Dr Philippe Cuq, président de l’Union des Chirurgiens De France (UCDF) et co-président de Le Bloc

Lever le plan blanc élar­gi !

Mis en place sur tout le ter­ri­toire depuis le 13 mars, il faut aujourd’hui lever le plan blanc élar­gi. Il ne cor­re­spond plus à la sit­u­a­tion san­i­taire du pays, comme c’est le cas par exem­ple pour la grande région Occ­i­tanie où seule­ment 45 patients Covid sont hos­pi­tal­isés en réan­i­ma­tion. Lever le plan blanc est aujourd’hui une urgence san­i­taire. Depuis plus de deux mois, les patients avec des patholo­gies chroniques s’aggravent et nous voyons aujourd’hui des sit­u­a­tions médi­co-chirur­gi­cales très dif­fi­ciles, avec des retards de diag­nos­tic et de prise en charge, et indis­cutable­ment des pertes de chance. Toutes les spé­cial­ités sont touchées. Même des chirur­gies fonc­tion­nelles ou esthé­tiques doivent pou­voir être pris­es en charge ! Nous ver­rons prob­a­ble­ment dans les mois qui vien­nent une aggra­va­tion de la mor­bi-mor­tal­ité pour des patholo­gies non Covid.

Après la scan­daleuse pénurie de masques et de matériel de pro­tec­tion indi­vidu­elle, la réqui­si­tion par l’État de cinq drogues et l’impossibilité pour les phar­ma­cies des étab­lisse­ments d’acheter ces drogues nous inquiè­tent beau­coup. Il n’y a pas vrai­ment de trans­parence dans cette ges­tion et dans la répar­ti­tion dans les régions, et aucune vis­i­bil­ité pour nos activ­ités. Est-ce une ques­tion de prix ? Pourquoi depuis trois mois la pro­duc­tion mon­di­ale de ces drogues n’a pas suff­isam­ment aug­men­té ? Cette crise met en évi­dence l’extrême dépen­dance de notre pays vis-à-vis de cer­tains pro­duits et médica­ments.

Il est urgent de réfléchir et de met­tre en place au niveau européen, mais aus­si sur le ter­ri­toire nation­al, ce que nous appelons « la réserve san­i­taire matérielle ». Cette réserve san­i­taire, à l’échelon du ter­ri­toire de san­té, en cas d’épidémie, per­me­t­tra de pro­téger les soignants et la pop­u­la­tion au moins pour les pre­mières semaines.

Une reprise raison­née, sécurisée et réversible

Le 13 mars l’ensemble des médecins libéraux et hos­pi­tal­iers ont annulé leurs inter­ven­tions et con­sul­ta­tions, des mil­liers d’interventions et des mil­lions de con­sul­ta­tions…

Les régions français­es ont été touchées de manière hétérogène, mais le plan blanc élar­gi a été appliqué de façon iden­tique sur tout le ter­ri­toire. Dès la troisième semaine de con­fine­ment, nous aler­tions les pou­voirs publics sur la rup­ture impor­tante des soins non-Covid. De nom­breuses équipes médi­cales et chirur­gi­cales ont été sous util­isées. Dès le 11 mai, nous avons appelé à repren­dre les activ­ités médi­co-chirur­gi­cales pour tous les patients qui se dégradaient. La sit­u­a­tion est vrai­ment schiz­o­phrénique, avec le plan blanc élar­gi tou­jours main­tenu et des activ­ités médi­co-chirur­gi­cales qui repren­nent ! Nous prenons nos respon­s­abil­ités, aus­si, que l’administration de la san­té prenne les siennes.

Nous avons depuis plus de 2 semaines expliqué que cette reprise sera raison­née, sécurisée et surtout réversible. En cas de nou­velle épidémie, nous sommes capa­bles en moins de 24 heures de nous remet­tre en sit­u­a­tion de plan blanc élar­gi !

Indem­ni­sa­tions

Nous avons été con­trar­iés par le traite­ment financier dif­férent entre les étab­lisse­ments et les médecins. Dès le 27 mars les étab­lisse­ments rece­vaient une dota­tion cor­re­spon­dant à env­i­ron 1/12 de leurs revenus annuels. L’aide de l’Assurance mal­adie unique­ment basée sur les charges pro­fes­sion­nelles est inter­v­enue dans la pre­mière quin­zaine de mai. Il y a là une dif­férence notable de traite­ment. Toute­fois, l’important est aujourd’hui de pou­voir pren­dre en charge tous les besoins médi­caux des patients, afin d’éviter l’aggravation de la mor­bid­ité et de la mor­tal­ité due à cette crise san­i­taire.

Nous devrons rapi­de­ment aus­si tir­er les leçons de ce drame et aider l’administration de la san­té et l’exécutif à pren­dre les bonnes déci­sions.

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Dr Gasser, président de Avenir Spé

La demande en soins de la part des patients est impor­tante or nous sommes con­traints par le Plan blanc 

Les usagers n’ont prob­a­ble­ment pas enten­du le mes­sage sub­lim­i­nal des pou­voirs publics qui les inci­taient à con­tin­uer à se soign­er. Ain­si, depuis deux mois, la pop­u­la­tion n’a pas été con­sultée. Dans toutes les spé­cial­ités aujour­d’hui, les patients arrivent dans nos con­sul­ta­tions avec des tableaux clin­iques beau­coup plus lourds, à cause d’un retard de diag­nos­tic, puis d’une prise en charge. Les dia­bé­tiques, les asth­ma­tiques, les patients avec des atteintes coro­nar­i­ennes par exem­ple, subis­sent une perte de chance. C’est un con­stat.

La demande en soins de la part des patients est impor­tante or nous sommes con­traints par le Plan blanc. Il y a 15 jours, avec l’ensem­ble des syn­di­cats et des fédéra­tions, nous avons déjà demandé la lev­ée du Plan blanc sur des ter­ri­toires où il n’y a plus, ou pas eu, d’épidémie. Cette sit­u­a­tion est très délétère pour les patients.

De plus, les mesures de dis­tan­ci­a­tion sociale nous oblig­ent à chang­er pro­fondé­ment nos pris­es en charge et ont un impact sur les délais d’obtention de ren­dez-vous. Pour éviter des files d’attente, il fau­dra pri­oris­er les urgences et déléguer des tâch­es. On peut s’organiser tout d’abord en con­ser­vant les télé­con­sul­ta­tions et en met­tant en place des postes d’in­fir­mières de pra­tiques avancées qui pour­raient nous aider à la prise en charge des patients.

Sinon, la restruc­tura­tion que tout le monde demande, même au tra­vers du Ségur de la san­té — qui sera un Ségur de l’hôpi­tal pub­lic -, se sol­dera par un échec. J’es­saie d’être opti­miste, mais cela sous-entend une action proac­tive.

Il est temps par ailleurs de sta­bilis­er l’aspect financier comme c’est le cas pour l’hos­pi­tal­i­sa­tion privée si nous voulons con­serv­er une dynamique libérale et de l’innovation dans notre pays. Cette sta­bil­ité finan­cière ne passe pas for­cé­ment par l’augmentation du coût des actes mais doit pass­er par une éval­u­a­tion du coût de la pra­tique, une étude nationale des coûts. Nous savons tous que des actes sont sous-cotés, comme la con­sul­ta­tion de psy­chi­a­trie ou d’en­docrinolo­gie.