Les mots de « trans­for­ma­tion » et « muta­tion » ponctuent les rap­ports qui sor­tent régulière­ment : Cour des comptes, IGAS, et à présent celui du Haut Con­seil pour l’Avenir de l’Assurance Mal­adie (HCAAM). Tous aler­tent sur les boule­verse­ments à venir. Les étab­lisse­ments de san­té ne seront plus les mêmes à la fin de cette décen­nie.

Nous sommes déjà fam­i­liers de cer­tains con­cepts, comme l’ouverture de l’hôpital sur l’extérieur, les référen­tiels de prise en charge con­tex­tu­al­isés et gradués, l’approche pop­u­la­tion­nelle et ter­ri­to­ri­ale, les nou­velles organ­i­sa­tions et leurs tar­i­fi­ca­tions renou­velées, etc. Ces évo­lu­tions sys­témiques passeront vite du stade de con­cepts à celui de réal­ités.

Par­al­lèle­ment, d’autres notions his­toriques sont observées d’une toute nou­velle façon. Ain­si, selon la note prospec­tive du HCAAM, une « poly­clin­ique » est décrite comme « une grosse struc­ture immo­bil­ière et tech­nique qui asso­cie des médecins général­istes, spé­cial­istes, des paramédi­caux et des plateaux tech­niques ». Elle est dépeinte comme une alter­na­tive à une hos­pi­tal­i­sa­tion ambu­la­toire pou­vant réalis­er des gestes inter­ven­tion­nels, y com­pris avec anesthésie légère. Les notions d’amont et d’aval per­dent leur sens dans un envi­ron­nement extérieur à l’hôpital nou­velle­ment struc­turé, où les patholo­gies chroniques et celles du vieil­lisse­ment seront traitées. Le cen­tre de grav­ité du sys­tème se déplace.

De même, le point de vue change quand il s’agit de définir les activ­ités d’un étab­lisse­ment de san­té. Tou­jours selon le HCAAM, il ne s’agit plus d’organiser « la présence ou le main­tien d’un type d’offreur sur un ter­ri­toire, en sup­posant que sa présence per­me­t­tra de répon­dre aux besoins des habi­tants », il s’agit à présent d’organiser « l’accès des habi­tants d’un ter­ri­toire à des ser­vices per­ti­nents et de qual­ité défi­nis con­crète­ment ». On passe de l’hospitalo-centrisme au « patient-cen­trisme », en se bas­ant sur les ser­vices atten­dus par les patients, et notam­ment par les patients chroniques.

La vision stratégique du sys­tème de san­té de nos tutelles évolue pro­fondé­ment et, les suiv­ant dans leur réflex­ion, notre secteur est par­tie prenante des mod­i­fi­ca­tions struc­turelles, poli­tiques, économiques et sociales qui en découleront. Nous sommes déjà entrés dans une nou­velle ère.

Ségolène Ben­hamou
Prési­dente de la FHP-MCO