Patrick Serrière, président de la FHP Île-de-France

Sans le secteur privé, l’Île-de-France n’aurait pas pu faire face à l’épidémie

La coor­di­na­tion des soins entre les deux secteurs public/privé a été exem­plaire. Nous avons triplé nos capac­ités en réan­i­ma­tion et créé des ser­vices qui se sont rem­plis aus­sitôt. Nous avons ain­si accueil­li 18 % des patients atteints du COVID en IDF aux côtés, rap­pelons-le, de l’AP-HP. Nous ne sommes pas une vari­able d’ajustement, la preuve en est faite. Le secteur privé a été con­sid­éré comme un acteur à part entière en com­plé­ment des autres secteurs et nous avons tenu ce rôle avec respon­s­abil­ité.

Depuis déjà plusieurs semaines, au cours du point quo­ti­di­en avec l’ARS qui réu­nit env­i­ron 200 étab­lisse­ments publics et privés du ter­ri­toire, le directeur de l’offre de soins évoque, non pas une reprise de l’activité, mais une adap­ta­tion de l’offre de soin au décon­fine­ment. L’ARS n’a de cesse d’appeler à la plus grande pru­dence, rap­pelant qu’il faut con­serv­er notre capac­ité à faire face à un rebond poten­tiel. L’agence s’appuie sur une mod­éli­sa­tion de l’évolution du virus selon le coef­fi­cient RVO, par départe­ment, par secteur, et plusieurs scé­nar­ios sont élaborés. Toute­fois, les réal­ités médi­cales de ter­rain ont amené l’ARS a évoluer légère­ment dans sa posi­tion.

La reprise d’activité se fait de façon très pro­gres­sive dans le respect de la doc­trine nationale et les étab­lisse­ments réalisent glob­ale­ment 30 à 40 % de leur activ­ité nor­male. Les déci­sions sont médi­cales et pris­es de façon col­lé­giale en ten­ant compte des bénéfices/risques de chaque sit­u­a­tion. De plus, après ce con­fine­ment, une com­mu­ni­ca­tion est néces­saire pour réas­sur­er les patients.

J’espère que l’allocation des 5 molécules en ten­sion sera revue en fonc­tion des indi­ca­teurs de perte de chance et non plus en fonc­tion du nom­bre de patients COVID, comme prévu au départ. En ce sens, les étab­lisse­ments ont envoyé à l’ARS une révi­sion à 15 jours des inter­ven­tions chirur­gi­cales en clas­si­fi­ant leur urgence. Il est prob­a­ble­ment nor­mal que cette reprise d’activité soit inférieure à celle dans d’autres régions en zone verte. Sur le principe, l’ARS veille à ce qu’au sein d’un même ter­ri­toire, les étab­lisse­ments publics et privés se par­lent et s’organisent dans leur reprise d’activité, comme en ter­mes de capac­ités COVID à con­serv­er.

Les prati­ciens libéraux sont extrême­ment raisonnables. Ils respectent scrupuleuse­ment les recom­man­da­tions des sociétés savantes et de leur assur­ance. Durant la ges­tion de crise, ils sont venus aider leurs con­frères pour ouvrir des lits de réan­i­ma­tion, tenir des ser­vices de médecine, etc.

Nous sommes un acteur à part entière et nous voulons con­serv­er cette pos­ture, dans les dis­cours et les faits. Con­cer­nant les finance­ments des sur­coûts liés à la prise en charge des patients atteints du COVID, et après un pre­mier raté, l’ARS a ensuite rétabli un équili­bre et a bien pris en compte le nom­bre de patients atteints du COVID pris en charge par étab­lisse­ment, qu’il soit de statut pub­lic ou privé. Nous devons nous pré­val­oir de cette recon­nais­sance acquise durant la crise et rap­pel­er que sans le secteur privé, l’IDF n’aurait pas pu faire face à l’épidémie. 

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Marie-France Gaucher, présidente de la FHP Nouvelle-Aquitaine

Accorder toute notre con­fi­ance aux direc­tions et aux prati­ciens pour une reprise raison­née

Dans la région Nou­velle-Aquitaine, le virus a très peu cir­culé grâce sûre­ment au con­fine­ment. À Pau, par exem­ple, l’hôpital a reçu une dizaine de patients en prove­nance du Grand Est arrivés par train, et que nous avons ensuite pris en charge pour cer­tains en soins inten­sifs à la Poly­clin­ique de Navarre. Le même scé­nario s’est pro­duit à Bay­onne et à Bor­deaux. Les étab­lisse­ments privés de Bor­deaux, Brive ou d’Agen ont pris en charge, quant à eux, de nom­breux patients de leur ter­ri­toire atteints du COVID. Par ailleurs, les étab­lisse­ments privés de notre région ont fait preuve de sol­i­dar­ité envers ceux d’autres régions. Pour ma part, ce sont des infir­mières et anesthé­sistes qui sont par­tis plusieurs semaines dans des clin­iques en Île-de-France et à Mul­house.

Le sché­ma région­al de régu­la­tion de prise en charge s’est bien déroulé. Si le dia­logue a été dif­fi­cile au départ, l’ARS et ses décli­naisons départe­men­tales ont ensuite véri­ta­ble­ment favorisé une coopéra­tion ter­ri­to­ri­ale pub­lic-privé. Soulignons toute­fois que dans notre région la sub­ven­tion pour la prise en charge du COVID a été dis­tribuée aux étab­lisse­ments publics. Les hôpi­taux de Dax ou de Guéret qui n’ont pas ou peu accueil­li de patients sont éli­gi­bles, à l’inverse, pour les clin­iques, notam­ment de Brive, de Bor­deaux Nord — en ligne 3, mais qui a eu une activ­ité COVID impor­tante -, nous reçevons pour l’heure des promess­es de régu­lar­i­sa­tion en fin d’année. Je regrette égale­ment que seuls les lab­o­ra­toires des CHU aient été autorisés à faire les tests, alors que les lab­o­ra­toires privés n’ont pu avoir d’agrément que bien plus tard.

Une réu­nion heb­do­madaire inter-fédéra­tions per­met de coor­don­ner la reprise d’activité. Si nous avons sen­ti au départ une vel­léité d’accorder aux étab­lisse­ments sup­port des GHT le pilotage de la reprise, aujourd’hui, dans le respect des direc­tives, cha­cun est maître de son activ­ité. Depuis une semaine, les étab­lisse­ments ont repris glob­ale­ment 50 % de leur activ­ité, motivée par des déci­sions exclu­sive­ment médi­cales et con­certées. De fait, les mesures bar­rière ralen­tis­sent la prise en charge des patients, qui de plus ne repren­nent que très douce­ment le chemin des étab­lisse­ments. Nous con­sta­tons des patholo­gies oubliées ou à des stades avancés comme beau­coup d’appendicectomies au bord de la péri­tonite.

Les étab­lisse­ments privés ont envoyé pour infor­ma­tion leur plan de reprise d’activité à l’ARS. Con­cer­nant la logis­tique, l’ARS répar­tit les matériels EPI et nous n’arrivons pas à avoir d’information pré­cise pour juger du niveau de pénurie des molécules.

D’une manière générale, le COVID a créé un cli­mat plus sere­in et sol­idaire entre les corps médi­caux et les direc­tions et il faut leur accorder toute notre con­fi­ance pour une reprise raison­née.

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Frédérique Gama, présidente de la FHP Auvergne-Rhône-Alpes

Nous avons très tôt tiré le sig­nal d’alarme auprès de notre ARS

Notre région a été diverse­ment touchée par le virus : les villes de Lyon et Saint-Éti­enne ont été très con­cernées, la Haute-Savoie a plutôt con­nu un épiphénomène, et la région Auvergne a été épargnée.

Les médecins libéraux ont joué le jeu du début à la fin. Ils ont arrêté leur activ­ité sans dis­cus­sion, en temps et en heure, ils ont patien­té deux mois sans revenu, cer­tains ont tra­vail­lé dans des ser­vices de réan­i­ma­tion et/ou médecine et prêté main forte pour une rémunéra­tion extrême­ment faible. Bra­vo !

Dans le secteur privé, nous sommes mon­tés en puis­sance extrême­ment vite, cette feuille organ­i­sa­tion­nelle, blanche au début de la crise, est aujourd’hui écrite si nous devions nous recon­ver­tir en mode COVID. Nous avons démon­tré que nous savions nous organ­is­er très rapi­de­ment, une com­pé­tence à pren­dre en con­sid­éra­tion au cas où une telle sit­u­a­tion devait se repro­duire, avant de ren­dre tout le monde exsangue. Dans notre région, lors des deux pre­mières semaines de la crise, il y a eu une mon­tée en puis­sance des pris­es en charge des patients atteints du COVID, puis les pris­es en charge hos­pi­tal­ières se sont sta­bil­isées (effet con­fine­ment !). Dans le même temps, nous ne rece­vions qua­si­ment plus de patients atteints du COVID, mais de façon inquié­tante, plus aucun patient du tout, même aux urgences. Nous avons très tôt tiré le sig­nal d’alarme auprès de notre ARS l’interrogeant sur la déser­tion des patients des salles de con­sul­ta­tions, d’examens de diag­nos­tic, des urgences,… Les patients sont restés chez eux et nous voyons aujourd’hui arriv­er des tableaux clin­iques aggravés que nous ne voyions plus.

L’ARS a enten­du le mes­sage et com­pris que cette sit­u­a­tion sig­nifi­ait une perte de chances pour cette pop­u­la­tion. Dès lors, fin avril, l’agence, par­mi les pre­mières en France, nous a autorisés à réfléchir à un plan de reprise d’activité le 11 mai. Une pre­mière étape très impor­tante qui nous a per­mis de con­stru­ire notre reprise réfléchie en respec­tant les grands principes énon­cés, en pre­mier lieu, avec la préoc­cu­pa­tion d’être vig­i­lant sur les lits en réan­i­ma­tion et l’utilisation des molécules en ten­sion au niveau de l’anesthésie.

Lors de la pre­mière réu­nion de coor­di­na­tion inter-fédéra­tions, nous avons rejeté caté­gorique­ment la propo­si­tion de l’agence d’une reprise d’activité sous l’égide des GHT. Une posi­tion sur laque­lle l’ARS est rev­enue quelques jours plus tard, val­i­dant au final nos propo­si­tions. La reprise se fait donc en douceur, respec­tant toutes les con­traintes de sécu­rité sup­plé­men­taires.

Enfin, nous défendons en région une prime ver­sée aux étab­lisse­ments pour rémunér­er les prati­ciens libéraux au regard de leurs presta­tions effec­tuées dans les ser­vices COVID. L’ARS est à l’écoute de nos préoc­cu­pa­tions et a par­faite­ment inté­gré que clin­iques et libéraux étaient indis­pens­ables pour faire face à une crise san­i­taire, atten­tive à une coopéra­tion pub­lic-privé.

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Dr Dominique Poels, président de la FHP Normandie

La reprise pro­gres­sive d’activité se passe bien

En Nor­mandie, nous avons été épargnés par le virus et la majorité des étab­lisse­ments privés étaient fer­més. Au pic de l’épidémie, nous avons accueil­li dans notre région jusqu’à 220 patients en réan­i­ma­tion ; seuls 40 le sont encore aujourd’hui. Rien ne s’oppose donc à une reprise d’activité et le bon sens l’impose désor­mais.

La reprise pro­gres­sive se fait dans de bonnes con­di­tions san­i­taires et glob­ale­ment bien, que ce soit avec les médecins libéraux ou entre les étab­lisse­ments. Les délé­ga­tions départe­men­tales de l’ARS, sans doc­trine affichée, ont lais­sé une large part organ­i­sa­tion­nelle aux acteurs des ter­ri­toires durant la ges­tion aiguë de la crise et agis­sent de même à l’occasion de cette reprise d’activité. Comme partout en France, nous devons être en capac­ité à répon­dre à une deux­ième vague et remet­tre en ordre de marche nos organ­i­sa­tions COVID.

Après les masques qui man­quaient, les tests dif­fi­ciles d’ac­cès, nous ren­con­trons un prob­lème d’ap­pro­vi­sion­nement de molécules en anesthésie, en par­ti­c­uli­er de curare. L’ARS Nor­mandie nous a annon­cé qu’une dis­pen­sa­tion très rationnée au niveau nation­al sera faite pour les deux semaines à venir, afin d’observer prob­a­ble­ment l’évolution de l’épidémie. Cela sig­ni­fie-t-il qu’à la fin du mois, la sit­u­a­tion revien­dra à la nor­male ? Chaque étab­lisse­ment fait sa demande de molécules en direct à l’ARS, qui décide de la répar­ti­tion, qui n’est pas expliquée, si ce n’est que les étab­lisse­ments dis­posant d’une réan­i­ma­tion sont pri­or­i­taires. Con­crète­ment, l’ARS invite les PUI à s’organiser entre elles. Par ailleurs, selon les étab­lisse­ments, un test est réal­isé de façon sys­té­ma­tique ou pas au cours du bilan pré-opéra­toire.

ARS et acteurs de san­té, nous restons tous extrême­ment pru­dents et obser­vons l’évolution de la sit­u­a­tion des deux prochaines semaines. Nous ver­rons ensuite.