Isabelle Bielli-Nadeau, directrice du Centre Médico Chirurgical Les Cèdres, Brive-la-Gaillarde 

Une reprise avec de nom­breux freins

La reprise d’ac­tiv­ité est dif­fi­cile car nos médecins, très bons pro­fes­sion­nels, veu­lent renouer au plus vite avec une activ­ité nor­male, lim­itée par les mesures de sécu­rité. Nous étions à 30 % en avril, puis 60 % en mai, et aujourd’hui nous réal­isons 76 % de notre activ­ité nor­male. Lors de la reprise en mai, tous les per­son­nels et les médecins ont été testés, et en rou­tine, tous les patients pro­gram­més le sont. Les freins à la reprise sont nom­breux et notam­ment la réou­ver­ture des cham­bres dou­bles, un point sen­si­ble avec les prati­ciens. Les prési­dents de CME ont été très proches des direc­tions, et ils ont fait face à la lourde charge que sont les rela­tions avec leurs con­frères durant ces sit­u­a­tions de crise et de reprise.

Con­cer­nant les équipements de pro­tec­tion, leur appro­vi­sion­nement demeure dif­fi­cile et à des prix qui s’envolent. C’est un réel frein pour les 2, 3 mois qui vien­nent. Celui des molécules est à géométrie vari­able et les con­di­tion­nements ou les dosages des pro­duits reçus ne cor­re­spon­dent pas à nos pra­tiques, il faut donc être extrême­ment vig­i­lant. Récem­ment, sur réqui­si­tion de l’ARS, nous avons don­né 260 Propo­fol à l’hôpital et l’avons dépan­né en curare.

Notre ARS était très absente en début de crise et a mis du temps à se met­tre en marche. Nous avons tra­vail­lé avec l’hôpital de Brive du mieux pos­si­ble et avons soigné la pop­u­la­tion atteinte du Covid ou non. En aquitaine, au titre de la 1re cir­cu­laire, et alors que nous étions « étab­lisse­ment asso­cié de 2e ligne », nous avons touché 0 euro, mal­gré l’accueil de beau­coup de patients Covid+ et la preuve de notre engage­ment par exem­ple en envoy­ant une douzaine de salariés à l’Hôpital Hen­ri Mon­dor à Paris. Je ne me plains pas d’avoir un chiffre d’affaires de 2019 garan­ti, mais avec l’arrivée récente de 8 nou­veaux chirurgiens, cette sit­u­a­tion ne cor­re­spond pas du tout à mes objec­tifs.

Enfin, la lev­ée du Plan blanc relève éton­nam­ment des directeurs d’établissement alors même que nous sommes dans un con­texte de pandémie mon­di­ale. C’est un trans­fert de respon­s­abil­ité facile…alors que pré­cisé­ment là, nous atten­dri­ons des direc­tives. Doit-on y voir de façon ironique une nou­velle autonomie ?

Je retiens que nous avons vu le pire comme le meilleur, je pense naturelle­ment à l’engagement des équipes. La Cor­rèze a été un des départe­ments les plus impactés de la région Nou­velle Aquitaine. Il fal­lait se bat­tre con­tre quelque chose que nous ne con­nais­sions pas et pren­dre les moins mau­vais­es déci­sions pos­si­bles. 

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Sébastien Mounier, directeur général délégué du Groupe St Joseph, Trélazé

Depuis le début, tout se passe bien

Avec mes col­lègues directeurs des étab­lisse­ments publics et privés du départe­ment, nous avons décidé col­lec­tive­ment de repren­dre notre activ­ité à 70 % en mai, et à 100 % à par­tir du 8 juin. Nous nous sommes naturelle­ment engagés à réduire cette activ­ité dès lors que l’épidémie reprendrait. Nous avons don­né notre feuille de route à l’ARS. C’est bien dans ce sens, du ter­rain vers la tutelle, que cela s’est passé.

Entre directeurs, nous nous con­nais­sons bien depuis longtemps et nos rela­tions sont très bonnes, cette organ­i­sa­tion s’est donc mise en place naturelle­ment. Le CHU d’Angers avait la charge des patients atteints du Covid, nous avons pris en charge les patients non Covid et leur avons trans­féré nos patients testés posi­tifs.

Les patients ont repris le chemin de la clin­ique.

Caméra ther­mique, ques­tion­naire d’entrée, etc. tout le pro­to­cole est en place. Si en mai les patients avaient des inter­ro­ga­tions, depuis le début du mois de juin, nous ne con­sta­tons plus de crainte et devons à l’inverse leur rap­pel­er les gestes bar­rières. Nous avons remis en place notre organ­i­sa­tion nor­male y com­pris l’utilisation des cham­bres dou­bles. Les tests PCR sont faits exclu­sive­ment sur les patients qui présen­tent une sus­pi­cion. Nous avons seule­ment con­servé deux flux dis­tincts au ser­vice d’urgence.

Le bon dia­logue social ain­si que les bonnes rela­tions avec le corps médi­cal ont été très aidants et per­son­ne n’a con­testé les déci­sions pris­es. À l’instar des autres étab­lisse­ments, nous avons con­nu une pénurie d’équipements de pro­tec­tion surtout en mars et avril. Aujourd’hui notre seule inter­ro­ga­tion est la réqui­si­tion des molécules et sur ce point un manque de trans­parence de la part de l’ARS est à déplor­er. Nous atten­dons le 10 juil­let, date à laque­lle, nous pour­rons com­man­der en direct auprès des lab­o­ra­toires.

Enfin, même si la lev­ée du Plan blanc relève juridique­ment du chef d’établissement, j’ai demandé à l’ARS de me don­ner des con­signes. Je pars du principe que c’est à l’ARS qui nous a ordon­né de le déclencher, de nous indi­quer quand le lever. Cette invi­ta­tion est atten­due début juil­let. 

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Gérard Reysseguier, directeur de la Clinique Rive Gauche, Toulouse

Aujourd’hui, nous avons repris env­i­ron 80 % de notre activ­ité

Cette reprise est plus com­pliquée que ne l’a été la crise elle-même. Les deux pre­mières semaines de reprise étaient sim­ples mais la dif­fi­culté est désor­mais de retrou­ver notre rythme nor­mal que les médecins sont en droit d’attendre après 2 mois d’arrêt, même s’ils sont les pre­miers à être très pru­dents. Il a fal­lu ras­sur­er les salariés sur cette reprise et pren­dre en compte la non reprise des écoles, et il faut veiller désor­mais à ce que per­son­ne ne relâche le respect des mesures de sécu­rité. Il faut aus­si expli­quer aux prati­ciens qu’un patient ne peut pas ren­tr­er si un autre n’est pas sor­ti, que nous ne pou­vons pas dou­bler les salles de bloc comme ils en avaient l’habitude, etc.

Nous avons dû rap­pel­er tous les patients. Para­doxale­ment, la bobolo­gie est rev­enue rapi­de­ment, mais il a fal­lu aller chercher les patients en can­cérolo­gie par exem­ple qui avaient peur. Sur ce point, les effets de la presse très anx­iogènes ont été délétères.

Con­cer­nant l’organisation des con­sul­ta­tions, nous fil­trons sévère­ment l’entrée des patients à par­tir des listes com­mu­niquées par les prati­ciens et accep­tons 3 patients à l’heure. Des files d’attente s’étirent de fait devant la porte et nous avons beau­coup de dif­fi­cultés à faire respecter à l’intérieur de l’établissement des règles que ces per­son­nes ne respectent plus à l’extérieur. Égale­ment, le con­tin­gen­te­ment du propo­fol ralen­tit les endo­scopies et les gas­troen­téro­logues nous rap­pel­lent à juste titre que des reports sont une réelle perte de chance pour le patient. Heureuse­ment, les prati­ciens com­pren­nent bien la sit­u­a­tion, car ils sont impliqués dans la vie quo­ti­di­enne de la clin­ique. À tout cela, s’ajoute la canicule.

On n’a pas été trop touché mais quelle galère !

24/24, 7/7, la crise Covid a été com­pliquée pour tous. Les équipes ont été lit­térale­ment extra-ordi­naires, au point que c’est moi qui devait pouss­er cer­tains soignants à exprimer leur droit de retrait. Aucun médecin n’a con­testé les déci­sions pris­es et ont été très volon­taires. En Occ­i­tanie, nous avons été par­ti­c­ulière­ment bien organ­isés avec une cel­lule de com­man­de­ment pour l’ouest, et une pour l’est, selon un pilotage de l’ARS très effi­cace. Nous avons accueil­li les patients non Covid trans­férés des étab­lisse­ments de 1re ligne, et quelques patients Covid+ atteints de patholo­gies vas­cu­laires. En revanche, avec 3 900 nais­sances, deux­ième plus grosse mater­nité de la ville, il nous a été demandé d’être autonomes.

Les mamans ont vécu leur accouche­ment accom­pa­g­nées de soignants habil­lés en cos­mo­nautes, ce qui n’est pas ce qu’on s’imagine de ce moment unique. De plus, la majorité des par­turi­entes accueil­lies pour leur accouche­ment avec de la fièvre était ori­en­tée dans un cir­cuit Covid. Avec deux fil­ières Covid et non Covid, nous avons dû dou­bler les lignes de garde d’obstétricien, d’anesthésiste et de pédi­a­tre. Mais com­ment main­tenir l’environnement « cocoon­ing » pour lequel les mamans nous choi­sis­sent aus­si : l’attention, la place du papa, l’aide à l’allaitement, etc. ? Heureuse­ment, nous nous sommes immé­di­ate­ment coor­don­nés avec les autres mater­nités du ter­ri­toire pour appli­quer des mesures iden­tiques, car les mamans très bien infor­mées par Inter­net voulaient béné­fici­er de lib­ertés autorisées ailleurs.

Enfin, je retiens de cette péri­ode de crise l’immense plaisir d’avoir passé mes journées dans les ser­vices et de retrou­ver le con­tact avec les équipes. Hormis la chirurgie et la mater­nité, nous n’avions qua­si­ment pas de patients. Grâce à ces échanges, j’ai renoué avec le vrai sens de mon méti­er.