Une fois n’est pas cou­tume, la cam­pagne tar­i­faire sera vraisem­blable­ment à l’heure ! Dans 10 jours, nous con­naîtrons les engage­ments de l’État sur le finance­ment de cha­cune des pris­es en charge hos­pi­tal­ières. Au-delà du résul­tat, nous deman­dons que la cam­pagne soit empreinte de sincérité et d’honnêteté.

Tout d’abord, au regard de l’augmentation du vol­ume retenue par le Min­istère. En ter­mes de mécanique de con­struc­tion de cam­pagne, l’augmentation prévi­sion­nelle du vol­ume influe défa­vor­able­ment sur l’évolution des tar­ifs au 1er mars. Il est donc indis­pens­able que le vol­ume prévi­sion­nel soit réal­iste, car sa suré­val­u­a­tion con­stitue une baisse tar­i­faire déguisée. Rap­pelons qu’en 2018, le secteur hos­pi­tal­ier a non seule­ment subi le trans­fert de 200 mil­lions d’euros de l’ONDAM hos­pi­tal­ier vers l’ONDAM de ville, et que mal­gré ce trans­fert, il a sous-exé­cuté de 85 mil­lions d’euros l’ONDAM hos­pi­tal­ier. L’heure est à la prise en compte des réal­ités de ter­rain de nos étab­lisse­ments de san­té, et non plus à la con­struc­tion de pro­jec­tions théoriques s’appuyant sur des mod­èles sta­tis­tiques prévi­sion­nels.

Ensuite, au regard de l’ingénierie finan­cière. Nous adhérons sans réserve au dis­cours de notre Min­istre lorsqu’elle struc­ture sa vision de la san­té autour des notions de per­ti­nence, de sécu­rité et de qual­ité des soins. En revanche, il serait choquant de voir prélever le bud­get de finance­ment de cette qual­ité sur l’enveloppe dédiée aux tar­ifs, dont l’insuffisance est déjà large­ment recon­nue. Les 300 mil­lions d’euros de finance­ment à la qual­ité annon­cés représen­teraient une baisse de 0,6 % de nos tar­ifs : ni accept­able dans son principe, ni sup­port­able pour nos étab­lisse­ments. Pourquoi ne pas com­mencer par réin­té­gr­er dans le finance­ment à la qual­ité les 85 mil­lions d’euros sous-exé­cutés, qui ont été votés dans l’ONDAM hos­pi­tal­ier et non alloués aux étab­lisse­ments de san­té ? Nous appelons à la rai­son et deman­dons une aug­men­ta­tion pro­gres­sive de l’enveloppe IFAQ, soit le dou­ble­ment à 100 mil­lions d’euros pour 2019.

Enfin, au regard de la cohérence de la poli­tique menée. Agnès Buzyn déclarait la semaine dernière dans « Envoyé Spé­cial » sur France 2 : « Je me suis engagée à ce qu’aucune fer­me­ture d’un ser­vice de mater­nité de prox­im­ité ne le soit pour des raisons finan­cières. La seule chose qui m’anime, c’est la sécu­rité des femmes. » Mais lorsque le Min­istère sous-tar­i­fie volon­taire­ment la césari­enne, sans reporter les 25 mil­lions d’euros man­quants à ces ser­vices sur les autres GHS d’obstétrique, c’est en con­nais­sance de cause qu’il met les mater­nités dans l’impossibilité finan­cière d’assumer les coûts de fonc­tion­nement imposés par les normes : il crée ain­si lui-même le con­texte de l’insécurité puis de la fer­me­ture. Il est urgent d’arrêter de cau­tion­ner une poli­tique tar­i­faire qui frag­ilise les mater­nités.

À l’heure où les MIGAC restent tou­jours inac­ces­si­bles à l’hospitalisation privée, comme égale­ment trop sou­vent les Fonds d’Intervention Régionaux, la juste rémunéra­tion des pris­es en charge des soins à la pop­u­la­tion est notre seule planche de survie.

Nos deman­des sont entend­ables car raisonnables. Qui plus est après 6 années de baisse tar­i­faire, elles sont néces­saires.