Emmanuel Macron a annoncé un grand plan pour l’hôpital. Qu’en pensez-vous ?

Ce sont surtout les soignants qui souf­frent. La T2A a amené l’hôpital à réfléchir à son activ­ité, à pro­duire plus de soins, mais il ne s’est pas organ­isé ni restruc­turé et con­tin­ue à fonc­tion­ner comme avant, avec une très forte organ­i­sa­tion admin­istrée. Le GHT est un instru­ment qui devrait per­me­t­tre de restruc­tur­er un cer­tain nom­bre d’activités redon­dantes et de mieux les organ­is­er : des achats com­muns, partager des ser­vices sup­ports, etc. Ça fait longtemps que l’hospitalisation privée a fait cela. Ensuite, l’hôpital souf­fre parce qu’on n’a pas su soutenir la médecine libérale. Il y a par exem­ple un dys­fonc­tion­nement dans la réponse apportée au recours exces­sif aux urgences car la médecine libérale n’a pas été soutenue, pour répon­dre aux besoins de la pop­u­la­tion. Les patients ne sont pas fous, s’ils avaient des petites struc­tures de prox­im­ité, dans les cab­i­nets de groupe, les MSP par exem­ple, avec un accueil de 8h à 20h, soutenu par la puis­sance publique, cela marcherait, et coûterait deux fois moins cher.

Les plateformes d’assurances complémentaires se développent, où en êtes-vous sur le tiers payant généralisé (TPG) ?

Notre posi­tion n’a pas var­ié : nous sommes favor­ables à un tiers payant social, pour les per­son­nes qui en ont besoin. Mais on ne veut pas d‘un sys­tème oblig­a­toire général­isé, parce que nous restons attachés au paiement à l’acte, et à une médecine libérale. Je pro­pose au gou­verne­ment une solu­tion alter­na­tive : le paiement moné­tique, avec une dis­pense d’avance des frais de san­té par débit dif­féré. Le patient paie son médecin avec une CB (il serait pos­si­ble de dot­er d’une CB san­té les 10 % de la pop­u­la­tion qui n’en n’a pas), et le médecin est abon­né par sa banque à un sys­tème de dis­pense d’avance de frais. Au bout d’un mois, le patient est débité, et le rem­bourse­ment sécu­rité sociale et mutuelle a déjà été fait. Le patient n’a pas d’avance à faire, mais le médecin est payé dans les 48h.

Con­cer­nant les offres de cer­taines entre­pris­es, les pseu­do télé­con­sul­ta­tions, le télé­con­seil, il s’agit plus d’offres com­mer­ciales que d’une vraie réponse aux besoins de la pop­u­la­tion. Nous restons attachés au par­cours de soin, au patient suivi par son médecin trai­tant, qui le con­naît, ou par son spé­cial­iste habituel, qui le con­naît.

Les négociations sur la télémédecine prennent fin, où en est-on ?

Nous avions une négo­ci­a­tion avec la CNAM pour per­me­t­tre à tous les Français d’accéder à leur médecin trai­tant ou leur spé­cial­iste via une télé­con­sul­ta­tion. Cela est très impor­tant, car nous ren­trons enfin dans une ère mod­erne de l’exercice médi­cal. Sur la télé­con­sul­ta­tion c’est plutôt bien par­ti, mais c’est plus com­pliqué pour la télé­ex­per­tise, qui pour­tant est fon­da­men­tale. Il s’agit d’améliorer la coor­di­na­tion entre un médecin requérant et un médecin req­uis pour son exper­tise. Cela restera très sous val­orisé et ne per­me­t­tra pas son déploiement à la hau­teur des enjeux. Si la CNAM ne s’y engouf­fre pas rapi­de­ment, ce champ-là sera lais­sé aux assureurs com­plé­men­taires, donc dépen­dra du niveau de revenus et de cou­ver­ture, ce qui revient à aller vers un sys­tème iné­gal­i­taire.

Vous disposez d’un nouveau mandat de 4 années suite aux élections de fin mars, quel sera votre grand dossier ?

Il s’agira de mieux struc­tur­er la médecine de ville, et cela tourne autour d’un mot : le regroupe­ment. Je ne suis pas opposé aux MSP au con­traire, mais je suis opposé à un mod­èle unique. Il faut que les médecins se regroupent au niveau fonc­tion­nel, et pas unique­ment physique. Cette évo­lu­tion doit se faire en sou­tenant les médecins exerçant seuls. Cela passe par le développe­ment des com­mu­nautés pro­fes­sion­nelles ter­ri­to­ri­ales de san­té. Les médecins doivent devenir de véri­ta­bles entre­pre­neurs de soins libéraux sur les ter­ri­toires.