Médecine libérale : des recommandations explosives 

Le rap­port inti­t­ulé « L’avenir de l’As­sur­ance mal­adie : assur­er l’ef­fi­cience des dépens­es, respon­s­abilis­er les acteurs » a fait sor­tir de leurs gonds tous les syn­di­cats de médecins. Pour assur­er la péren­nité des sys­tèmes de san­té, les sages ciblent par­ti­c­ulière­ment la maîtrise des dépens­es en ville et recom­man­dent :

  • une mise en réserve pru­den­tielle d’une part de la rémunéra­tion ver­sée en con­trepar­tie du respect d’indicateurs, à l’instar des étab­lisse­ments de san­té ;
  • une lim­i­ta­tion de la valid­ité du diplôme à 5 ans sous con­di­tion de cer­ti­fi­ca­tion ;

« Est-on en train d’or­gan­is­er la fuite des cerveaux médi­caux? », réag­it le SML ; « Une bombe à frag­men­ta­tion » s’indigne l’UFML ; « Des mag­is­trats décon­nec­tés de la réal­ité de ter­rain », affirme la FMF. « Ce type de propo­si­tions met une nou­velle fois à mal l’attractivité de la médecine de prox­im­ité et n’encourage pas l’installation », s’agacent les représen­tants des cara­bins, internes, chefs et jeunes général­istes.

Enfin, ces propo­si­tions sont fraîche­ment reçues par les poli­tiques : « À l’heure où les médecins sont prêts à s’en­gager sur la voie de l’in­no­va­tion, pourquoi tou­jours en revenir aux ficelles de la coerci­tion ? » a twit­té le rap­por­teur général de la com­mis­sion des affaires sociales, Olivi­er Véran.

https://www.ccomptes.fr/fr/publications/lavenir-de-lassurance-maladie

Des MIGAC en augmentation… relative

Les clin­iques ont perçu 133,8 mil­lions d’euros, soit 1,94 % des 6,5 mil­liards d’euros de l’enveloppe MIGAC en 2016. Une enveloppe qui aug­mente de 37 % (1,49 % de l’enveloppe en 2015). Les étab­lisse­ments publics ont eux perçu 6,3 mil­liards d’euros.

Des actes de soins inutiles

La per­ti­nence des actes est « une marge de pro­grès con­sid­érable et d’é­conomies sans douleur pour la Sécu­rité sociale » déclarait la min­istre Agnès Buzyn. L’enquête réal­isée par Odoxa pour la FHF, et abon­dam­ment reprise par les grands médias, mon­tre qu’un tiers des Français, un tiers des médecins et un quart des directeurs d’hôpi­taux esti­ment que cer­tains actes ne sont pas « pleine­ment jus­ti­fiés ».

Cinq actes — la césari­enne, le pon­tage coro­nar­ien, la chirurgie du rachis, l’en­do­pro­thèse vas­cu­laire et les inter­ven­tions sur le cristallin — présen­tent des vari­a­tions régionales impor­tantes. Le taux de recours sur la chirurgie du rachis (148 pour 100 000 habi­tants en moyenne nationale) est com­pris entre 102 et 128 en Île-de-France mais entre 177 et 192 en Bour­gogne Franche-Comté. Pour l’en­do­pro­thèse vas­cu­laire (233 pour 100 000 habi­tants en moyenne nationale), la Bre­tagne présente un taux entre 160 et 214 con­tre 272 à 353 pour la région du Grand Est. Des vari­a­tions sont aus­si pointées entre les secteurs pub­lic et privé : le pon­tage coro­nar­ien affiche en Bour­gogne Franche-Comté un taux de 26 pour 100 000 dans le secteur pub­lic con­tre 9 pour 100 000 dans le privé.

« Ces dis­par­ités doivent être analysées afin d’en com­pren­dre pré­cisé­ment les raisons », pré­cise la FHF. 70 % des Français esti­ment que le sujet de la per­ti­nence des actes est insuff­isam­ment abor­dé dans le débat pub­lic.

Enfin, les Français plaident pour la fin de la tar­i­fi­ca­tion à l’acte : 64 % à 72 % pensent notam­ment qu’une autre rémunéra­tion des pro­fes­sion­nels de san­té et des hôpi­taux serait « juste », « effi­cace » et « moins coû­teuse ».

Une baisse des dépassements d’honoraires

L’ob­ser­va­toire con­ven­tion­nel sur les pra­tiques tar­i­faires des 23 100 médecins spé­cial­istes de secteur 2 souligne une baisse des DP à 52,5 % en 2016 con­tre 54,1 % en 2015 (56,9 % en 2011). Mais en valeur brute, ces dépasse­ments ont aug­men­té, pas­sant de 2,35 mil­liards en 2011 à 2,66 mil­liards d’euros en 2016. Paris et le Can­tal sont les deux zones « extrêmes » pour ces pra­tiques. Par spé­cial­ité, ce sont les gyné­co­logues médi­caux et les géri­a­tres qui fac­turent le plus au-delà du tarif oppos­able.