Les 8e Journées Nationales de Chirurgie Ambu­la­toire (JAB) se tien­nent cette semaine, mer­cre­di 30 et jeu­di 31 jan­vi­er. L’occasion de faire pass­er un mes­sage aux directeurs d’établissements ?

L’objectif de 70 % de chirurgie ambu­la­toire en 2022 est bien sûr atteignable (2017 : 55,9 %) Elle pro­gresse partout, avec des taux supérieurs dans le secteur privé (65 %). Cette évo­lu­tion dépend surtout de l’implication des acteurs locaux, notam­ment des directeurs d’établissements. Le pas­sage à l’ambulatoire néces­site une volon­té forte, mais c’est aus­si un levi­er de réduc­tion des coûts qui n’est pas suff­isam­ment exploité. La clef, c’est d’investir dans des unités dis­posant d’une archi­tec­ture spé­ci­fique. Pour dimin­uer les DMS et les coûts, et anticiper un rat­tra­page de l’ENC, les étab­lisse­ments doivent com­mencer par inve­stir. Ensuite, ils devraient éval­uer plus pré­cisé­ment cette réduc­tion des coûts dans leur pro­pre étab­lisse­ment, ce qui n’est pas suff­isam­ment fait. L’économiste Frédéric Bizard a réal­isé une étude com­parée des coûts entre chirurgie tra­di­tion­nelle et ambu­la­toire, avant, pen­dant et après l’intervention. Il a util­isé les don­nées de la CNAM pour une quin­zaine d’interventions clas­siques, dont les abla­tions de vésicules bil­i­aires. En ambu­la­toire, les coûts sont dimin­ués de 25 % pour la journée opéra­toire, et inchangés avant et après : il n’y a pas de glisse­ment des coûts vers la médecine de ville pour ces inter­ven­tions comme cela est par­fois red­outé.

L’évolution récente de la lég­is­la­tion favorise l’ambulatoire…

Le décret du 29 octo­bre 2018 relatif à la sur­veil­lance post-inter­ven­tion­nelle et à la vis­ite pré-anesthésique autorise que soit court-cir­cuitée sous con­di­tions la salle de sur­veil­lance post-inter­ven­tion­nelle (SSPI). Cela con­cern­era des inter­ven­tions sous anesthésie locale ou locoré­gionale — cataractes, chirurgie orthopédique périphérique, etc. — soit 50 % des inter­ven­tions en ambu­la­toire. Le pas­sage en SSPI n’avait que peu d’intérêt en l’absence d’anesthésie générale, mais la loi nous y oblig­eait. Nous deman­dions cette évo­lu­tion depuis longtemps, et avons longue­ment dis­cuté en amont avec la Société française d’anesthésie et de réan­i­ma­tion. Ce fut un long débat : autant cer­tains chirurgiens ont pu frein­er sur l’am­bu­la­toire, autant cer­tains médecins anesthé­sistes-réan­i­ma­teurs ont pu frein­er sur cette évo­lu­tion.

L’ambulatoire, est-ce l’avènement de nou­veaux métiers ?

Les infir­mières et aides-soignantes sont très impliquées. Ces dernières devi­en­nent de véri­ta­bles « accom­pa­g­na­tri­ces » de patients, c’est un nou­veau rôle. Quant aux infir­mières, elles gèrent déjà le suivi pré et post-opéra­toire en appelant les patients, ou en les con­tac­tant par sms. Nous prônons d‘ailleurs l’utilisation des sms, car plusieurs expéri­men­ta­tions mon­trent que les patients y répon­dent davan­tage. Même les per­son­nes âgées « maîtrisent » cette tech­nolo­gie désor­mais.

Une petite révo­lu­tion est en cours, con­cer­nant la sor­tie des patients. La HAS nous con­firmera lors des JAB si elle valide la « procé­dure de sig­na­ture sous con­di­tion de score » (score de Chung > 9, etc.), qui ren­dra pos­si­ble la sor­tie d’un patient sans sig­na­ture instan­ta­née du médecin. Sous con­di­tions strictes, c’est l’infirmière qui valid­era la sor­tie du patient pour cer­tains d’entre eux. Finies les sor­ties de bloc et les change­ments de tenues répétés pour le chirurgien, juste pour pos­er sa sig­na­ture. Prob­a­ble­ment des chirurgiens seront réti­cents à cette procé­dure car ils veu­lent voir leur patient avant sa sor­tie, mais cela se met­tra en place pro­gres­sive­ment… comme la chirurgie ambu­la­toire. On se rap­prochera ain­si de ce qui se pra­tique en Angleterre, pio­nnière de l’ambulatoire, qui a 20 ans d’avance sur nous. Là-bas, même la con­sul­ta­tion pré-anesthésie est réal­isée, sous con­di­tions, par l’infirmière.

Les 8Journées Nationales de Chirurgie Ambu­la­toire se tien­dront les 30 et 31 jan­vi­er 2019, au Palais des con­grès d’Is­sy-les-Moulin­eaux.