Quels sont les grands axes de votre programme ?

Ce pro­gramme, nous l’avons élaboré suite à un grand tra­vail de con­cer­ta­tion, nous avons mis en place des com­mis­sions internes qui ont planché sur des thèmes ciblés, comme la struc­tura­tion du soin en ter­mes de finance­ment, l’or­gan­i­sa­tion du soin, les NBIC (nan­otech­nolo­gies, biotech­nolo­gies, infor­ma­tique et sci­ences cog­ni­tives) et l’in­tel­li­gence arti­fi­cielle, avec des per­son­nes issues de l’UME­SPE, mais pas seule­ment. Nous nous sommes inspirés de spé­cial­istes de la san­té à l’in­ter­na­tion­al, nous avons com­paré dif­férents mod­èles de finance­ment de la san­té en Europe. Nous sommes à une péri­ode charnière de la médecine. Tout va chang­er ces prochaines années dans les manières de pra­ti­quer notre méti­er. Autant pren­dre le temps dès main­tenant de s’in­ter­roger sur ces nou­velles formes du soin. J’ai été élu à l’u­na­nim­ité moins une voix ! Cela veut dire quelque chose: il y a une cer­taine accep­ta­tion de notre pro­gramme poli­tique, et ce n’est pas issu du hasard.

Le pre­mier grand axe de notre pro­gramme est l’or­gan­i­sa­tion ter­ri­to­ri­ale. Quand on par­le de l’or­gan­i­sa­tion de la médecine, on pense tout de suite aux général­istes, or les spé­cial­istes sont tout aus­si impor­tants pour la qual­ité de l’of­fre de soin. Les mal­adies chroniques sont en hausse, la dépen­dance est en hausse, notre méti­er doit chang­er. Nous devons déléguer des tâch­es pour répon­dre plus rapi­de­ment aux besoins de soin. Nous avons encore des marges d’amélio­ra­tion sur la per­ma­nence et la con­ti­nu­ité des soins.

Ensuite, nous avons un vrai besoin de trans­parence sur le dossier de la re-cer­ti­fi­ca­tion. Il y a mod­èle qui fonc­tionne, celui de l’ac­crédi­ta­tion des spé­cial­ités à risques. Nous avons un bon socle de dis­cus­sion sur la re-cer­ti­fi­ca­tion.

Enfin, nous avons égale­ment un volet impor­tant con­sacré au finance­ment. Aujour­d’hui, nous savons tous que nous arrivons à bout de course en ce qui con­cerne le finance­ment de la san­té. C’est un con­stat d’échec. Que faire ? Soit on se lamente, et l’on s’ac­croche à des solu­tions qui ont prou­vées qu’elles n’é­taient pas viables, et l’on refuse toute con­struc­tion. Soit on se tient prêt à expéri­menter. Moi je ne suis opposé à rien, ni au paiement à l’épisode de soin, ni au par­cours. Je ne suis pas con­tre expéri­menter avec les ACO. Se fix­er des objec­tifs avec les assureurs, se partager les économies réal­isées et porter ensem­ble les dépens­es sup­plé­men­taires si elles doivent avoir lieu.

Quels sont les enjeux de la médecine de spécialité et quel est votre agenda ?

La médecine de spé­cial­ité jouit d’une grande crédi­bil­ité. Des études mon­trent que les Français ont con­fi­ance dans leurs spé­cial­istes. Mais est-elle acces­si­ble ? Il faut répon­dre à l’éloigne­ment, il faut répon­dre aux délais de prise en charge. Pour l’heure, ces deux prob­lèmes amè­nent une baisse de la qual­ité de la prise en charge. Les spé­cial­istes doivent être con­sultés très tôt pour ori­en­ter la prise en charge. Pen­dant les trois mois d’at­tente d’un ren­dez-vous, les patients com­men­cent sou­vent des traite­ments mal adap­tés, ce qui occa­sionne des coûts sup­plé­men­taires. Il faut met­tre en place un grand chantier pour une meilleure col­lab­o­ra­tion entre les spé­cial­istes et les général­istes. Il faut que nous por­tions cette col­lab­o­ra­tion, elle est essen­tielle pour la qual­ité du soin.

Enfin, il faut que nous trou­vions les moyens de garan­tir aus­si une acces­si­bil­ité finan­cière. Cer­tains seg­ments de pop­u­la­tion ne con­sul­tent pas de spé­cial­iste par crainte de ne pou­voir le pay­er. Chez nous, tous les patients sont pris en charge. Tous les col­lègues ont une éthique, et tous ceux qui ne peu­vent pas pay­er ne payent pas, c’est déjà le cas. Mais les com­plé­ments d’hono­raires doivent trou­ver à se financer. Pourquoi pas avec des parte­nar­i­ats avec les assureurs ? À mon avis, il faut aller à moyen terme vers la créa­tion d’un nou­veau secteur, empreint d’une plus grande lib­erté.

Notre agen­da est le suiv­ant : d’abord, nous souhaitons dis­cuter l’avenant télé-médecine. Com­ment on le con­stru­it, quels seront ses tar­ifs ? Nous souhaitons lui don­ner tous les élé­ments de la réus­site. Nous avons ensuite le dossier de la re-cer­ti­fi­ca­tion, qui me tient par­ti­c­ulière­ment à cœur, avec la mis­sion du Pr. Serge Usan, qui doit laiss­er à la pro­fes­sion les moyens de s’or­gan­is­er pour plus de qual­ité et de trans­parence. Enfin, je souhaite apporter ma pierre à la recon­nais­sance de la médecine de spé­cial­ité sur les ter­ri­toires, en prenant con­crète­ment en compte son prob­lème d’ac­ces­si­bil­ité.

Quels sont les points de frictions possibles avec le gouvernement ?

Ils sont nom­breux ! À com­mencer par l’ar­ti­cle 99 de la Con­ven­tion médi­cale, qui a don­né un grand coup de couteau dans notre con­fi­ance lors du quin­quen­nat précé­dent. L’ar­ti­cle 99 per­met tout sim­ple­ment de baiss­er arbi­traire­ment les tar­ifs des radi­o­logues. Qui vien­dra ensuite ? Les anesthé­sistes ? Il faut sup­primer l’ar­ti­cle 99 pour rétablir un parte­nar­i­at con­ven­tion­nel. D’une façon générale, nous esti­mons que l’im­mix­tion de l’É­tat dans le domaine de la médecine gêne la lib­erté d’en­tre­pren­dre. Légifér­er sur tout, c’est blo­quer la lib­erté entre­pre­neuri­ale.