Com­ment   réagis­sez-vous   à   l’ac­tu­al­ité   autour   de   votre   spé­cial­ité,  avec   la   grève   des   urgen­tistes ?

La péri­ode esti­vale approche et nous sommes bien évidem­ment sol­idaires et inqui­ets de la sit­u­a­tion des urgences publiques. Nous appor­tons à nos con­frères notre sou­tien sur leur prin­ci­pale reven­di­ca­tion : les con­di­tions de tra­vail dans les ser­vices d’ur­gence, qui met­tent effec­tive­ment en dan­ger la qual­ité, quand ce n’est pas la sécu­rité des soins. Ces dif­fi­cultés exis­tent depuis de très nom­breuses années et ten­dent à s’aggraver. Nous com­prenons leur las­si­tude faute de réelles solu­tions pro­posées. Les activ­ités des ser­vices d’urgence publics et privés sont inter­dépen­dantes. Nous sommes com­plé­men­taires et nous ren­forçons le sys­tème pub­lic dans de nom­breux ter­ri­toires. Une défail­lance bru­tale dans leur fonc­tion­nement peut avoir des réper­cus­sions sur nous.
Il ne faut pas se leur­rer : urgen­tistes libéraux ou salariés de l’hôpi­tal, nous provenons du même moule, nous pra­tiquons la même médecine d’ur­gence, avec les mêmes con­traintes d’exercice. Nous soignons les mêmes patients, sou­vent frag­iles, poly­pathologiques, âgés, en dif­fi­culté sociale. Nous com­prenons donc les dif­fi­cultés endurées par l’hôpi­tal, mais nous ne parta­geons pas les mêmes prob­lèmes car notre fonc­tion­nement et notre statut sont dif­férents.

Qu’est-ce que vous faites dif­férem­ment, dans les ser­vices d’ur­gence privés ?

D’abord, il faut con­sid­ér­er que le lien entre les étab­lisse­ments et nous, prati­ciens libéraux est très dif­férent dans le privé : chez nous, il n’y a pas de lien hiérar­chique, mais un véri­ta­ble parte­nar­i­at. Cette col­lab­o­ra­tion per­met de met­tre en avant très claire­ment les rôles et les mis­sions de cha­cun. L’étab­lisse­ment met à notre dis­po­si­tion le matériel, les locaux et le per­son­nel, mais surtout il est respon­s­able d’une ges­tion effi­cace des lits en aval, élé­ment indis­pens­able au bon fonc­tion­nement du ser­vice. Nous sommes ensuite épaulés par un ensem­ble de médecins de spé­cial­ités qui appor­tent leur con­cours dans la prise en charge les patients, dans le ser­vice des urgences, puis en aval de celui-ci. À nous d’as­sur­er le H24 et de pra­ti­quer le cœur de notre méti­er : réa­gir à l’ur­gence. Ce fonc­tion­nement tri­par­tite per­met de flu­id­i­fi­er le par­cours des patients. Chez nous, tous les patients sont vus en con­sul­ta­tion, par­fois même pour des trou­bles bénins. La déser­ti­fi­ca­tion médi­cale est en crois­sante aug­men­ta­tion, on ne peut donc pas tou­jours blâmer les patients et dire qu’ils utilisent les urgences de manière abu­sive. Cepen­dant, il est indis­pens­able de pro­mou­voir et struc­tur­er la médecine libérale de ville pour offrir à la pop­u­la­tion un accès aux soins pri­maires effi­caces, évi­tant ain­si le recours aux urgences. Le rôle de la régu­la­tion médi­cale y est égale­ment pri­mor­dial.

Votre secteur ren­con­tre-t-il égale­ment des dif­fi­cultés ?

Nous ne sommes pas épargnés par la pénurie médi­cale qui frappe de nom­breuses spé­cial­ités médi­cales. Nous exerçons générale­ment dans de petites équipes de médecins, sou­vent sans l’aide d’internes en médecine et nous sommes égale­ment soumis au manque d’ef­fec­tifs. Nous parta­geons absol­u­ment cette prob­lé­ma­tique avec le secteur pub­lic.
Par ailleurs, nous con­sta­tons aus­si chez les urgen­tistes libéraux une las­si­tude crois­sante en rap­port avec des con­traintes d’exercice insuff­isam­ment val­orisées par l’Assurance mal­adie : le tra­vail de nuit, les week-ends, les jours fériés, mais surtout les soins des patients avec des patholo­gies de plus en plus lour­des et com­plex­es. Cer­tains se tour­nent vers des activ­ités moins con­traig­nantes, hors des étab­lisse­ments, par­fois même se réori­en­tent vers d’autres pra­tiques médi­cales.
Enfin, dans cer­tains ter­ri­toires, les rap­ports avec les tutelles sont par­fois ten­dus, et il nous sem­ble aus­si indis­pens­able d’améliorer la col­lab­o­ra­tion avec les urgences publiques afin de mieux coor­don­ner les soins des patients.