Quelles ont été les moti­va­tions du min­istère d’ex­péri­menter un paiement à l’épisode de soin ?
La mise en place d’un paiement à l’épisode de soins chirur­gi­cal (com­prenant l’amont, le séjour hos­pi­tal­ier et l’aval), en étab­lis­sant un for­fait glob­al­isé de l’ensemble des presta­tions réal­isées par les acteurs impliqués, pour­suit un objec­tif d’amélioration de la qual­ité, de la sécu­rité, de l’efficience des soins et de la sat­is­fac­tion des patients, grâce notam­ment à une organ­i­sa­tion inté­grée, fondée sur les bonnes pra­tiques de prise en charge et la coor­di­na­tion des acteurs intra et extra-hos­pi­tal­iers. Les cahiers des charges décrivant les trois inter­ven­tions chirur­gi­cales (pro­thèse totale de hanche, pro­thèse totale de genou et colec­tomie pour can­cer) sont en cours de val­i­da­tion et ont été élaborés en co-con­struc­tion avec 11 struc­tures pour la colec­tomie pour can­cer et 17 struc­tures pour les pris­es en charges orthopédiques, suite à un appel à man­i­fes­ta­tion d’intérêt ini­tié par le min­istère de la San­té et l’Assurance mal­adie en 2018.

Com­ment avez-vous struc­turé votre démarche ?
La pre­mière étape a été de prédire le par­cours de base, c’est-à-dire décrire le périmètre de l’épisode avant, pen­dant et après chaque inter­ven­tion (pro­thèse totale de hanche, pro­thèse totale de genou et colec­tomie pour can­cer). Sur cette base, un mod­èle pré­dic­tif a été établi à par­tir des don­nées de rem­bourse­ment sur plusieurs années, ce qui a per­mis d’aboutir à deux grands types de par­cours — avec et sans SSR ou HAD – et d’identifier les vari­ables impac­tant ces par­cours (âge, sexe, comor­bid­ité…). Le risque de réhos­pi­tal­i­sa­tion est cal­culé pour chaque étab­lisse­ment et rap­porté à la moyenne de son secteur d’ac­tiv­ité.

La sec­onde étape a été de cal­culer à par­tir des dépens­es observées sur 3 ans (2014–2016) un for­fait de base cou­vrant la majorité des pris­es en charge et une dizaine de mod­u­la­teurs cor­re­spon­dant aux fac­teurs de risque impac­tant ce par­cours de base. Le for­fait com­prend les dépens­es rat­tach­ables à l’épisode de soins, en ville et à l’hôpi­tal, inclu­ant le pré- et le post-opéra­toire. On retrou­ve dans les mod­u­la­teurs les vari­ables explica­tives citées plus haut ain­si qu’un mod­u­la­teur pour la mise en œuvre de la RAAC (Récupéra­tion accélérée après chirurgie) de manière à tenir compte de la coor­di­na­tion réal­isée pour la prise en charge de ces patients.

La qual­ité de la prise en charge est essen­tielle pour la tutelle, com­ment l’avez-vous inté­grée dans votre cahi­er des charges ?
La qual­ité est mesurée à par­tir d’indi­ca­teurs de proces­sus et de résul­tats pour chaque inter­ven­tion, elle inclut une dimen­sion sur l’ex­péri­ence patient ain­si que les résul­tats tels que ressen­tis par le patient. Un score qual­ité est cal­culé pour chaque struc­ture par­tic­i­pante et servi­ra à fix­er la rémunéra­tion spé­ci­fique asso­ciée à la qual­ité. Il per­me­t­tra égale­ment de déclencher l’in­téresse­ment quand le score sera supérieur à un seuil min­i­mal, visant ain­si à s’assurer que les efforts réal­isés en matière de maîtrise des dépens­es ne se font pas au détri­ment de la qual­ité des pris­es en charge des patients.

Nat­acha Lemaire était l’invitée du con­seil d’administration du 20 juin dernier.