La Fédéra­tion française des dia­bé­tiques a créé le Dia­bete LAB, quelles sont ses fonc­tions ?

Dans le cadre de Dia­bete LAB, nous menons des études soci­ologiques qual­i­ta­tives et quan­ti­ta­tives, dans le but de recueil­lir le vécu des patients. Nous sommes dans la pro­duc­tion de con­nais­sances pour mieux con­naître la per­son­ne dia­bé­tique mais aus­si pour mieux appréhen­der d’autres patholo­gies proches du dia­bète (apnée du som­meil, insuff­i­sance renale, etc. )
Le LAB pour­suit trois objec­tifs. Le pre­mier est l’expérience patient en tant que telle et la dif­fu­sion des résul­tats de nos études auprès des patients. C’est en quelque sorte une démarche de « mar­ket­ing social », qui a pour but de faire évoluer les com­porte­ments des per­son­nes. Un patient qui sait ce que font les autres est davan­tage en mesure de chang­er cer­taines choses chez lui.
Ensuite, notre tra­vail nous per­met d’identifier les points sur lesquels les patients ont besoin d’être défendus auprès des tutelles. Nos travaux sont portés jusqu’à la HAS, lors de com­mis­sions, d’auditions, etc. Nous gagnons en légitim­ité sur cer­taines ques­tions et nos argu­ments sont enten­dus.
Enfin le lab est un « tiers lieu », où les acteurs peu­vent entr­er en con­tact les uns avec les autres, avec plus de légitim­ité. C’est ain­si que l’Assurance mal­adie s’est appuyée sur nos études du Dia­bete LAB dans son dernier Rap­port charges et pro­duits, paru en juin 2019.

Com­ment fonc­tionne-t-il dans la pra­tique ?

Dans la pra­tique, un ou une soci­o­logue entre en con­tact avec des patients pour les inter­roger, col­lecter, exploiter et restituer les données/le vécu des patients. Une plate­forme numérique, diabetelab.org, per­met aux patients et à leurs proches inscrits de par­ticiper aux études et de s’informer sur études menées. La rela­tion avec le patient est assez directe et intense puisque nous menons plusieurs études par mois sur dif­férents thèmes : tra­vail, par­cours de soins, usage des dis­posi­tifs médi­caux… Suiv­ant la cible, le nom­bre de répon­dants oscille entre 2 000 à 15 000. Nous menons de plus de nom­breuses études qual­i­ta­tives, en face à face, par­fois même au domi­cile du patient, ce qui nous per­met de faire de l’observation ethno­graphique, nos répon­dants étant issus de milieux très divers.

À l’ère 3.0, com­ment la rela­tion soignants-soignés évolue-t-elle ?

C’est d’abord par la dif­fu­sion mas­sive des dis­posi­tifs de mesure en con­tinu du glu­cose (MCG), per­me­t­tant aux per­son­nes dia­bé­tiques qui les utilisent d’améliorer leur équili­bre gly­cémique et leur qual­ité de vie. Ces dis­posi­tifs améliorent la con­nais­sance que les patients ont de leur mal­adie et leur exper­tise.  Ain­si, la rela­tion avec le dia­bé­to­logue se trans­forme égale­ment : elle devient plus riche et plus experte à la fois.

Par ailleurs, si les patients se sen­tent de plus en plus autonomes dans la ges­tion de leur dia­bète, notam­ment les util­isa­teurs de la MCG, ils sont à la recherche d’accompagnement et de suivi. Ils se dis­ent prêts à s’inscrire à des plate­formes de télé­suivi à dis­tance si en con­trepar­tie cela leur per­met de trou­ver une médecine plus human­iste (des temps d’échange plus long avec un médecin), et en capac­ité à les aider en cas de rup­ture dans leur par­cours de san­té (une aide plus « sociale »). Les plate­formes de télé­suivi qui ten­dent à se mul­ti­pli­er doivent relever ce défi. Avec ces plate­formes ce n’est pas seule­ment la rela­tion avec le médecin qui évolue, mais cela intro­duit et matéri­alise l’importance de « l’équipe soignante ».