Patrick Chamboredon, président du conseil national de l’Ordre des infirmiers

Selon vous, com­ment expli­quer que les infir­miers n’exercent en moyenne que 7 ans ?

Lors de notre grande con­sul­ta­tion auprès de 60 000 infir­miers, les points suiv­ants sont ressor­tis : 40 % des infir­miers con­sultés ressen­tent sou­vent ou très sou­vent des symp­tômes « d’épuisement pro­fes­sion­nel » ; seuls 37 % des infir­miers con­sultés esti­ment que leur pro­fes­sion leur per­met de con­naître de véri­ta­bles évo­lu­tions et per­spec­tives de car­rière. Ain­si, avec le recul, moins d’un infir­mi­er sur deux choisir­ait à nou­veau ce méti­er (42 %). Les infir­miers mixtes sont les moins sus­cep­ti­bles de choisir à nou­veau cette voie (37 % des infir­miers con­sultés). À not­er qu’un quart des infir­miers con­sultés « ne sait pas » s’ils referaient le même choix.

Il faut aus­si not­er que les infir­miers esti­ment que leurs con­di­tions d’exercice se sont dégradées ces 5 dernières années, 70 % le pensent, d’après notre grande étude. La dif­férence est par­ti­c­ulière­ment mar­quée entre les salariés du pub­lic et ceux du privé : tan­dis que 65 % des salariés du privé esti­ment que leurs con­di­tions de tra­vail se dégradent, ils sont 74 % dans le pub­lic.

Pour per­me­t­tre aus­si aux infir­miers d’avoir une vraie évo­lu­tion de car­rière tout au long de leur vie, deux pistes sont à tra­vailler : le nom­bre d’in­fir­miers par ser­vice peut être aug­men­té (de jour comme de nuit). 81 % des infir­miers sont favor­ables à l’institution de ratios infirmiers/patients spé­ci­fiques à chaque ser­vice à l’hôpital : 90 % par­mi les salariés du pub­lic et 86 % par­mi ceux du privé. 56 % des infir­miers esti­ment que c’est indis­pens­able. Il faudrait en deux­ième lieu accorder une place plus grande aux infir­miers et infir­mières dans les instances des étab­lisse­ments de san­té (81 % des infir­miers le souhait­ent) et de façon plus générale dans la gou­ver­nance du sys­tème de san­té.

Il faut for­mer davan­tage d’infirmiers : quelles sont les solu­tions ?​

Pour­suiv­re l’u­ni­ver­sari­sa­tion de la for­ma­tion, élargir les com­pé­tences des infir­miers pour attir­er plus, en bref tra­vailler au réen­chante­ment de la pro­fes­sion.

Si la pro­fes­sion devient plus autonome (c’est souhaité par 92 % des per­son­nes intér­rogées) nous attirerons plus et pour­rons plus for­mer. Il faut aus­si tra­vailler sur la for­ma­tion tout au long de la car­rière.

Quel est le sujet pri­or­i­taire qui a néces­sité la créa­tion d’un con­seil de l’Ordre des infir­miers ?

Les infir­miers sont des pro­fes­sion­nels qui rem­plis­sent une mis­sion san­i­taire et sociale d’intérêt général, dans un secteur où le marché ne peut inter­venir seul et où l’exigence d’éthique s’impose. En pro­posant des soins, ils con­tribuent de manière sig­ni­fica­tive à l’économie nationale et sont en con­tact direct avec le patient dans une rela­tion asymétrique qui exige la con­fi­ance. Il est du devoir du pro­fes­sion­nel d’honorer cette con­fi­ance et il revient à l’institution ordi­nale de garan­tir à la col­lec­tiv­ité les moyens de sauve­g­arder cette con­fi­ance.

Pour cela une insti­tu­tion ordi­nale est une instance de régu­la­tion par délé­ga­tion de l’État : elle con­trôle l’accès et les con­di­tions d’exercice dans un secteur, les soins infir­miers, de grande tech­nic­ité et au cœur des rela­tions humaines. C’est une mis­sion de ser­vice pub­lic de régu­la­tion visant à main­tenir les équili­bres entre les principes inal­ién­ables que sont les droits fon­da­men­taux des per­son­nes, la lib­erté de choix de son prati­cien par le patient par exem­ple ou la pro­tec­tion de la vie privée, l’intérêt général ou encore les règles de la con­cur­rence.

L’Or­dre a aus­si un rôle de représen­ta­tion de la pro­fes­sion. Le meilleur exem­ple est notre présence au Ségur de la san­té et dans son comité de suivi. Nous por­tons les deman­des des infir­miers pour créer la pro­fes­sion de demain. La grande majorité des infir­mières et infir­miers souhait­ent que leur pro­fes­sion évolue, soit plus autonome, puisse vac­cin­er sans pre­scrip­tion médi­cale et ait un pou­voir de con­sul­ta­tion éten­du.

L’Or­dre est néces­saire pour porter ces deman­des devant les insti­tu­tions français­es mais aus­si les fédéra­tions pro­fes­sion­nelles.

Rap­pel Élec­tion:

Je souhaitais rap­pel­er que les élec­tions ordi­nales du con­seil nation­al de l’Ordre des infir­miers sont en cours. Il est impor­tant que les infir­miers de vos étab­lisse­ments soient représen­tés dans nos instances.

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https://www.ordre-infirmiers.fr/actualites-presse/actualites-delordre/elections-ordinales-2020-conseils-departementaux-et-interdepartementaux.html