Vous avez occupé des postes man­agéri­aux dans des étab­lisse­ments de san­té publics, privés et ESPIC, qu’avez-vous appris des dif­férences ?

Je suis chez moi partout et chez moi nulle part, au sens où j’ai exer­cé en envi­ron­nement FHF, FHP, Uni­cancer et FEHAP. Quel que soit le secteur, nous faisons tous le même méti­er dans un même con­texte con­traint. En 17 ans d’exercice, je con­state qu’il s’est ter­ri­ble­ment com­plex­i­fié ; le nor­matif, l’é­conomique, le social, le régle­men­taire, le juridique sont de plus en plus exigeants.

Dans le secteur pub­lic, nous sommes plus sen­si­bles à un cer­tain nom­bre de sujets comme les mis­sions d’in­térêt général bien plus prég­nantes que dans le privé, les mis­sions d’en­seigne­ment et celles de recherche. Même si le privé est présent dans ces champs, ces mis­sions sont des préoc­cu­pa­tions quo­ti­di­ennes pour le man­ag­er de l’hôpital. Les vraies dif­férences sont là.

Dans le champ du soin, de la qual­ité et du nor­matif, le tra­vail est rigoureuse­ment le même. De plus en France, les paramédi­caux et les médecins sont for­més de la même manière, donc les pop­u­la­tions avec lesquelles nous tra­vail­lons sont les mêmes. Je fais par­tie de ceux qui défend­ent la for­ma­tion des médecins dans les clin­iques et j’ai œuvré en ce sens, notam­ment con­cer­nant les néphro­logues lorsque je tra­vail­lais dans le secteur de la dial­yse. Les médecins libéraux ou exerçants dans un hôpi­tal sont un corps pro­fes­sion­nel et leur mode de fonc­tion­nement varie peu. Je n’ai jamais vu un directeur d’une struc­ture publique obtenir plus d’un médecin au motif que celui-ci était salarié.

En revanche, l’hôpi­tal pub­lic béné­fi­cie d’une aura que l’hos­pi­tal­i­sa­tion privée, de manière assez injuste, n’a pas. Directeur d’hôpital, j’avais plus le sen­ti­ment d’être une sorte de « com­mis d’É­tat », aujourd’hui, j’ai le sen­ti­ment d’être un chef d’en­tre­prise. L’hôpi­tal privé a sou­vent une con­no­ta­tion com­mer­ciale alors que l’hôpi­tal pub­lic est tout auréolé d’une répu­ta­tion vertueuse, d’hu­man­isme, qui existe tout autant dans l’hos­pi­tal­i­sa­tion privée mais qui est net­te­ment moins perçue par le grand pub­lic. Avec les jour­nal­istes, c’est la même chose : une clin­ique est com­mer­ciale ou lucra­tive, alors que l’hôpi­tal, c’est St Vin­cent de Paul.

L’obtention, ou pas, de MIGAC ne fait-elle pas une dif­férence entre les secteurs ?

De nom­breuses mis­sions d’in­térêt général sont rem­plies par des étab­lisse­ments privés, au tra­vers des urgences, de la for­ma­tion des futurs pro­fes­sion­nels de san­té, de l’éducation thérapeu­tique, de la préven­tion… et elles doivent incon­testable­ment être mieux rémunérées. La loi HPST qui était de loin la plus libérale, avait été jusqu’à con­sid­ér­er que les mis­sions d’intérêt général devaient être assurées par tous les opéra­teurs de san­té indépen­dam­ment de leur caté­gorie, dès lors qu’ils se don­naient les moyens de le faire, dans de bonnes con­di­tions et au ser­vice du plus grand nom­bre. En pra­tique cette vision n’a jamais été mise en appli­ca­tion et les MIG sont restées prin­ci­pale­ment « la chose » de l’hospitalisation publique. C’est assez injuste en réal­ité sauf peut être pour des mis­sions très spé­ci­fiques telles que la prise en charge des mal­adies orphe­lines, des greffes, du SIDA pour lesquelles une coor­di­na­tion hos­pi­ta­lo-uni­ver­si­taire peut se jus­ti­fi­er.

À l’origine, les MIGAC étaient con­sub­stantielles de la T2A et ser­vaient, notam­ment sur la par­tie AC (aide à la con­trac­tu­al­i­sa­tion), à accom­pa­g­n­er l’innovation organ­i­sa­tion­nelle ou thérapeu­tique et à financer des pro­jets dis­rup­tifs. Les pre­miers CPOM prévoy­aient une part de finance­ment sous cette forme, or dans le temps ces crédits ont pro­gres­sive­ment dis­paru par dilu­tion dans les FIR. Il ne reste plus aujourd’hui que la part MIG qui par cer­tains côtés ressem­ble à une rente de sit­u­a­tion préféren­tielle­ment attribuée à l’hôpital pub­lic, dans une pro­por­tion tout à fait inéquitable du point de vue de l’hospitalisation privée.

À la décharge des étab­lisse­ments qui perçoivent ces MIG, celles-ci gagent sou­vent des emplois en CDI et une non-péren­ni­sa­tion des crédits génér­erait sans nul doute de la pré­car­ité, de la dif­fi­culté pour recruter, et au final une perte d’efficacité sur des mis­sions qui néces­si­tent un engage­ment sur le long terme. C’est sans doute l’une des lim­ites du sys­tème, où à une agilité atten­due on oppose la rigid­ité du droit du tra­vail.

De la même manière, on pour­rait décel­er un para­doxe dans la sup­pres­sion des crédits d’amorçage « AC » alors même que nos tutelles mis­ent sur l’affluence de pro­jets « arti­cle 51 » pour réformer le sys­tème de san­té.

Com­ment abor­dez-vous votre nou­veau rôle d’administrateur de la FHP-MCO ?

J’ai le sen­ti­ment qu’un con­seil d’administration est une ago­ra poli­tique où les idées foi­son­nent, où on arrête des straté­gies, je devrais donc m’y plaire. J’at­tends ensuite de la FHP-MCO qu’elle soit vig­i­lante, respon­s­able, force de propo­si­tion, et qu’elle appréhende les muta­tions du sys­tème de san­té en mesurant bien les enjeux pour la pro­fes­sion, sans dog­ma­tisme mais aus­si sans naïveté.

Lors du pre­mier CA auquel j’ai par­ticipé, j’ai été très favor­able­ment impres­sion­né par l’en­gage­ment de mes col­lègues et par leur degré de con­nais­sance de l’ac­tu­al­ité et des dossiers. Je les ai trou­vés très bons tech­nique­ment. Il y a de plus un vrai sou­tien de l’équipe per­ma­nente de la FHP-MCO. Nos témoignages sont fon­da­men­taux pour éclair­er les dirigeants de la FHP-MCO lorsqu’ils vont « fer­railler » avec les autres fédéra­tions ou le min­istère. J’ai le sen­ti­ment que le fonc­tion­nement actuel est plutôt effi­cient.

Dans mon expéri­ence pro­fes­sion­nelle, j’ai été mar­qué par l’action de la FNCLCC (précurseur d’Unicancer) — qui avait com­pris avant tout le monde qu’il fal­lait doc­u­menter les débats, objec­tiv­er les chiffres, s’en­gager dans une démarche qual­ité. Dès les années 2000, les pro­duc­tions de la fédéra­tion de can­cérolo­gie étaient d’une pré­ci­sion remar­quable et cela don­nait une puis­sance dans les négo­ci­a­tions avec la tutelle qui ont sans doute forte­ment pesé dans la déci­sion de lance­ment du pre­mier plan can­cer. La puis­sance d’un syn­di­cat, c’est d’être capa­ble de col­liger de l’in­for­ma­tion, de l’ob­jec­tiv­er, de la doc­u­menter et d’en faire un out­il de négo­ci­a­tion puis­sant. J’ai le sen­ti­ment que la FHP-MCO pos­sède ce savoir-faire.

Par­cours

Je suis ingénieur de for­ma­tion et j’ai démar­ré ma car­rière dans l’in­dus­trie bio­médi­cale. J’ai ensuite inté­gré le CHU de Nantes en tant que directeur adjoint en charge des plate­formes de biolo­gie et d’im­agerie médi­cale. J’ai suivi mon patron du CHU de l’époque au Cen­tre de lutte con­tre le can­cer de Nantes en tant que directeur adjoint en charge du bio­médi­cal, des travaux et de la com­mu­ni­ca­tion, et lui ai suc­cédé en tant que directeur général adjoint. J’ai ensuite pris la direc­tion de l’ECHO-dialyse qui fédère 36 struc­tures de dial­yse en Bre­tagne Pays de Loire, suite à quoi J’ai inté­gré le groupe Vedi­ci, où j’ai occupé la fonc­tion de directeur général délégué pour 4 des étab­lisse­ments nan­tais du groupe. Après un retour à l’hôpital pub­lic (CHU de Toulouse), j’ai pris la direc­tion générale du groupe Con­flu­ent à Nantes.