Dr Jean Canarelli, président de la FHP Corse et vice-président de la FHP PACA

 En Corse, les chiffres de l’épidémie sont tous en baisse

En région Corse nous avons des zones très con­trastées dans la dif­fu­sion virale. Il y a la région d’Ajaccio, clus­ter depuis le début, et le reste de la Corse.

La région de Bas­tia a eu le temps de remon­ter très vite la fil­ière de con­t­a­m­i­na­tion dès les pre­miers patients infec­tés et l’épidémie a été glob­ale­ment con­tenue, avec quelques dizaines de cas. L’activité des étab­lisse­ments hos­pi­tal­iers est calme, les clin­iques de Bas­tia se sont mis­es au ser­vice du cen­tre hos­pi­tal­ier en four­nissant matériels et per­son­nels.

La région d’Ajaccio, en revanche, est dev­enue très vite un clus­ter avec quelques cen­taines de cas dès que des per­son­nes sont rev­enues infec­tées de Mul­house et ont été tar­di­ve­ment diag­nos­tiquées. Aujourd’hui le ser­vice de réan­i­ma­tion de l’Hôpital d’Ajaccio se vide pro­gres­sive­ment avec actuelle­ment une douzaine de patients atteints du COVID. La clin­ique de Por­to Vec­chio dans l’extrême sud est prête et a été peu sol­lic­itée jusqu’alors. Glob­ale­ment, le con­fine­ment est très bien respec­té par la pop­u­la­tion et fonc­tionne en Corse. Si bien que la Clin­ique d’Ajaccio, sup­port de la prise en charge des patients hors COVID, con­naît aus­si une activ­ité au ralen­ti, liée à l’arrêt de la prise en charge hors urgences.

À Ajac­cio, dès début mars, nous avons signé une con­ven­tion clinique/hôpital pour définir le périmètre de la prise en charge des patients. La con­cer­ta­tion s’est faite de façon rapi­de et claire : l’activité COVID + est prise en charge par le CH d’Ajaccio et nous ser­vons d’établissement sup­port pour l’activité chirur­gi­cale urgente pub­lic et privé (hormis les activ­ités de mater­nité, pédi­a­trie et tho­racique, accueil­lies au CH) et ce indif­férem­ment avec les prati­ciens de la clin­ique ou de l’hôpital. Les prati­ciens quelle que soit leur orig­ine, CH ou clin­ique, ont accès à des plages opéra­toires : cha­cun des 7 chirurgiens orthopédiques publics et libéraux prend un jour de garde à tour de rôle, les gyné­co­logues comme les chirurgiens ORL de l’hôpital opèrent chez nous, etc. Par ailleurs, nous dis­posons sur Ajac­cio d’un lab­o­ra­toire d’analyse qui a été très rapi­de­ment, à par­tir du 9 mars, en capac­ité de réalis­er le diag­nos­tic du virus.

L’activité SSR privée s’est elle aus­si mise en ordre de marche, en com­plé­ment de celle du secteur pub­lic et assure aujourd’hui une bonne par­tie du suivi post hos­pi­tal­i­sa­tion COVID.

Repren­dre une vie avec l’épidémie

Je suis très inqui­et sur la sor­tie du con­fine­ment. Inéluctable, il est notre prin­ci­pal enjeu désor­mais. Nous iden­ti­fions tou­jours des nou­veaux cas, même en petit nom­bre. Quelle sera la dis­sémi­na­tion de la mal­adie et serons-nous capa­bles de la con­tenir ? L’économie doit redé­mar­rer, de même les rela­tions sociales et tout sim­ple­ment humaines, je pense en par­ti­c­uli­er aux per­son­nes âgées qui sont comme en milieu car­céral. La san­té est en pre­mière ligne mais il faut que le socle de la nation soit solide.

Il faut se don­ner les moyens de repren­dre une vie avec l’épidémie qui ne va pas s’arrêter le 11 mai et con­tin­uera jusqu’au moment où nous dis­poserons d’une thérapie effi­cace. Il est indis­pens­able que nous recom­men­cions à tra­vailler dans nos étab­lisse­ments de san­té en pri­or­ité pour les patients aujourd’hui en déshérence. Nous con­sta­tons énor­mé­ment de renon­ce­ment aux soins aux con­séquences dra­ma­tiques. Les patients chroniques ne con­sul­tent plus leur médecin et nous décou­vrons trop tard une mor­bid­ité crois­sante.  Nous devrons pren­dre des mesures pour sécuris­er les patients et pro­téger les soignants. Mesures qui vont ralen­tir la prise en charge. Nous allons tra­vailler dif­férem­ment.

Nous nous sommes adap­tés très vite et nous serons capa­bles de recom­mencer. Mais nous avons encore beau­coup trop d’inconnus sur le virus pour imag­in­er l’avenir de façon claire. Ce qui est cer­tain c’est que nous tra­vaillerons dif­férem­ment et pour un moment. 

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Alexandre Breil, directeur de l’Hôpital Privé d’Antony


À l’Hôpital Privé d’Antony, le nom­bre de patients atteints du COVID com­mence à décroître

Nous enreg­istrons une baisse d’environ 30 % par rap­port à notre pic. Nous avons reçu simul­tané­ment jusqu’à 125 patients atteints du COVID dont 38 patients en réan­i­ma­tion pour 14 lits autorisés au départ, autant en soins con­ti­nus et 44 patients en lits de médecine. Nous avons été une seule fois dans l’obligation de trans­fér­er des patients à l’Hopital Privé Jacques Carti­er et au CH de Melun, et à l’inverse, nous avons reçu des patients de l’AP-HP.

L’arrivée de ren­forts d’équipes de soignants des sites d’à peu près toutes les régions où le groupe Ram­say San­té est implan­té a été déter­mi­nant.

De plus, 2 des 3 internistes sont infec­ti­o­logues et l’établissement compte une impor­tante équipe de pneu­mo­logues. Assez naturelle­ment, ils ont con­sti­tué des atte­lages interniste/pneumologue pour pren­dre en charge les patients infec­tés. Les chirurgiens et les médecins spé­cial­isés sont venus en appui pour pren­dre en charge le reste de l’activité de médecine, et les urgences. La sou­p­lesse et la réac­tiv­ité des équipes et des organ­i­sa­tions ont été admirables.

En amont, nous avions requal­i­fié les secteurs et avons fer­mé ou ouvert des espaces au fil des besoins. Des par­cours sanc­tu­ar­isés ont été créés pour l’activité qui ne pou­vait pas être reportée : nous avons pris en charge 7 par­turi­entes atteintes du COVID sur les 280 accouche­ments du mois dernier et 8 patients atteints du COVID sur une file active de 120 patients dialysés. Enfin, aucune com­pli­ca­tion n’a été notée jusqu’alors pour les patients de la fil­ière oncologique que nous avons réduite.

La suite, un jour sans fin…

Nous allons devoir légitime­ment pren­dre énor­mé­ment de pré­cau­tions et cette nou­velle organ­i­sa­tion va de fac­to entraver l’efficience habituelle des struc­tures. Cette nou­velle con­fig­u­ra­tion se met­tra en place gradu­elle­ment, de même les patients repren­drons pro­gres­sive­ment le chemin des soins. Par exem­ple, le ser­vice d’urgence enreg­istre le tiers des pas­sages habituels, COVID com­pris. Remon­ter la pente nous pren­dra bien 6 mois.

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Dr Benoît Fontenel, DG du laboratoire d’analyses Biolab Avenir, Clinique Pasteur, Toulouse

Le Dri­ve-test de la Clin­ique Pas­teur est pris d’assaut

Nous avons mis en place un dis­posi­tif de Dri­ve-test de dépistage naso-pharyn­gé Covid-19 sur le site de la Clin­ique Pas­teur pour répon­dre à la forte demande des patients et des médecins. Nous n’avons rien inven­té, c’est ce qui se fait partout dans le monde. Le dis­posi­tif a été pris d’assaut tout de suite. Nous testons pour le moment env­i­ron 30 per­son­nes par jour mais nous pour­rions nous organ­is­er pour en tester davan­tage.

Con­crète­ment, une pre­scrip­tion médi­cale est néces­saire. Un numéro est dédié pour pren­dre ren­dez-vous et des plages toutes les 10 min sont organ­isées tous les après-midis du lun­di au ven­dre­di. La par­tie admin­is­tra­tive est gérée par mail en amont afin pré­cisé­ment de ne pas se con­t­a­min­er au tra­vers de doc­u­ments. Les per­son­nes arrivent en voiture, éteignent le moteur, ne descen­dent pas du véhicule et sont invitées à met­tre le masque chirur­gi­cal qui leur est pro­posé. Un préleveur en tenue de pro­tec­tion nor­mée effectue le prélève­ment. Les tests sont envoyés à notre lab­o­ra­toire sous-trai­tant habituel et les résul­tats sont disponibles sous 24 à 48h. Des tests peu­vent être réal­isés en urgence à la demande des médecins des étab­lisse­ments de soin avec lesquels nous tra­vail­lons. Ils sont traités par nos pro­pres auto­mates en interne, et les délais sont alors de 4 à 6h.

Notre lab­o­ra­toire emploie 140 per­son­nes en plus des 16 phar­ma­ciens et médecins biol­o­gistes asso­ciés. Nous avons réor­gan­isé nos équipes pour met­tre en place ce pro­jet et c’est un vrai suc­cès depuis son ouver­ture le 14 avril.