Nicolas Valentin, directeur général du groupe C2S 

À la fin de la crise, cha­cun devra être fier de ce qu’il a fait !

Au sein du groupe C2S, 14 étab­lisse­ments implan­tés en région Auvergne-Rhône-Alpes et Bour­gogne-Franche-Comté, nous accueil­lions encore à ce jour une cinquan­taine de patients atteints du COVID. Les ser­vices d’urgences de nos clin­iques ont fonc­tion­né en moyenne à 30 % de leur activ­ité habituelle, le flux repart à la hausse depuis quelques jours.

Cer­taines clin­iques con­nais­sent une forte activ­ité, d’autres n’ont qua­si­ment pas d’activité, voire sont fer­mées. Dijon, Vesoul, Mâcon, Roanne et Ambérieu-en-Bugey sont les villes de nos ter­ri­toires qui ont été les plus touchées par le virus, mais heureuse­ment nous n’avons pas con­nu de vague sub­ver­sive de patients.

Notre ligne de con­duite est de se met­tre « au ser­vice de ». À la fin de la crise, cha­cun d’entre nous devra être fier de ce qu’il a fait. Out­re le prêt de res­pi­ra­teurs ou de matériel, à Vesoul ou à Lons-le-Saunier par exem­ple, nous avons mis à dis­po­si­tion des soignants. Depuis le début du mois d’avril, ce sont 103 per­son­nes au sein du groupe qui ont été détachées pour un équiv­a­lent de 7 000 heures. Des infir­mières ont été dépêchées dans d’autres étab­lisse­ments privés, publics, dans des Ehpad et des struc­tures de HAD. Par ailleurs, cer­tains prati­ciens qui ne jouaient pas de rôle sup­port dans leur clin­ique se sont ren­dus disponibles dans les Ehpad envi­ron­nantes. Nous sommes fiers du rôle que cha­cun joue dans cette crise.

Dès les tous pre­miers jours, nous avons cen­tral­isé les besoins et organ­isé l’approvisionnement de matériel de pro­tec­tion, nous avons aus­si reçu beau­coup de dons d’entreprises locales. Nous ne nous sommes jamais trou­vés en dif­fi­culté opéra­tionnelle. Il est à not­er que la pénurie per­siste sur les sur-blous­es.

Si d’une manière générale, les direc­tions ter­ri­to­ri­ales des ARS ont joué leur rôle de régu­la­tion, ce sont les direc­tions des étab­lisse­ments qui ont pris l’initiative de leur coor­di­na­tion et de la régu­la­tion. Pressé par la sit­u­a­tion, cha­cun est très vite passé au-dessus des ten­sions qui pou­vaient pré-exis­ter. Roanne est un bon exem­ple d’une col­lab­o­ra­tion remar­quable entre les acteurs de san­té. Les directeurs de la Clin­ique du Renai­son et du CH ont pris l’initiative d’une répar­ti­tion des activ­ités. En ren­fort, La Croix Rouge a assuré la « pré-zone d’accueil » sous tente des patients à l’entrée du site (prise de tem­péra­ture, ques­tion­naire, etc.). Cet étab­lisse­ment con­naît une forte activ­ité, il accueille les patients de médecine non COVID du ter­ri­toire, dis­pose d’une unité en médecine COVID, et a armé des lits de sur­veil­lance con­tin­ue en réan­i­ma­tion. Le décon­fine­ment pro­gres­sif se ressent déjà dans les ser­vices d’urgence avec plus d’accidentés de la route. En revanche sur le ter­ri­toire, l’activité d’urgence car­di­ologique ou les AVC ont dimin­ué de 50 %. Ce con­stat est très inquié­tant.

À Mâcon, 35 infir­mières, des IADE et des anesthé­sistes, sur les 250 pro­fes­sion­nels que compte la Poly­clin­ique du Val de Saône ont prêté main forte à l’hôpital de l’autre côté de la rue. Cet étab­lisse­ment, prévu pour venir en sou­tien de l’hôpital, a réor­gan­isé ses lits de sur­veil­lance con­tin­ue en réan­i­ma­tion, qui n’ont finale­ment pas été activés et prend en charge toute l’activité chirur­gi­cale non COVID. À Saint-Éti­enne ou à Moulins, des prati­ciens de l’hôpital sont venus opér­er dans nos clin­iques. C’est une oppor­tu­nité pour eux de décou­vrir notre fonc­tion­nement, de même nos per­son­nels déportés à l’hôpital expéri­mentent le leur. À Mâcon, alors que 100 m sépar­ent la clin­ique et l’hôpital, cer­tains prati­ciens n’avaient jamais tra­ver­sé la rue jusqu’alors pour décou­vrir l’organisation de l’autre.

Revenir à l’organisation de crise d’aujourd’hui en moins de 48 heures

À par­tir du 11 mai et selon les autori­sa­tions qui seront don­nées par les ARS, des régu­la­tions de patients seront mis­es en place sur les ter­ri­toires où nous exerçons. En Auvergne Rhône-Alpes, nous avons été pro-act­ifs et avons défendu la reprise de la chirurgie en coopéra­tion avec les étab­lisse­ments voisins. Les lits de réan­i­ma­tion ne seront pas désar­més. Même logique pour la chirurgie sans réan­i­ma­tion qui sera organ­isée aus­si en fonc­tion des flux de patients qui voudront bien repren­dre le chemin des étab­lisse­ments hos­pi­tal­iers, et des capac­ités que cha­cun pour­ra garan­tir une fois toutes les nou­velles mesures de sécu­rité mis­es en place. Dans tous les cas, les étab­lisse­ments s’engagent à revenir à l’organisation de crise d’aujourd’hui en moins de 48 heures. Pour ce faire, nous allons favoris­er l’ambulatoire et ten­dre vers des DMS très cour­tes pour ne pas embolis­er les ser­vices de chirurgie.

Demain, il sera souhaitable d’intégrer en sys­té­ma­tique dans nos scé­nar­ios, l’impossible tenue d’une cel­lule de crise en présen­tiel. Cer­tains out­ils infor­ma­tiques devront rester déployés au plus grand nom­bre… Les réu­nions de la cel­lule peu­vent naturelle­ment être virtuelles, mais ne rem­pla­cent pas l’efficacité d’être en con­tinu autour d’une même table.

—————————————-

Fabrice Derbias, directeur de la Clinique de l’Union et Marquisat, directeur du Pôle Toulouse

Une organ­i­sa­tion graduée

Nous avons mis en place les mêmes organ­i­sa­tions à la Clin­ique de l’Union, la Clin­ique des Cèdres et la Clin­ique de la Croix du Sud, étab­lisse­ments Ram­say San­té du ter­ri­toire de Toulouse.

Pour pren­dre l’exemple de la Clin­ique de l’Union de 400 lits, nous avons déclenché le plan blanc le 16 mars. Un poste médi­cal avancé est instal­lé à l’entrée des urgences où une pre­mière éval­u­a­tion est faite. Les patients asymp­to­ma­tiques sont ori­en­tés dans les ser­vices adhoc comme au préal­able. Les patients qui présen­tent des symp­tômes sont accueil­lis dans un espace dédié au sein du ser­vice d’urgence recon­fig­uré. Jusqu’au 5 avril, si au bout de 4 heures max­i­mum, le diag­nos­tic n’était pas posé, mal­gré les exa­m­ens biologiques, éventuelle­ment les tests, un scan­ner, etc. et que le doute per­sis­tait, nous pre­nions en charge ces patients dans une zone « tam­pon » ambu­la­toire pour se don­ner le temps de réalis­er les inves­ti­ga­tions com­plé­men­taires. Depuis le 6 avril, le Lab­o­ra­toire de la Clin­ique de l’Union dis­pose de tests PCR rapi­des, per­me­t­tant de pos­er un diag­nos­tic en 45 min­utes et ain­si ori­en­ter les patients pour une prise en charge immé­di­ate.

Nous avons mis en place ensuite une organ­i­sa­tion graduée en 3 niveaux de prise en charge des patients atteints du COVID : un secteur en réan­i­ma­tion qui a accueil­li jusqu’à 9 malades, 4 sont encore hos­pi­tal­isés ; 8 des 16 lits du ser­vice de sur­veil­lance con­tin­ue ont été déportés dans une zone étanche sanc­tu­ar­isée ; enfin, nous avons dédié un ser­vice de médecine de 22 lits. Con­cer­nant les équipements de pro­tec­tion, la sat­is­fac­tion des appro­vi­sion­nements heb­do­madaires pilotés par le GHT a chas­sé l’inquiétude de pénurie de la pre­mière semaine.

L’activité COVID rel­a­tive­ment faible sur la pre­mière semaine nous a per­mis de met­tre à prof­it ce temps pour for­mer nos per­son­nels. Une cen­taine de soignants a été for­mée aux con­signes de pro­tec­tion et d’habillage. Sur la réan­i­ma­tion spé­ci­fique­ment, nous avons organ­isé des ses­sions de sim­u­la­tion sur le décu­bi­tus ven­tral (avec un infir­mi­er fausse­ment tech­niqué) afin d’être au point sur cette pra­tique.

La vague des patients est arrivée de façon beau­coup plus mod­érée que ce que nous avions craint au départ. Jusqu’alors, la Clin­ique de l’Union, la Clin­ique des Cèdres et la Clin­ique de la Croix du Sud ont accueil­li au total une cen­taine de patients atteints du COVID (35 pour l’Union), dont env­i­ron 30 % en réan­i­ma­tion. Cha­cune d’entre elles a accueil­li 2 des 24 patients trans­férés de la région du Grand-est.

À Toulouse, glob­ale­ment une moitié des patients atteints du COVID est prise en charge par le CHU et l’autre moitié répar­tie de manière à peu près égale entre les dif­férents étab­lisse­ments du ter­ri­toire dis­posant d’une réan­i­ma­tion. Après une pre­mière semaine ten­due, les secteurs pub­lic et privé s’entendent glob­ale­ment bien, respec­tant un équili­bre. L’organisation est coor­don­née par la cel­lule ter­ri­to­ri­ale de l’ARS com­posée de 6 per­son­nes selon un mix pub­lic et privé qui se réu­nit tous les jours, week-ends com­pris.

Les 3 clin­iques fonc­tion­nent actuelle­ment entre 20 et 23 % de leur activ­ité habituelle. À l’Union, il s’agit prin­ci­pale­ment de l’activité en can­cérolo­gie et d’urgence chirur­gi­cale, pré­cisons que nous sommes l’un des plus gros sites d’urgence avec 33 000 pas­sages à l’année. Une ré-éval­u­a­tion du degré d’urgence des actes reportés est faite régulière­ment, cer­tains sont à nou­veau reportés, d’autres sont réal­isés.

Nous n’avons pas de détail sur l’organisation ter­ri­to­ri­ale de l’après 11 mai, si ce n’est pour l’heure, de main­tenir nos organ­i­sa­tions quitte à les red­i­men­sion­ner à la baisse tout en gar­dant la capac­ité de les réac­tiv­er immé­di­ate­ment. En interne, nous réfléchissons en groupe de tra­vail à la mod­éli­sa­tion d’une offre moins dimen­sion­née mais sur un plus long terme jusqu’au 31 décem­bre prochain.

—————————————-

Christophe Alfandari, PDG du groupe Saint-Gatien

L’approche ter­ri­to­ri­ale a pris tout son sens.

À la Clin­ique NCT+ — Saint-Gatien — Alliance à Tours, nous avons aug­men­té notre capac­ité de réan­i­ma­tion de 10 lits ini­ti­aux à 26 lits, ain­si que le nom­bre impres­sion­nant de per­son­nels asso­ciés à cette activ­ité. Pour cela, du per­son­nel com­plé­men­taire a été for­mé en ren­fort. Nous avons égale­ment ouvert 45 lits de médecine COVID +. Nous avons ouvert notre hélis­ta­tion en urgence, selon une procé­dure accélérée. Par ce biais, 16 patients d’Île-de-France et des patients de l’est de la région Cen­tre ont été trans­férés dans notre étab­lisse­ment. Les autres patients sont arrivés par notre ser­vice d’urgence.

Les soignants ont tous accep­té de faire des nuits, reporter des vacances, bous­culer leur plan­ning. Les prati­ciens libéraux, en pre­mier lieu anesthé­sistes-réan­i­ma­teurs, ont entre­pris et se sont engagés sans compter. Des chirurgiens se sont portés volon­taires pour faire des gardes dans le ser­vice de médecine COVID, ils ont tous été remar­quables.

En Indre-et-Loire, l’épidémie est restée bien maîtrisée et nous n’avons pas con­nu de vague.

Il est à not­er que très peu de patients accueil­lis dans le ser­vice de médecine ont néces­sité une réan­i­ma­tion et ont pu regag­n­er leur domi­cile. Un con­stat partagé par les étab­lisse­ments de l’ouest de la région Cen­tre.

Con­cer­nant le matériel de pro­tec­tion, nous nous sommes bat­tus tous les jours. Quand le prob­lème des masques était en par­tie réglé, le prob­lème appa­rais­sait sur l’approvisionnement des sur-blous­es, puis ensuite des gants. Con­cer­nant la pénurie de pro­duits néces­saires en réan­i­ma­tion, nous nous coor­don­nons et entraidons avec le CHU. Nous avons réus­si à franchir toutes ces dif­fi­cultés !

Public/privé, une coopéra­tion totale

Notre prin­ci­pal inter­locu­teur est le CHU de Tours. La coor­di­na­tion a été com­plète entre les médecins réan­i­ma­teurs et les direc­tions générales. Ensem­ble, et via des con­férences télé­phoniques per­ma­nentes, nous avons mis en place des organ­i­sa­tions intel­li­gentes. L’ARS a par­faite­ment joué son rôle. Je suis vrai­ment ravi car nous n’avons pas per­du de temps dans l’organisation de la lutte con­tre le COVID.
Les médecins général­istes ont ouvert plusieurs cen­tres « COVID » en ville et la coor­di­na­tion avec la médecine de ville se passe bien. L’approche ter­ri­to­ri­ale a pris tout son sens.

La suite…

Nous sommes en pleine réflex­ion sur l’organisation de la suite qui doit être cohérente pour nous et avec le CHU. Ces dis­cus­sions ont démar­ré : demain, qui main­tient des lits, du per­son­nel, un ser­vice, etc. dédiés COVID ?

Au même rythme que le CHU, nous avons « dé-escal­adé » notre organ­i­sa­tion COVID. Par exem­ple, sur les 16 lits en réan­i­ma­tion que nous avons actuelle­ment, 10 lits sont dédiés aux patients atteints du COVID. Nous espérons pou­voir main­tenir cette organ­i­sa­tion demain. Même si tout le monde a envie de tourn­er la page de cette pre­mière séquence, il faut avancer très douce­ment. Nous atten­dons que le Pre­mier min­istre con­firme par ordon­nance les annonces déjà faites.

J’ai envie de retenir de cette crise une coopéra­tion public/privé totale et un engage­ment excep­tion­nel des per­son­nels et des médecins. Cha­peau à tous !

—————————————-

Hommage — Dr Jacques Fribourg

Urgen­tiste

C’est avec une grande tristesse que nous avons appris le décès du Dr Jacques Fri­bourg des suites du COVID-19 qui a été pen­dant 38 ans urgen­tiste à l’Hôpital Privé de Trappes. Il a été pen­dant de nom­breuses années Prési­dent du Syn­di­cat nation­al des urgen­tistes de l’hospitalisation privée (SNUHP) puis secré­taire général.
Nous vous pro­posons de revenir sur sa dernière inter­view du 13h tou­jours empreinte d’une cer­taine actu­al­ité.