Nicolas Daudé, directeur général de la Polyclinique Saint Privat, Boujan-sur-Libron (34)

Tester nos patients en 50 min

Nous dis­posons sur site du plateau tech­nique d’un lab­o­ra­toire nation­al, ce qui nous per­met de tester tous nos patients de chirurgie réglée et toutes les urgences avec des résul­tats en 50 min pour les sit­u­a­tions urgentes. Ain­si, nous avons rou­vert les cham­bres dou­bles qui, de plus, sont équipées de par­avents entre les deux lits.

Nous sommes désor­mais à 80 % d’activité pour la chirurgie, et 70 % pour l’endoscopie. Le plus pénal­isant reste le main­tien de l’ex­tu­ba­tion en salle d’opération pour éviter de trop lim­iter la capac­ité de la SSPI. Les patients étant testés, c’est une pré­cau­tion sup­plé­men­taire qui peut paraître surabon­dante et qui est un frein au déroule­ment nor­mal de l’activité. Mais l’évolution très récente des recom­man­da­tions de la SFAR devrait lever cette con­trainte.

Nous con­nais­sons des ten­sions sur les cinq molécules, même si les dota­tions de l’ARS aug­mentent de semaine en semaine. Celles en masque suff­isent à nos besoins. En revanche, nous man­quons de façon récur­rente de sur-blous­es et de kits pour les patients et nous met­tons en place des solu­tions alter­na­tives avec des tenues en tis­sus.

Depuis le 11 mai, notre reprise se fait de façon mesurée dans le respect des mesures de sécu­rité et d’organisation des flux des patients dans l’étab­lisse­ment. Les chirurgiens jus­ti­fient l’inclusion de leurs patients pour la chirurgie réglée, en ten­ant compte de la perte de chance et de la dégra­da­tion des con­di­tions de vie (douleur, impo­tence fonc­tion­nelle, inca­pac­ité pro­fes­sion­nelle …). Avec les seules urgences et la can­cérolo­gie non dif­férable, nous avions durant la crise env­i­ron 30 % de notre activ­ité habituelle. Un étage com­plet de 80 lits pour des patients atteints du Covid était opéra­tionnel au cas où le CH de Béziers n’au­rait pas pu faire face à la vague qui heureuse­ment n’est pas venue.

La crise a généré chez nous un déficit de prise en charge d’en­v­i­ron 2 000 patients. Ce déficit ne se réduit pas à ce jour du fait que nous opérons tou­jours moins de patients qu’à l’accoutumée. Nous nous sommes organ­isés pour ouvrir plus de créneaux opéra­toires cet été si néces­saire en lim­i­tant les con­gés des per­son­nels soignants.

Une vague de touristes ?

Une spé­ci­ficité de notre région est l’accueil de plusieurs cen­taines de mil­liers de touristes l’été sur le lit­toral, avec des besoins clas­siques en soin d’ur­gence de trau­ma­tolo­gie, urolo­gie, chirurgie diges­tive. Cela génère de fortes incer­ti­tudes, entre des risques spé­ci­fiques de clus­ters Covid et pos­si­ble 2e vague, et sur le niveau d’activité lié aux urgences, dépen­dant de la venue ou pas des touristes cet été. Un point heb­do­madaire est fait en cel­lule de coor­di­na­tion avec l’ARS et les autres étab­lisse­ments du secteur afin de se pré­par­er à cette poten­tielle vague induite par l’ar­rivée des touristes.

Les prati­ciens ont été les oubliés du dis­posi­tif d’aide alors que par ailleurs ils ont été très à l’é­coute tout au long de la crise. Quand j’ai lancé un appel à can­di­da­tures pour l’ouverture de secteurs Covid éventuels, 14 médecins et de nom­breux soignants se sont mobil­isés pour se for­mer et être prêts à pren­dre un poste au pied levé. Pen­dant 2 mois, ils sont restés l’arme au pied dans à peu près toutes les spé­cial­ités et très deman­deurs de repren­dre. Nous avons voulu les accom­pa­g­n­er le plus vite et le mieux pos­si­ble.

Avec les salariés, nous avons com­mu­niqué en temps réel les dif­fi­cultés ren­con­trées. Le télé­tra­vail organ­isé dans un temps record a généré un choc cul­turel en interne, des deux côtés, man­agers et salariés, et se révèle finale­ment une très bonne expéri­ence que nous avons décidé de trans­former pour ceux que cela intéresse en péren­nisant une par­tie de leur activ­ité en télé­tra­vail.

Avant, pen­dant et après la crise, nous avons tou­jours les mêmes incer­ti­tudes : com­ment assur­er les soins et les repren­dre, et si une deux­ième vague arrive, com­ment fait-on pour re-stop­per ? Je n’ai pas mis en œuvre la for­mal­ité pour lever le Plan blanc, sachant que dans tous les cas, notre pos­ture interne restera la même de vig­i­lance et réac­tiv­ité.

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Éric Louche, directeur de l’Hôpital Privé de Versailles et du Pôle IDF OUEST Ramsay Santé comprenant également l’Hôpital Privé de Parly II, au Chesnay et de l’Hôpital Privé de l’Ouest Parisien à Trappes

Une procé­dure qui ras­sure l’ARS et l’ensemble des pro­fes­sion­nels

Nous réal­isons actuelle­ment près de 80 % de notre activ­ité habituelle. L’activité chirur­gi­cale a ain­si pu repren­dre de manière par­tielle et pro­gres­sive. Les chirurgiens souhai­tant réalis­er les inter­ven­tions rem­plis­sent lors de l’annonce opéra­toire, une grille d’analyse col­lé­giale bénéfice/risque. En réu­nions pluridis­ci­plinaires — RCP — deux fois par semaine, les chirurgiens, les anesthé­sistes et l’encadrement du bloc opéra­toire étu­di­ent l’ensemble des grilles. Les inter­ven­tions que nous réal­isons aujourd’hui restent des urgences, des patients avec une perte de chance et les patients reportés durant la crise et ne pou­vant plus être décalés. Ain­si, une opéra­tion de con­fort pour­ra être reportée tan­dis qu’un patient atteint d’un can­cer, même s’il ne souf­fre pas, pour­rait voir son cas s’aggraver si l’opération était repoussée. Ce sont les médecins qui motivent leur demande d’intervention via la grille, qui est ensuite arbi­trée en RCP.

l’Hôpital Privé de Ver­sailles a mis en place des mesures préven­tives : à l’entrée, les vis­i­teurs ou patients sont ques­tion­nés : Avez-vous de la fièvre ? Avez-vous été en con­tact avec une per­son­ne Covid-19 ? Avez-vous des symp­tômes (toux, gêne res­pi­ra­toire) ? Dans l’enceinte de l’établissement, le port du masque est sys­té­ma­tique et oblig­a­toire ain­si que la dés­in­fec­tion des mains au gel hydro alcoolique via un dis­trib­u­teur.

L’Hôpital s’est égale­ment organ­isé afin de respecter les mesures de dis­tan­ci­a­tion

Tous les patients réalisent un test PCR dans les 48–72h précé­dant leur admis­sion. L’ac­cueil en cham­bre dou­ble reste excep­tion­nel et doit répon­dre à des critères d’éligibilité stricts.

Nous conser­vons des lits Covid qui sont armés en cas de nou­velle vague, ain­si que deux salles de blocs opéra­toires dédiées pour la prise en charge chirur­gi­cale des patients Covid. Tout le reste de l’établissement est Covid free et cela nous per­met d’assurer une prise en charge en toute sécu­rité des patients.

De plus, pour lim­iter les con­tacts physiques auprès de nos per­son­nels des admis­sions, nous avons encour­agé les patients à l’utilisation du por­tail Ram­say Ser­vices pour réalis­er en ligne les démarch­es admin­is­tra­tives liées à la préad­mis­sion ; ces dernières ayant aug­men­té de plus 10 % sur la péri­ode de la crise san­i­taire. De plus, le recours à la télé­con­sul­ta­tion a égale­ment été un levi­er impor­tant per­me­t­tant aux médecins de rester le plus pos­si­ble en lien avec leurs patients.

Soucieux de la sat­is­fac­tion de nos patients, nous avons mis en place des ques­tion­naires de sat­is­fac­tion dans plusieurs ser­vices afin de mesur­er leur ressen­ti sur l’or­gan­i­sa­tion mise en place dans le cadre du Covid. Les retours sont posi­tifs et encour­ageants : sécu­rité lors de la prise en charge, disponi­bil­ité des EPI et dis­tan­ci­a­tion respec­tée.

La crise Covid et le post Covid peu­vent s’illustrer, pour l’ensemble des pro­fes­sion­nels, comme un ascenseur émo­tion­nel sans précé­dent.

Nous avons pu compter sur l’investissement sans faille de cha­cun et d’un engage­ment col­lec­tif exem­plaire. À l’échelle du ter­ri­toire le pre­mier enseigne­ment sera celui d’une disponi­bil­ité totale de tous les acteurs con­cour­ant au soin ; les étab­lisse­ments publics et privés ont tra­vail­lé main dans la main et de façon déter­minée pour pass­er la vague.

La ges­tion de cette crise a été pos­si­ble grâce au con­cours de nos Tutelles et de tous les pro­fes­sion­nels, médi­caux, paramédi­caux et admin­is­trat­ifs qui ont témoigné, tout au long de la crise san­i­taire, d’un engage­ment sans faille.

Je tiens à tous les remerci­er du fond du cœur.

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Alain Carrié, directeur de la Clinique Saint-François, Chateauroux (36)


Une juste pro­por­tion­nal­ité des pré­cau­tions

Finale­ment, la reprise d’activité s’avère plus com­pliquée à gér­er que la crise elle-même. En mars, après la « sidéra­tion » ini­tiale sur­mon­tée, nous avons pris en charge une trentaine de patients atteints du Covid. L’engagement de tous les pro­fes­sion­nels de san­té pour com­bat­tre la mal­adie a été total, il n’y a eu aucune réserve pour accepter les con­traintes nées de la réor­gan­i­sa­tion des ser­vices de soins. La prob­lé­ma­tique des patients asymp­to­ma­tiques pou­vant trans­met­tre la mal­adie nous inquié­tait en revanche beau­coup plus. Si dans la san­té en général nous visons un niveau de maîtrise des risques aus­si élevé que pos­si­ble, nous vivons quo­ti­di­en­nement dans une logique prob­a­biliste, sans cer­ti­tude absolue. Or la ges­tion de cette épidémie a lais­sé penser que nous devions être garants d’une cer­ti­tude de résul­tats. Com­ment pou­vions-nous être cer­tains du statut « non-Covid » alors que tout nous pous­sait vers celui de « Covid incer­tain » ? De ce point de vue, la sit­u­a­tion opéra­tionnelle a été com­pliquée à gér­er rationnelle­ment.

Aujourd’hui, nous sommes à un car­refour de nom­breux objec­tifs, obtenir des équili­bres et des con­sen­sus peut s’avérer con­tra­dic­toire : rétablir le lien de con­fi­ance avec la patien­tèle pour les inciter à retrou­ver le chemin des soins, pren­dre en compte les aspi­ra­tions de la com­mu­nauté des pro­fes­sion­nels libéraux dont la sit­u­a­tion finan­cière de cer­tains est pré­caire, respecter les recom­man­da­tions de préven­tion — le virus cir­cule tou­jours, il faut rester vig­i­lant -, être à l’écoute d’un cli­mat social sen­si­ble, gér­er les pénuries d’approvisionnement, etc.

Définir, faire accepter et respecter le bon niveau de pré­cau­tions au regard de la dynamique épidémique locale est com­plexe, ce d’autant plus que celle-ci se ralen­tit très sig­ni­fica­tive­ment. Les nom­breuses recom­man­da­tions ne sont pas tou­jours très réal­istes du point de vue de leur tra­duc­tion sur le ter­rain. Quel est le niveau suff­isant de sécu­rité qu’il faut col­lec­tive­ment se don­ner ? Com­ment ras­sur­er les salariés, adapter le doc­u­ment unique d’é­val­u­a­tion des risques pro­fes­sion­nels ? Com­ment « rat­trap­er » les soins reportés pen­dant le con­fine­ment ? Pour notre part, nous deman­dons aux médecins de ren­seign­er une fiche de traça­bil­ité de la réflex­ion béné­fice-risque inté­grant le risque sup­plé­men­taire lié au coro­n­avirus et nous avons inté­gré dans notre dossier patient un ques­tion­naire d’évaluation clin­ique du risque de con­ta­giosité ren­seigné pour chaque admis­sion. Les tests et autres exa­m­ens com­plé­men­taires sont décidés par chaque médecin en fonc­tion du con­texte indi­vidu­el de son patient. Nous allons vraisem­blable­ment observ­er dans les mois qui vien­nent les con­séquences san­i­taires de ces reports.

La deux­ième dif­fi­culté, que je n’avais per­son­nelle­ment pas anticipée, est la néces­saire « re-syn­chro­ni­sa­tion » de tous les acteurs du par­cours de soin : les con­sul­ta­tions des chirurgiens, des anesthé­sistes, les préad­mis­sions, la ges­tion des lits, etc. Tout ce que nous fai­sions de façon flu­ide aupar­a­vant sans en avoir véri­ta­ble­ment con­science doit être remis en ordre. Recréer une file active de chirurgie pro­gram­mée n’est pas si sim­ple !

En par­al­lèle, nous con­nais­sons tou­jours des ten­sions dans les appro­vi­sion­nements, un peu moins pour les médica­ments. Mais les stocks d’EPI sont tou­jours bas et nous allons très prob­a­ble­ment devoir mix­er usage unique et réu­til­is­able.

Enfin, après que le con­fine­ment nous ait con­duit à décou­vrir les béné­fices de l’organisation des réu­nions par audio/visioconférence, notam­ment le gain de temps, j’ai le sen­ti­ment que le nom­bre de réu­nions reste très élevé. Là aus­si, entre virtuel et présen­tiel, peut-être fau­dra-t-il que nous réin­ven­tions le point d’équilibre !