Médecin général­iste, prési­dent de l’as­so­ci­a­tion Soins Coor­don­nés

Quel diagnostic posez-vous sur les mesures déployées pour lutter contre les déserts médicaux aujourd’hui ?

Les mesures mis­es en œuvre jusqu’à aujourd’hui ne sont pas pen­sées dans une logique de poli­tique générale à l’égard des déserts médi­caux ; elles se super­posent sans apporter de réponse de long terme. Au fil des plans de lutte, les mêmes solu­tions sont pro­posées sans que l’évaluation des précé­dentes ne soit réal­isée, ni que des amélio­ra­tions sig­ni­fica­tives ne soient con­statées sur le ter­rain.
Cer­taines mesures pro­posées sont inadap­tées à la réal­ité du ter­rain. Par exem­ple, pro­pos­er une aug­men­ta­tion du numerus clausus, c’est non seule­ment penser l’of­fre sans penser la demande : si vous arrosez le désert vous n’y ver­rez pas pouss­er de nou­velles cul­tures par magie. C’est aus­si oubli­er qu’il faut presque 10 ans pour for­mer un médecin général­iste, mais surtout que peu de médecins for­més s’installent effec­tive­ment en libéral et encore moins en tant que médecin général­iste de plein exer­ci­ce. Quant aux mesures coerci­tives telle que l’obligation d’installation, elles sont inef­fi­caces et entraî­nent un rejet de la spé­cial­ité par tous, au pre­mier rang desquels les étu­di­ants.
Cer­taines propo­si­tions exis­tantes sont intéres­santes même si elles ne représen­tent pas en soi, une réponse à part entière au prob­lème : c’est le cas des inci­ta­tions finan­cières, de la télémédecine ou de l’exercice en maisons de san­té.
Prenons les maisons de san­té, par exem­ple : elles appor­tent ça et là un embry­on de réponse mais ne peu­vent être l’unique mod­èle de l’exercice coor­don­né. Tout sim­ple­ment car elles ne répon­dent pas tou­jours aux besoins. Out­re l’absence de mod­èle économique et les lour­deurs admin­is­tra­tives qu’elles représen­tent, la con­cen­tra­tion de pro­fes­sion­nels autour de pôles sou­vent excen­trés peut créer de nou­velles dif­fi­cultés d’accès pour cer­tains patients.

Selon vous, quels devraient être les 2 ou 3 premières décisions d’urgence qu’il faudrait prendre pour efficacement lutter contre les déserts médicaux ?

La lutte con­tre les déserts médi­caux doit s’en­gager au tra­vers de mesures de court, moyen et long terme. Il importe de com­mencer par con­forter et préserv­er l’existant : cela sig­ni­fie soutenir les pro­fes­sion­nels qui exer­cent déjà dans les zones ten­dues. Pour cela, nous dévelop­pons dans notre livre plusieurs mesures per­me­t­tant de val­oris­er et soulager les médecins général­istes de plein exer­ci­ce (nous les appelons les Medge*) .
Par­mi les déci­sions à pren­dre très rapi­de­ment, il faut évidem­ment per­me­t­tre aux Medge de devenir maîtres de stage de façon automa­tique et dévelop­per les stages en zones ten­dues.
On peut aus­si imag­in­er une prise en charge des coti­sa­tions sociales des Medge en zones ten­dues, ou encore une mise en place d’un vrai ser­vice de rem­place­ment des pro­fes­sion­nels de san­té etc. Ce sont des mesures assez sim­ples à met­tre en œuvre mais qui peu­vent avoir un réel impact.
En par­al­lèle, il est essen­tiel d’organiser le pre­mier recours autour d’équipes de soins pri­maires coor­don­nées au sein desquelles les com­pé­tences de chaque pro­fes­sion­nel de san­té (phar­ma­ciens, infir­miers, biol­o­gistes etc.) sont respec­tées et max­imisées. Au sein de ces équipes, il sera pos­si­ble de penser une vraie logique de par­cours et de faire vivre le lien entre la ville et les étab­lisse­ments de san­té.

Quel est le rôle que les cliniques peuvent ou doivent jouer dans ce dispositif ?

La mise en place d’une réponse coor­don­née des pro­fes­sion­nels de ville per­me­t­tra de soulager les étab­lisse­ments aujourd’hui trop forte­ment sol­lic­ités et de con­cen­tr­er leur exper­tise sur les mis­sions qui leur sont dévolues depuis la loi HPST, à savoir la prise en charge des urgences et les actes et con­sul­ta­tions tech­niques qui relèvent d’une haute tech­nic­ité (inter­ven­tions chirur­gi­cales, con­sul­ta­tions de spé­cial­istes, etc.).
En ce sens, les clin­iques ont un véri­ta­ble rôle à jouer dans l’organisation du par­cours de san­té du patient. Cela ne pour­ra se faire sans un ren­force­ment de la coor­di­na­tion entre la ville et les étab­lisse­ments. La LMSS en offre l’opportunité en per­me­t­tant la créa­tion de com­mu­nautés pro­fes­sion­nelles ter­ri­to­ri­ales de san­té qui offrent une pos­si­bil­ité de réponse struc­turée en ville aux besoins des patients en même temps que des inter­locu­teurs iden­ti­fiés aux acteurs du 2e recours.

Con­sul­ter le livre #Déserts médi­caux : quels leviers pour sor­tir de l’impasse ? 
Il est pub­lié chaque semaine, chapitre après chapitre, depuis le site évène­men­tiel vaincrelesdesertsmedicaux.com

* Notre déf­i­ni­tion du Medge : le Medge est un médecin général­iste de plein exer­ci­ce con­ven­tion­né qui accepte tous les patients quel que soit leur âge ou con­di­tions, sans ren­dez-vous, et qui accepte une mis­sion de san­té publique pour répon­dre aux besoins pri­or­i­taires des patients des zones déser­ti­fiées.