Pierre Malterre, directeur général de l’Hôpital Privé de Francheville (Périgueux)

La crise a été un boost­er pour amélior­er nos pra­tiques

La péri­ode actuelle est très par­ti­c­ulière. Nous sommes extrême­ment pru­dents car la Gironde et la Dor­dogne sont des des­ti­na­tions touris­tiques et le bras­sage de pop­u­la­tion y est impor­tant.

Nous avions repris pro­gres­sive­ment l’activité à env­i­ron 85 % d’activité en juin, puis, avec les con­gés néces­saires des salariés et des prati­ciens, nous avons réduit l’activité pro­gram­mée jusqu’à fin août. Naturelle­ment, une con­ti­nu­ité d’activité est assurée pour la dial­yse, la can­cérolo­gie, et les urgences. Nous repren­drons une activ­ité nor­male à la ren­trée.

Immé­di­ate­ment avec l’hôpital de Périgueux, nous nous sommes organ­isés de directeur à directeur. La col­lab­o­ra­tion s’est extrême­ment bien passée. L’Hôpital Privé de Francheville était « Covid free » mais nous étions par­faite­ment prêts si nous devions venir en sou­tien de l’hôpital avec une autori­sa­tion tem­po­raire de réan­i­ma­tion, des ser­vices dédiés, et en aval, des soins de suite réor­gan­isés. Par chance, la vague épidémique n’est pas arrivée chez nous. En con­trepar­tie, la clin­ique a accueil­li toutes les urgences. Comme ailleurs, la bobolo­gie était en baisse, en revanche, seul ser­vice d’urgence, nous avons pris en charge de très nom­breux patients lourds, notam­ment âgés, en trau­ma­tolo­gie.

Les prati­ciens ont par­faite­ment com­pris la sit­u­a­tion de dépro­gram­ma­tion bru­tale et de repro­gram­ma­tion pro­gres­sive. Prati­ciens et équipes ont immé­di­ate­ment appelé les patients pour les ras­sur­er et  leur expli­quer les mesures de sécu­rité pris­es par l’établissement. Les prati­ciens veil­lent en amont à ce que toutes les oblig­a­tions (ques­tion­naire, test, etc.) soient respec­tées. Nous avons rou­vert une salle de bloc sup­plé­men­taire toutes les semaines, les médecins con­nais­sent les capac­ités du plateau tech­nique et d’hospitalisation et s’organisent entre eux de façon flu­ide. L’approvisionnement heb­do­madaire en drogue a répon­du à nos besoins grâce égale­ment à la révi­sion des pro­to­coles anesthésiques. Les taux d’ambulatoire et de RAAC ont aug­men­té mais nous avons pris beau­coup de patients âgés qui ne sont pas ou peu éli­gi­bles à ces pris­es en charge. De toute évi­dence, la crise a été un boost­er pour amélior­er nos pra­tiques.

En France, nous avons été très loin sur l’utilisation de l’usage unique et cette pénurie nous oblige à nous pos­er de vraies ques­tions sur ce choix. Pour ce qui nous con­cerne, nous avons jonglé avec le tis­sé et l’usage unique et n’avons pas ren­con­tré de grandes dif­fi­cultés. C’est sans doute l’occasion de pren­dre exem­ple notam­ment sur l’Allemagne qui pra­tique par exem­ple le repro­cess­ing.

Les sit­u­a­tions précé­dente et actuelle deman­dent une grande plas­tic­ité aux salariés. Chez nous, aucun n’a été malade, une ques­tion de chance mais aus­si le fruit des mesures mis­es en place très tôt notam­ment la mise en qua­torzaine dif­fi­cile à accepter pour des soignants qui veu­lent soign­er et ne pas rester chez eux. De plus, nous venions de démé­nag­er en févri­er un ser­vice entier et venions de dis­tribuer une prime Macron. Les vacances arrivent au bon moment tout comme la recon­nais­sance finan­cière de l’État.

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Éric Calderon, directeur du pôle Lyon Ramsay Santé

De 70 % d’ambulatoire, nous sommes passés à 75 % !

Aujourd’hui, l’activité des 6 étab­lisse­ments du pôle Ram­say San­té de Lyon est proche de la nor­male, autour de 90–95 %. Les prati­ciens ont beau­coup expliqué aux patients les mesures de sécu­rité pris­es dans les étab­lisse­ments. Très peu de patients ont reporté leur inter­ven­tion. De plus, le port oblig­a­toire du masque à par­tir de cette semaine nous aidera à faire respecter les gestes bar­rières.

Par­al­lèle­ment à la prise en charge de 538 patients atteints du Covid au cours des trois derniers mois, nous avons anticipé dès fin avril la reprise d’activité. Les prati­ciens sont revenus et ont par­ticipé aux réu­nions avec les équipes pour réfléchir aux nou­veaux cir­cuits d’une reprise pro­gres­sive d’activité dans le respect des recom­man­da­tions. Ils sont très à l’écoute et véri­ta­ble­ment parte­naires.

Depuis, nous avons une réu­nion de crise heb­do­madaire et exposons aux prati­ciens les chiffres de l’activité. Nous trou­vons ensem­ble les solu­tions qui répon­dent au mieux aux attentes et aux con­traintes de chaque par­tie.

La com­mu­nauté médi­cale sort ren­for­cée de cette péri­ode de crise : des bar­rières sont tombées entre eux et les équipes, ou l’encadrement. Tout le monde s’accorde à dire qu’il y a un avant et un après Covid dans la manière de tra­vailler ensem­ble. L’esprit est plus col­lec­tif.

Pour leur part, les prési­dents de CME ont été des atouts majeurs, et cer­tains se sont révélés. D’une manière générale, les CME ont gag­né en légitim­ité et en recon­nais­sance aux yeux du corps médi­cal.

4 à 5 % sup­plé­men­taires de prise en charge en ambu­la­toire

Les recom­man­da­tions de diminu­tion de durée d’hospitalisation, la lim­i­ta­tion aux cham­bres seules, et surtout la pénurie au départ de drogues et le pas­sage vers des anesthésies loco-régionales, nous ont amenés à revoir nos pro­to­coles et à les amélior­er. Si bien que nous avons aug­men­té de 4 à 5 % les pris­es en charge en ambu­la­toire. De ce point de vue, nous avons un effet post-Covid béné­fique pour tous.

L’arrêt d’activité nous a per­mis égale­ment en stéril­i­sa­tion de faire un audit de 80 % des boites d’instruments et de les réas­sor­tir. De plus, nous avons amélioré les flux de patients en ambu­la­toire dans un des étab­lisse­ments, un pro­jet prévu que nous avons pu tester et désor­mais déploy­er. Égale­ment, nous expéri­men­tons au mois de juil­let des équipements de pro­tec­tion tis­sés, en com­plé­ment de l’usage unique afin de mieux pré­par­er l’avenir. Pour l’heure, et compte tenu de la flam­bée des prix du non tis­sé, le coût est iden­tique, voire légère­ment inférieur à celui des équipements tis­sés.

Sur Lyon, je dois soulign­er l’excellente col­lab­o­ra­tion dès mi mars avec l’ARS et les Hos­pices Civils de Lyon : nous avons tra­vail­lé main dans la main, cha­cun à sa place, et rien ne nous a été imposé. Les liens médi­caux exis­taient, en revanche, la ges­tion de crise a créé des liens entre les directeurs. Nous avons appris à nous con­naître et nous con­tin­uons à échang­er, cha­cun dans la défense de sa stratégie, notam­ment la nôtre de veiller à ce que le patron du GHT ne devi­enne pas celui du ter­ri­toire à la faveur notam­ment des accords du Ségur.

Enfin, je retiens l’engagement for­mi­da­ble des équipes soignantes et non-soignantes et des prati­ciens. Tout le monde a vrai­ment été un acteur de san­té à 100 % quel que soit son statut ou son méti­er.