Pub­lic vs privé, vous souhaitez « cass­er les codes ». Expliquez-nous…

Nous avons besoin d’une union forte des pro­fes­sion­nels de la san­té. Mon objec­tif, en tant que prési­dent de la Con­férence, c’est de favoris­er l’effort cul­turel et idéologique néces­saire pour cass­er les cli­vages qui nous nuisent, et qui nuisent à une offre de soins mod­ernisée, comme le pro­pose Ma San­té 2022 par dif­férents aspects. Les cli­vages ataviques sont trop nom­breux entre le pub­lic et le privé, la ville et l’hôpital et au sein de l’hôpital entre les CHU et les CH. Il est devenu indis­pens­able de faire un effort de coor­di­na­tion si l’on veut préserv­er notre sys­tème de sol­i­dar­ité, et faire béné­fici­er l’ensem­ble des citoyens des inno­va­tions et de la trans­for­ma­tion numérique en cours. Les temps ont changé. On ne peut plus tra­vailler en petits bas­tions publics ou privés. Co-con­stru­ire, tout le monde en par­le, il faut main­tenant le faire. C’est ma vision, mon approche, j’aimerais la partager pour avancer ensem­ble.

Réforme de la for­ma­tion des médecins : où en sont les uni­ver­sités ?

La Con­férence des Doyens est le garant de la for­ma­tion médi­cale qui doit être mod­ernisée à un objec­tif : la qual­ité. La for­ma­tion en san­té doit être plus réac­tive, adap­tée à l’ex­plo­sion du numérique et aux enjeux de la médecine de demain. C’est pourquoi nous avons ini­tié une grande réforme, ambitieuse, qui s’applique aux 3 cycles de for­ma­tion, de manière cohérente et glob­ale. C’est un tra­vail de fond, assez com­plexe, et tout n’est pas encore sta­bil­isé. Il est prévu de sup­primer le numerus clausus et la Paces, trans­former le 2nd cycle, finalis­er la réforme du 3et faire aboutir l’intégration uni­ver­si­taire des métiers de la san­té… Pré­par­er les enjeux de demain passe aus­si par la mise en place d’une véri­ta­ble coor­di­na­tion pluri-pro­fes­sion­nelle qui respecte l’ex­per­tise de cha­cun. La gra­da­tion des soins dans nos ter­ri­toires néces­site que l’on tra­vaille tous ensem­ble, avec cha­cun une feuille de route claire. Nous souhaitons for­mer les médecins à tous les types d’exercices, donc les « sor­tir » de l’hôpi­tal, comme nous le faisons depuis quelques années en médecine générale tout en affir­mant le lien Ville-Hôpi­tal. Ain­si, il faut dévelop­per les ter­rains de stages hors des CHU, y com­pris dans les cab­i­nets de spé­cial­istes libéraux et les étab­lisse­ments de san­té privés. Les exi­gences et le cadre péd­a­gogiques seront les mêmes qu’en CHU, avec une maîtrise de stage assurée par un prati­cien ou une équipe for­més et éval­ués.

Cette réforme de la for­ma­tion implique une vision nou­velle qui est cen­trée sur la com­pé­tence et la per­ti­nence avec le souci de ren­forcer les approches éthiques et déon­tologiques. Cette réforme doit aus­si induire une plus grande prise en compte du bien-être des étu­di­ants et des futurs soignants avec une capac­ité plus grande à « man­ag­er » et vivre ensem­ble.

Pourquoi dévelop­per les for­ma­tions extra-hos­pi­tal­ières ?

L’université est la « mai­son-mère » de la for­ma­tion ini­tiale. Ain­si, le CHU doit rester le « cœur du réac­teur » car c’est là que sont les enseignants chercheurs et que l’ensem­ble des mis­sions sont rassem­blées. Mais le CHU doit pré­par­er à tous les exer­ci­ces, avec un dosage sig­ni­fi­catif de for­ma­tions extra-hos­pi­tal­ières. La gra­da­tion des soins appelle logique­ment une gra­da­tion de la for­ma­tion. Par exem­ple, la prise en charge médi­cale et les actes de chirurgie poly­va­lente effec­tués hors des CHU pour­raient l’être par un prati­cien spé­ci­fique­ment for­mé à une chirurgie poly­va­lente de prox­im­ité, qui assur­era des soins de haute qual­ité. Les points de résis­tance sont nom­breux, mais il fau­dra avancer, car l’ob­jec­tif est bien que les CHU dis­sémi­nent les savoirs et les com­pé­tences dans les ter­ri­toires. « Gag­n­er du ter­rain » au sein de nos écosys­tèmes, nous affirmer comme des coor­di­na­teurs incon­tourn­ables de la for­ma­tion et de la recherche en san­té mais aus­si comme des acteurs socié­taux respon­s­ables, voici les grands axes de tra­vail de la Con­férence des doyens des fac­ultés de médecine de France. Pour cela, nous voulons affirmer sa force poli­tique afin de peser dans les grands dossiers actuels et à venir.