ferme volon­té d’avancer, et Emmanuel Macron suit ce sujet avec atten­tion, les 27 devront être d’accord. L’Europe serait extrême­ment puis­sante en ter­mes de san­té notam­ment face aux GAFA chi­nois et améri­cains.

Nos dif­férences sont toute­fois là. Quand la Suède affiche 10 ans de plus de vie sans com­pli­ca­tion, cela inter­roge. Le min­istre alle­mand de la san­té, invité à CHAM, nous a expliqué que les malades alle­mands étaient prob­a­ble­ment plus jeunes mais surtout, il nous a rap­pelé com­bi­en ils avaient été extrême­ment rapi­des dans la riposte, dis­posant d’un tis­su indus­triel et de lab­o­ra­toires que la France a per­du en 30 ans. Ils ont été très bons.

Selon vous, quelles sont les nou­velles pra­tiques que l’épidémie a accélérées ?

Nous avons fait un énorme pas en télémédecine. L’argument qui con­siste à devoir voir le malade est tombé. Le médecin général­iste con­naît ses patients et ne le palpe pas pour une ordon­nance ou un mal de gorge bénin. La télé­con­sul­ta­tion est bien par­tie mais c’est à peu près tout.

Par ailleurs, voir trans­fér­er des malades loin quand des clin­iques étaient disponibles à côté était insup­port­able. De même, les médecins hos­pi­tal­iers ne se sont pas rebel­lés pour dire “nous exis­tons” et les syn­di­cats médi­caux ne se sont pas réu­nis pour faire une propo­si­tion cen­sée. Il ne faut pas résis­ter mais être pro­mo­teur. La pro­mo­tion est la plus belle des résis­tances. Les étab­lisse­ments hos­pi­tal­iers publics et privés ont géré leur petite zone sans repenser le sys­tème. Nous sommes tous respon­s­ables.