L’île de la Réu­nion est paralysée depuis deux semaines, quelle est la sit­u­a­tion ?

Nous con­sta­tons à par­tir d’aujourd’hui un déclin du mou­ve­ment des gilets jaunes. Durant ces deux semaines et dans la journée, l’ambiance était plutôt calme avec des bar­rages blo­quants lais­sant la plu­part du temps cir­culer les per­son­nes pri­or­i­taires, dont nos salariés. La Pré­fec­ture a mis en place des arrêtés de réqui­si­tion pour accéder notam­ment aux sta­tions essence, ce dont nos salariés et les ambu­lances ont pu béné­fici­er. La nuit en revanche des bar­rages moins encadrés étaient instal­lés, créant un fort sen­ti­ment d’insécurité, avec par­fois cail­las­sage des voitures et rack­ets.

Com­ment avez vous géré votre activ­ité dans ces con­di­tions ?

Je remer­cie tout le per­son­nel qui a fait face à la sit­u­a­tion avec un grand pro­fes­sion­nal­isme et un sens du devoir. Les équipes se sont mon­trées très sol­idaires, cer­taines per­son­nes allant jusqu’à pro­pos­er d’enchaîner des heures de nuit après un ser­vice de 12 heures de jour. Très peu d’absences ont été notées. Le per­son­nel par­tait très en avance pour être à l’heure. Pour réduire les risques nous avons pro­posé à nos per­son­nels de rester dormir sur place : une dizaine de per­son­nes dor­maient sur place la nuit et 5 le jour.

Nous avons main­tenu 70 à 80 % de notre activ­ité pro­gram­mée et avons assuré les activ­ités d’urgence, de mater­nité ou en car­dio-inter­ven­tion­nel par exem­ple. Des patients ne se sont pas présen­tés, y com­pris des patients frag­iles en radio­thérapie où nous avons enreg­istré cer­tains jours une baisse d’activité jusqu’à 30 %.

Le point noir demeure-t-il tou­jours l’organisation de la logis­tique ?

Nous gérons au jour le jour. Par exem­ple, nous avons reçu par avion le matin même du jour de rup­ture de stock cer­tains médica­ments de chimio­thérapie. Nos solutés sont quelque part en mer et 3 000 con­tain­ers sont blo­qués. Nous sommes donc oblig­és de dou­bler nos com­man­des mar­itimes par du fret aérien.

Il a fal­lu impro­vis­er devant l’absence de livrai­son de tenues et de nour­ri­t­ure car les camions pleins étaient blo­qués, ou encore trou­ver des solu­tions pour les déchets car les camions poubelle refu­saient de cir­culer, les poubelles étant util­isés pour allumer des feux.

Aujourd’hui, les bar­rages sont plus résidu­els, il ne reste prin­ci­pale­ment que le port à déblo­quer. Pour le moment, tous nos efforts sont engagés dans le main­tien de notre out­il de soins, nous ver­rons plus tard avec l’ARS si un fond nation­al avec com­pen­sa­tion est mis en œuvre comme c’est le cas lors d’un événe­ment météorologique extrême. Il est impres­sion­nant de voir à quelle vitesse une sit­u­a­tion de non droit peut s’installer et la dif­fi­culté ensuite à en sor­tir.