Le pacte de refon­da­tion des urgences était forte­ment atten­du. Et il faut recon­naître à la Min­istre qu’elle n’a pas cédé à la facil­ité, puisqu’elle a choisi de s’attaquer aux caus­es des dys­fonc­tion­nements des ser­vices d’urgence plutôt qu’aux symp­tômes. A ce stade, pas d’augmentation des effec­tifs dans ces ser­vices ni de réou­ver­ture de lits d’aval, mais une volon­té de désen­gorg­er les urgences.
Sur une enveloppe de 750 mil­lions d’euros déblo­quée sur 3 ans, le min­istère compte en dédi­er 340 pour la mise en place d’ici l’été 2020 du Sys­tème d’Accès aux Soins (SAS). Son objec­tif est d’offrir à cha­cun 24h/24 « un pro­fes­sion­nel de san­té qui lui fourni­ra un con­seil, une télé­con­sul­ta­tion, du télé­soin, une ori­en­ta­tion vers une con­sul­ta­tion sans ren­dez-vous ou un ser­vice d’urgence ». Les 121 ser­vices d’urgence autorisés dans le secteur privé ain­si que les cen­tres de con­sul­ta­tions non pro­gram­mées instal­lés dans nos étab­lisse­ments devront con­stituer des parte­naires relais claire­ment iden­ti­fiés des futurs SAS.
Autre propo­si­tion pour désen­gorg­er les ser­vices d’urgence : la général­i­sa­tion de par­cours dédiés aux per­son­nes âgées qui ne passeraient pas par les urgences. A l’heure actuelle, 45 % des pas­sages aux urgences suiv­is d’une hos­pi­tal­i­sa­tion con­cer­nent des patients âgés de plus de 65 ans, et plus du quart con­cer­nent des patients de plus de 80 ans. Le min­istère envis­age notam­ment des admis­sions directes depuis le domi­cile ou un EHPAD, pre­scrites par un médecin libéral.  
Nous retenons égale­ment l’encadrement de l’intérim médi­cal afin de le ren­dre moins attrac­t­if. Il est effec­tive­ment indis­pens­able de lut­ter con­tre les dérives d’un sys­tème qui con­tribuent à désta­bilis­er les équipes médi­cales des étab­lisse­ments et à déséquili­br­er leur bud­get. De même, le ren­force­ment de la sécu­rité des pro­fes­sion­nels exerçant aux urgences doit être une pri­or­ité.
D’une manière générale, le pacte de refon­da­tion des urgences com­prend des mesures de bon sens, mais il va fal­loir en expliciter les con­tours et la mise en œuvre. De nom­breuses ques­tions se posent. La pre­mière est l’origine de cette enveloppe de 750 mil­lions d’euros : s’agit-il de crédits sup­plé­men­taires ou d’un redé­ploiement des bud­gets actuels au détri­ment d’autres secteurs ? D’autres con­cer­nent le retour d’une gra­da­tion des ser­vices d’urgence et la réforme de leur finance­ment : nous serons vig­i­lants quant à l’intégration des étab­lisse­ments de san­té privés dans le nou­veau sché­ma d’organisation et quant aux modal­ités de finance­ment qui devront garan­tir une équité de traite­ment entre tous les acteurs.
Surtout, la réus­site du déploiement de ce dis­posi­tif dépen­dra de l’engagement de cha­cun — citoyens, médecins de ville et étab­lisse­ments de san­té. Pour notre part, nous y par­ticiper­ons et serons force de propo­si­tion.