Pascal Roché, directeur général de Ramsay Santé

S’il n’y avait qu’un enseigne­ment à tir­er de cette pre­mière séquence de la crise épidémique, de votre point de vue, quel serait-il ?

Depuis mars, nous avons pris en charge 4 000 patients atteints du Covid dans 57 étab­lisse­ments Ram­say San­té en France. L’enseignement majeur que je tire de la crise est que cha­cun a ren­du pos­si­ble jour après jour ce qui aurait paru impos­si­ble la veille, grâce à la coopéra­tion sur le ter­rain entre tous les acteurs et notam­ment pour nous, entre les secteurs pub­lic et privé.

Con­cer­nant l’organisation de l’offre de soin au niveau ter­ri­to­r­i­al, quelles sont, selon vous, les oppor­tu­nités que la crise a révélées ?

Tout d’abord, la logique de prox­im­ité s’est imposée. L’organisation des soins au niveau ter­ri­to­r­i­al appelle une action du ter­rain entre tous les acteurs, soignants et paramédi­caux, médecins de ville, spé­cial­istes, hôpi­taux, quel que soit leur statut. Cela pré­sup­pose une con­trac­tu­al­i­sa­tion entre les acteurs, à leur ini­tia­tive, sous la houlette de l’ARS, et en même temps, con­di­tion sine qua non d’un suc­cès, une équité de traite­ment.

Par ailleurs, alors que la préven­tion et la dig­i­tal­i­sa­tion se dévelop­paient douce­ment, la crise a per­mis aux patients français de gag­n­er 10 ans. Nous avons fait un pas de géant dans la dig­i­tal­i­sa­tion, la coor­di­na­tion des soins entre médecine de ville, hôpi­taux, lab­o­ra­toires, etc. J’espère, du point de vue de la préven­tion, que le respect des gestes bar­rière restera forte­ment ancré chez nos conci­toyens. D’un seul coup, les Français ont util­isé des out­ils dig­i­taux notam­ment dans leur rela­tion avec les médecins, se sont inscrits dans une démarche préven­tive, et dans une logique de prox­im­ité ter­ri­to­ri­ale et donc de coor­di­na­tion des acteurs, un point souligné par le récent sondage Viavoice. Le fonc­tion­nement et le développe­ment d’une coopéra­tion de tous les acteurs dans une offre de prox­im­ité sup­posent une équité de traite­ment.

L’hospitalisation privée est prête à avoir des droits et des devoirs sup­plé­men­taires. 

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Thierry Chiche, président exécutif de ELSAN

S’il n’y avait qu’un enseigne­ment à tir­er de cette pre­mière séquence de la crise épidémique, de votre point de vue, quel serait-il ?

Je retiendrais la générosité extra­or­di­naire des équipes soignantes des étab­lisse­ments publics et privés en France. Cette crise a con­fir­mé leur engage­ment mis à l’épreuve par cette crise inédite. Les équipes ne se sont pas posé de ques­tions pour pren­dre en charge les patients dès le départ, alors même que ce virus était déjà con­nu pour être dan­gereux. Chez ELSAN, plus de 500 soignants sont mêmes par­tis ren­forcer les équipes d’autres clin­iques ou hôpi­taux publics à l’autre bout de la France. Leur pro­fes­sion­nal­isme a été exem­plaire. Nous sor­tons tous très fiers et gran­dis de cette épisode.

Con­cer­nant l’organisation de l’offre de soin au niveau ter­ri­to­r­i­al, quelles sont, selon vous, les oppor­tu­nités que la crise a révélées ?

Cette crise a révélé le rôle du secteur privé en France qui, rap­pelons-le, prend en charge en temps nor­mal un tiers des patients hos­pi­tal­iers. Le secteur pub­lic ne peut pas répon­dre seul aux besoins san­i­taires. Dans cer­tains ter­ri­toires, les hôpi­taux qui pen­saient pou­voir le faire ont rapi­de­ment changé de posi­tion. Nous sommes un secteur incon­tourn­able et com­plé­men­taire, et c’est tant mieux. Cette coopéra­tion du secteur public/privé est apparue à tous comme une évi­dence. Dans cette crise, les acteurs d’un même ter­ri­toire ont dû se par­ler régulière­ment, sou­vent quo­ti­di­en­nement pour agir et réa­gir vite, ont appris à se con­naître, et à s’apprécier. La néces­sité de la réac­tiv­ité col­lec­tive et l’action ont été les meilleurs catal­y­seurs de la coopéra­tion entre le secteur pub­lic et le secteur privé. J’espère qu’elle va per­dur­er après la crise.

Par ailleurs, et comme nous sommes présents sur tout le ter­ri­toire français — je rap­pelle que 3 Français sur 5 rési­dent à moins de 40 km d’un étab­lisse­ment ELSAN — nous avons ini­tié des parte­nar­i­ats plus struc­turés avec les Ehpad. Il s’agissait, en pleine crise, de soutenir et accom­pa­g­n­er ces étab­lisse­ments en général assez peu médi­cal­isés pour iden­ti­fi­er les rési­dents à risque, ras­sur­er les salariés et opti­miser la prise en charge. Des parte­nar­i­ats que nous espérons pour­suiv­re demain. 

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Daniel Caille, PDG de Vivalto Santé

S’il n’y avait qu’un enseigne­ment à tir­er de cette pre­mière séquence de la crise épidémique, de votre point de vue, quel serait-il ?

L’enseignement que l’on peut tir­er de ces deux mois de crise Covid est que notre per­son­nel soignant, nos médecins et toute notre organ­i­sa­tion ont su mon­tr­er un dévoue­ment, une mobil­i­sa­tion extra­or­di­naire, don­nant un sens inouï à notre méti­er de soignant : plus de 200 per­son­nes sont ain­si venues de l’ouest de la France pour épauler nos équipes d’Île-de-France, con­fron­tées à la vague de l’épidémie.

Nos struc­tures sou­ples ont su s’adapter à ce con­texte et ont pu agir effi­cace­ment, en com­plé­men­tar­ité du secteur pub­lic. Nous avons mul­ti­plié par 4 nos capac­ités de réan­i­ma­tion (de 20 à 80 lits) et nous avons accueil­li jusqu’à 200 patients Covid dans nos lits de médecine et jusqu’à 40 en SSR. Nous avons aus­si mis en place une appli­ca­tion pour le suivi des patients Covid à domi­cile : « ambu­lis Covid-19 ». Nous sommes en train, à l’issue du con­fine­ment, de met­tre en ligne sur tous nos sites un ques­tion­naire pour les patients et les vis­i­teurs, per­me­t­tant d’identifier leur sit­u­a­tion au regard du Covid et facil­i­tant ain­si une reprise de nos activ­ités en toute sécu­rité.

La mise en place d’une cel­lule de crise jour­nal­ière nous a per­mis d’adapter en per­ma­nence et sans délai nos organ­i­sa­tions. C’est ceci la force des étab­lisse­ments privés.

Con­cer­nant l’organisation de l’offre de soin au niveau ter­ri­to­r­i­al, quelles sont, selon vous, les oppor­tu­nités que la crise a révélées ?

Remet­tre des mil­liards d’euros sur un nou­veau plan hôpi­tal 2020 n’a aucun sens sans une autre organ­i­sa­tion ter­ri­to­ri­ale de l’offre de san­té. Il faut par con­tre aug­menter sig­ni­fica­tive­ment la rémunéra­tion de nos infirmier.e.s et aides-soignant.e.s tout en leur offrant un par­cours pro­fes­sion­nel beau­coup plus val­orisant. L’équité de traite­ment pub­lic-privé sup­pose une aug­men­ta­tion de l’Ondam fléchée sur les caté­gories de per­son­nel visées pour pou­voir la garan­tir.

La notion de ter­ri­toire s’est avérée per­ti­nente pour sur­mon­ter le con­texte pandémique. Un ter­ri­toire de san­té c’est une offre publique, privée, de médecine de ville mais aus­si médi­co-sociale. Les ARS ont le plus sou­vent organ­isé les répons­es à ce niveau. Lorsque la com­plé­men­tar­ité public/privé a joué — ce qui a été sou­vent le cas -, la réponse a été per­ti­nente. Dans cer­tains cas elle a été insuff­isante et on a vu des malades trans­férés à grands frais dans d’autres régions, alors que l’offre privée n’était pas ou peu sol­lic­itée. L’organisation à venir du sys­tème de san­té devra se con­stru­ire au niveau du ter­ri­toire en asso­ciant aux GHT publics, l’offre privée, libérale mais aus­si médi­co-sociale ; on n’a que trop vu l’isolement des Ehpad ! Toute­fois, les col­lec­tiv­ités ter­ri­to­ri­ales doivent avoir un rôle forte­ment accru tout en ren­forçant le rôle des ARS dans l’adaptation de l’offre de soin, en leur don­nant un pou­voir de régu­la­tion économique et qual­i­ta­tive… Une gou­ver­nance effi­cace du ter­ri­toire doit pou­voir se met­tre en place afin que les besoins du ter­ri­toire soient cou­verts et que des par­cours de soins per­ti­nents se met­tent en place, asso­ciant les dif­férents acteurs de san­té.

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Yann Coléou, PDG de Almaviva Santé

S’il n’y avait qu’un enseigne­ment à tir­er de cette pre­mière séquence de la crise épidémique, de votre point de vue, quel serait-il ?

Spon­tané­ment, et parce que c’est un enseigne­ment incroy­able de par la beauté du tra­vail en équipe et la sol­i­dar­ité mise en place : l’exemplarité de tous les pro­fes­sion­nels de san­té, infirmier.e.s, aides-soignant.e.s, per­son­nel d’accueil, équipes de bionet­toy­age, etc. Bon nom­bre de médecins ont apporté leur sup­port comme sim­ple soignant et comme jamais, nous avons tra­vail­lé avec les prési­dents de CME.

Tous ont été inven­tifs et ont trou­vé des solu­tions à des sit­u­a­tions par­fois très com­pliquées. Ils ont été sol­idaires : les salariés de PACA ou des départe­ments voisins moins touchés sont allés aider leurs col­lègues en Île-de-France, ou ceux de l’établissement Espic ou pub­lic d’à côté. Cela nous a con­fortés dans ce qui était déjà une évi­dence pour nous ; les équipes soignantes et les médecins ont fait preuve d’un vrai courage dans cette épreuve.

Con­cer­nant l’organisation de l’offre de soin au niveau ter­ri­to­r­i­al, quelles sont, selon vous, les oppor­tu­nités que la crise a révélées ?

C’est une com­bi­nai­son d’opportunités. Tout d’abord, la dimen­sion régionale. De par notre présence géo­graphique en Île-de-France et en Provence-Alpes-Côte d’Azur nous avons tra­vail­lé avec les ARS sur ces deux régions. Nous devons le soulign­er, nous avons par­ti­c­ulière­ment appré­cié tra­vailler avec nos deux inter­locu­teurs qui ont été jour après jour très disponibles et à notre écoute. Ce pilotage région­al est un énorme atout, il faut sanc­tu­aris­er cette prox­im­ité et cette qual­ité de col­lab­o­ra­tion.

La coopéra­tion public/privé qui s’est créée durant la crise est égale­ment une vraie oppor­tu­nité, nous devons l’entretenir. Cette con­cur­rence est dépassée, nous faisons le même méti­er qui est de soign­er. Nous devons faire tomber quelques bar­rières idéologiques. Par exem­ple, la Clin­ique Mon­ceau à Paris a tra­vail­lé étroite­ment avec le Pr Philippe Juvin, chef de ser­vice à l’Hôpital Georges Pom­pi­dou, ou encore la Clin­ique Oxford à Cannes avec le cen­tre hos­pi­tal­ier, une col­lab­o­ra­tion d’ailleurs pro­mue. Cette coopéra­tion a fonc­tion­né et il fau­dra s’en sou­venir.

Sans oubli­er un rééquili­brage des ressources médecins et soignants d’un côté et per­son­nel admin­is­tratif de l’autre qui est indis­pens­able au prof­it des pre­miers. Il faut plac­er davan­tage de soignants, de médecins, de prési­dents de CME, de sociétés savantes au cen­tre du dis­posi­tif et moins d’administratif.

Pour con­clure, j’en suis con­va­in­cu, il faut désor­mais cap­i­talis­er sur ces com­bi­naisons éclairantes d’opportunités pour con­stru­ire la suite.