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L’Europe à l’âge des “Smart Hospitals”, la Grèce à l’heure du déclin de son système de soins

Com­ment qual­i­fiez-vous l’état de san­té du sys­tème san­i­taire grec ?
Le sys­tème de san­té en Grèce est malade au sens pro­pre du terme. Tous ceux qui se sont ren­dus dans un hôpi­tal pub­lic grec dernière­ment ont pu se ren­dre compte des délais de plusieurs heures pour pou­voir être exam­iné, de l’impossibilité de béné­fici­er d’examens cor­rects faute équipements qui fonc­tion­nent, de la liste d’attente out­rageante pour se faire opér­er, délai qui peut être fatal pour le patient, du manque de matériel, de dis­posi­tifs médi­caux, de médica­ments, de blous­es pour les per­son­nels, des cham­bres sans draps, oreillers, cou­ver­tures et arti­cles d’hygiène, etc.

Mal­heureuse­ment, le mem­o­ran­dum inclut la san­té dans les oblig­a­tions de réduc­tion de dépens­es, au lieu de nous accom­pa­g­n­er dans des réformes de fond du sys­tème de san­té qui per­me­t­traient de juguler les coûts opéra­tionnels avec la fusion d’hôpitaux et clin­iques, pour opti­miser le taux d’occupation, per­me­t­tre la mobil­ité des pro­fes­sion­nels de soins et médecins, la fusion des lab­o­ra­toires de diag­nos­tics, le regroupe­ment des achats et la ratio­nal­i­sa­tion des coûts opéra­tionnels, etc. Au lieu de cela, nous assis­tons à l’asphyxie du sys­tème avec des patients qui, du fait de leur manque de moyens financiers, ne peu­vent pas se tourn­er vers le secteur privé et une Sécu­rité sociale nationale qui ne délivre des fonds que lorsqu’elle le veut et autant qu’elle veut.

Com­ment réag­it le secteur privé ?
Le secteur privé doit faire preuve d’empathie et de devoir social. Il est de notre devoir de pro­duire des soins en se sub­sti­tu­ant ou en com­plé­men­tar­ité du ser­vice pub­lic, en assur­ant l’é­gal­ité d’ac­cès et la qual­ité des soins, l’ef­fi­cience, en appor­tant des ser­vices de qual­ité basés sur les stan­dards inter­na­tionaux, sans liste d’at­tente, en util­isant les nou­velles tech­nolo­gies et la télémédecine, et le poten­tiel énorme qu’elles représen­tent, et en nous adap­tant au pro­grès de la sci­ence médi­cale, des nou­veaux traite­ments et de la révo­lu­tion infor­ma­tique.

Cette tâche s’avère toute­fois dif­fi­cile, à l’heure où les clin­iques privées sont soumis­es à un taux de TVA qui est passé de 13 à 24 %, reçoivent les paiements de l’Assurance mal­adie, dans le meilleur des cas, avec 8 mois de délais, et que ces rem­bourse­ments sont pla­fon­nés par la loi à 50 % des mon­tants fac­turés. Le bud­get total alloué au secteur privé pour soign­er les presque 11 mil­lions de Grecs est de 235 mil­lions d’Euros, alors que les coûts effec­tifs des soins dis­pen­sés aux patients qui choi­sis­sent le secteur privé sont de 470 mil­lions d’euros.

À l’aube d’un nou­v­el âge de développe­ment dans les autres pays, la Grèce restera en recul tant que le mémoran­dum sera en vigueur. Le secteur privé dans ce pays veut être moteur de ces nou­velles évo­lu­tions et relever le chal­lenge de l’avenir. La san­té est un bien com­mun et la lib­erté de choix des patients de leur médecin et de leur hôpi­tal, indépen­dam­ment du secteur, est un droit.

L’espérance de vie est en recul, notre pop­u­la­tion est de plus en plus âgée, l’émergence de nou­velles mal­adies demande d‘être inno­vants et en même temps pré­cis dans les exa­m­ens et diag­nos­tics, médi­ca­tion et traite­ments, et ce, dans une péri­ode où les coti­sa­tions ver­sées à l’Assurance mal­adie sont en recul per­pétuel. Sur le moyen terme toute­fois, les investisse­ments dans la san­té con­duiraient à des résul­tats béné­fiques avec une pop­u­la­tion en bonne san­té, inté­grée dans un proces­sus de développe­ment et de pro­duc­tion.

Inutile de dire qu’il est du devoir d’un État de sécuris­er une offre de soins pour tous les citoyens, en col­lab­o­ra­tion avec le secteur privé, là où le secteur pub­lic est défi­cient. L’État doit cepen­dant tenir ses promess­es et cou­vrir les dépens­es de soins que nous assurons démoc­ra­tique­ment, avec le meilleur niveau de qual­ité pos­si­ble. Les allo­ca­tions doivent être réa­justées et divisées équitable­ment entre les secteurs pub­lic et privé, non pas sur une base idéologique, mais basées sur le choix et les besoins des patients.

Une poli­tique dog­ma­tique sig­ni­fie la fin du secteur privé qui se bat au jour le jour pour sa survie.

Un sys­tème de san­té sans secteur privé, sans clin­iques ni lab­o­ra­toires privés, avec un secteur pub­lic en dys­fonc­tion­nement, sig­ni­fie retourn­er à un niveau san­i­taire digne d’un pays du tiers monde avec un sys­tème de san­té à deux vitesses, ceux qui n’y ont pas accès et ceux qui peu­vent se pay­er du soin.
La Grèce et les Grecs méri­tent un ser­vice de san­té de qual­ité, sûr, effi­cient et sans dis­crim­i­na­tion, avec un libre accès aux nou­velles tech­nolo­gies et traite­ments mod­ernes de niveau européen. N’oublions pas que la Grèce est le berceau de la civil­i­sa­tion européenne et le pays d’Hippocrate.

Des chiffres apocalyptiques

La crise san­i­taire qui se propage en Grèce est endémique :

  • Aug­men­ta­tion de la mor­tal­ité infan­tile de 43 %, des petits poids à la nais­sance de 16 %, de la mor­tal­ité néona­tale de 32 % (2008–2011) – soit un dou­ble­ment en chiffre absolu (1)
  • Diminu­tion de plusieurs cou­ver­tures vac­ci­nales
  • Aug­men­ta­tion des hos­pi­tal­i­sa­tions dans les hôpi­taux publics de 37 % (2009–2011) (2)
  • Diminu­tion de 50 % des dépens­es totales du min­istère de la San­té depuis 2008
  • Instau­ra­tion d’un tick­et mod­éra­teur de 5 € pour les soins ambu­la­toires en hôpi­tal précédem­ment gra­tu­its (2011)
  • 25 % des Grecs n’ont plus de cou­ver­ture san­té (3)

La crise sociale augure d’une crise san­i­taire sans précé­dent :

  • Taux pau­vreté infan­tile : de 23 % à 41 % (entre 2008 et 2012) (4)
  • Aug­men­ta­tion du taux de sui­cide de 35,7 % en 2012 (5)
  • 2,5 mil­lions sur 10,77 mil­lions de Grecs vivent sous le seuil de pau­vreté (6)
  • Taux chô­mage (mars 2015) : 25 % (stop des indem­nités et de la cou­ver­ture mal­adie après 12 mois) (7)
  • 28 % des Grecs vivent dans des loge­ments surpe­u­plés (8)
  • 30 % dis­ent ne plus pou­voir se chauf­fer en hiv­er (9)

Sources :

Rap­port Médecins du Monde
(1) OMS ; OECD data: stats.oecd.org/index.aspx?DataSetCode=HEALTH_STAT. Last accessed on 16/02/2014.
(2) Études annuelles sur les hôpi­taux réal­isées par l’Autorité sta­tis­tique grecque, et la base de don­nées du Sys­tème nationale de san­té (ESY).
(3) OECD Direc­torate for Employ­ment, Labour and Social Affairs. op. cit.
(4) UNICEF. Chil­dren of the Reces­sion: The impact of the eco­nom­ic cri­sis on child well-being in rich coun­tries. Flo­rence: UNICEF 2014.
(5) Nation­al data from the Hel­lenic Sta­tis­ti­cal Author­i­ty.
(7) Ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/index.php/Unemployment_statistics.
(6–8‑9) Hel­lenic Sta­tis­ti­cal Author­i­ty. Sta­tis­tics on income and liv­ing con­di­tions 2013 (income ref­er­ence peri­od 2012).