Can­cérolo­gie et réforme des autori­sa­tions, où en êtes-vous du process ?
L’atelier can­cérolo­gie mené par l’AFC-UNHPC le 28 mars dans le cadre de la 2Journée des métiers de la FHP-MCO a été l’occasion d’exprimer nos vives préoc­cu­pa­tions sur les enjeux de la réforme générale des autori­sa­tions qui con­cerne bien sûr aus­si la can­cérolo­gie. À aujourd’hui, nous ne pou­vons qu’exposer des ten­dances car les sujets sont tou­jours   en   dis­cus­sion et   rien   n’est   arrêté. Nous    sié­geons    avec    Ségolène  Ben­hamou,  aux   côtés   des   autres   fédéra­tions, aux 11 réu­nions prévues sur les sujets de chirurgie du can­cer, oncolo­gie médi­cale, radio­thérapie, et par ailleurs sur celui de la médecine nucléaire, qui nous con­cerne au tra­vers des autori­sa­tions   des   Tep­scan.  Rap­pelons  que   50 % des actes de Tep­scan sont réal­isés dans le secteur privé alors même que nous ne dis­posons que de 30 % du parc des machines. Sur ce point, il fau­dra bien s’atteler au prob­lème des délais d’accès et des pertes de chance asso­ciées.

Sur l’ensemble des sujets, les dis­cus­sions seront en théorie clos­es d’ici juin-juil­let, puis la DGOS fera une propo­si­tion de décret à la min­istre qui décidera de sa pub­li­ca­tion.

Sur le fond, quels sont les enjeux ?
Avant toute chose, nous invi­tons tous les inter­locu­teurs à ban­nir les ter­mes de « gra­da­tion » ou « niveau » pour leur préfér­er ceux de « prox­im­ité » « référence » ou « recours ». Sur le fond, nous nous bat­tons pour lim­iter à deux, et non trois, la dif­féren­ci­a­tion des étab­lisse­ments.

Par ailleurs, con­cer­nant la chirurgie du can­cer, l’enjeu est dou­ble. L’INCa souhait­erait aug­menter le nom­bre d’actes néces­saires pour autoris­er l’activité et par ailleurs réflé­chit à une approche par organe à l’intérieur de cer­tains appareils (can­cer de l’ovaire dans les autori­sa­tions de chirurgie du can­cer gyné­cologique par exem­ple). Nous sommes d’accord unique­ment pour les organes pour lesquels les pub­li­ca­tions sci­en­tifiques mon­trent un béné­fice pour les patients. Toutes les options sont encore sur la table et en dis­cus­sion.

Où en est-on du finance­ment de l’innovation hors nomen­cla­ture ?
Le sujet de la biolo­gie molécu­laire est un sujet très préoc­cu­pant. Le finance­ment des exa­m­ens de recherche de muta­tion géné­tique pla­fonne tou­jours à 55 % en 2019. Le reste à charge pour l’établissement pre­scrip­teur, qui dans cer­tains cas ne con­naît pas le patient qui vient en con­sul­ta­tion externe chez l’onco-généticien, est impor­tant (un acte peut coûter 2 500 euros). Dans ce dernier cas, cela peut con­stituer un acte anor­mal de ges­tion si le patient ne reçoit aucun acte thérapeu­tique dans l’établissement. Nous nous retrou­vons dans une sit­u­a­tion para­doxale où l’établissement paye une fac­ture pour un patient qu’il ne ver­ra jamais. Les con­séquences sont graves car si je prends l’exemple de Toulouse, si notre onco-généti­cien arrête de pre­scrire ces exa­m­ens et ren­voie les patients vers l’Oncopôle, seule autre con­sul­ta­tion exis­tante de la ville, les délais d’attente s’allongeront de 12 mois actuelle­ment, à 18 mois. Qui porte alors la respon­s­abil­ité de perte de chance poten­tielle du patient et de ses appar­en­tés durant le délai d’attente ? C’est un prob­lème urgent à régler. Il est incom­préhen­si­ble aujourd’hui que dans notre pays, qui béné­fi­cie de sur­croît d’un plan can­cer, cette ques­tion ne soit pas réglée. Il n’y a pour­tant aucun risque infla­tion­niste car cet exa­m­en très encadré ne peut être pre­scrit que par des onco-généti­ciens, qui s’appuient sou­vent sur des réu­nions pluri-dis­ci­plinaires d’onco-génétique. Il n’y a aucun risque de pre­scrip­tion abu­sive donc pourquoi n’est-on pas capa­ble de met­tre un bud­get en face de ces exa­m­ens qui con­stituent un réel pro­grès et qui de plus débouchent aus­si sur des essais thérapeu­tiques ? Il faut, et il suf­fit qu’ils soient financés au coût réel.