Les prati­ciens des étab­lisse­ments privés doivent-ils inté­gr­er les CPTS ?
Le sujet des Com­mu­nautés pro­fes­sion­nelles ter­ri­to­ri­ales de san­té (CPTS) est ancien mais tou­jours d’actualité car leur déploiement n’est pas opti­mal. Rap­pelons que les CPTS ont été voulues par les libéraux, lors de la révi­sion du pro­jet de loi de mod­erni­sa­tion du sys­tème de san­té de Marisol Touraine. La lev­ée de boucliers de cer­tains pro­fes­sion­nels de san­té avait entraîné la créa­tion de groupes de tra­vail pour amender ce pro­jet, d’où est issue cette idée de CPTS. L’objectif était qu’elles soient pour la médecine libérale le pen­dant des GHT. Les syn­di­cats s’en sont ensuite dis­tan­ciés car la régle­men­ta­tion accor­dait aux ARS la main­mise sur le fonc­tion­nement des CPTS. Récem­ment cette régle­men­ta­tion a été retirée, ce qui laisse le champ à des expéri­men­ta­tions. En Occ­i­tanie ou dans les Pays de la Loire il y a eu des réu­nions entre ARS, URPS et CPAM pour définir un cadre favor­able au développe­ment des CPTS. La clé, c’est d’associer tous les acteurs, mais en s’appuyant sur les expéri­ences de ter­rain, donc sur les pro­fes­sion­nels. N’oublions pas que toute per­son­ne morale — donc un étab­lisse­ment — peut adhér­er à une CPTS. Face aux GHT, les CPTS sont une oppor­tu­nité, un out­il effi­cient pour les médecins libéraux exerçant en étab­lisse­ment. Ils ont tout intérêt à s’en saisir plutôt que d’attendre que les étab­lisse­ments y ail­lent sans eux.

Quelle est leur place spé­ci­fique dans ces CPTS ?
Le pro­jet de loi actuel issu de Ma san­té 2022, déjà adop­té à l’Assemblée nationale, com­porte 2 amende­ments nota­bles. L’un prévoit la recon­nais­sance d’équipes de soins de spé­cial­ités — en miroir des équipes de soins pri­maires — qui dis­poseront de finance­ments pour leur coor­di­na­tion. Entre les MSP, les équipes de soins pri­maires et ces équipes de spé­cial­istes, on voit bien se dessin­er des CPTS, que les pro­fes­sion­nels struc­tureront à leur guise. Ils recou­vriront un ter­ri­toire allant de 20 000 à 80 000 per­son­nes.

L’autre amende­ment définit des hôpi­taux de prox­im­ité, publics ou privés, avec une activ­ité de médecine, d’en­do­scopie diges­tive voire de chirurgie légère. On voit net­te­ment émerg­er une poli­tique ter­ri­to­ri­ale, notam­ment pour les déserts médi­caux, dans laque­lle le secteur privé a toute sa place. Les chirurgiens pour­ront exercer en étab­lisse­ment, ain­si que dans ces hôpi­taux de prox­im­ité pour faire par exem­ple des con­sul­ta­tions avancées, et inté­gr­er en plus les CPTS pour ce qui relève de la chirurgie ambu­la­toire ou de la RAAC. Dans ces domaines, tout est très organ­isé au sein des étab­lisse­ments, mais beau­coup moins à l’extérieur, avec notam­ment un manque cri­ant de coor­di­na­tion. La prob­lé­ma­tique est iden­tique pour les obstétriciens et les sages-femmes libérales. La seule con­trainte pour ces CPTS, c’est qu’elles doivent prévoir l’organisation des soins non pro­gram­més. Mais puisque même les étab­lisse­ments qui n’ont pas d’au­tori­sa­tion d’ur­gence ont dévelop­pé des unités de soins non pro­gram­més, pourquoi ne pas en struc­tur­er à l’extérieur ?

Quels sont les points de vig­i­lance ?
L’interopérabilité des sys­tèmes d’information entre pro­fes­sion­nels reste prob­lé­ma­tique. Des solu­tions tech­niques appa­rais­sent, comme la plate­forme web disponible dans les Hauts-de-France. Un bud­get pérenne de 300.000 € max­i­mum est prévu, selon la taille de la CPTS, pour met­tre en place une coor­di­na­tion et un sys­tème d’information com­mu­ni­cant. Ensuite, il ne faudrait pas que ces équipes soient sur-sol­lic­itées par la mul­ti­pli­ca­tion des organ­i­sa­tions. Les CME, en parte­nar­i­at avec les direc­tions, peu­vent aider les médecins des étab­lisse­ments à faire des choix per­ti­nents selon leur ter­ri­toire. Une CPTS, c’est un out­il à con­stru­ire en équipe, et avec les CME.