La prévention primaire est aujourd’hui médicalisée

Vous venez de publier avec Jean-Pierre Thierry, «Trop soigner rend malade »,  quelles étaient vos motivations ?

Depuis 10 ans, au sein de l’association Le Lien, je con­state que env­i­ron 30% des dossiers de com­pli­ca­tions médi­cales com­por­tent un acte inutile. Aujourd’hui, nous avons les élé­ments de preuves et tout est doc­u­men­té dans notre livre. Nous con­sta­tons que quand on est mau­vais sur la per­ti­nence des soins, il y a de fortes chances pour qu’on soit mau­vais partout. En 2013, nos Etats généraux avaient déjà pour fil rouge la per­ti­nence des soins, cela a accéléré l’émergence de cette notion essen­tielle.

Vous dénoncez la fabrication de malades artificiels, que voulez-vous dire ?


Depuis de nom­breuses années, et c’est arrivé tout douce­ment, nous assis­tons à une baisse des normes biologiques avec la com­plic­ité involon­taire de tous les acteurs. Aux Etats-Unis, un arti­cle récent incite à traiter les patients dès 12 de ten­sion sys­tolique.  Une ten­dance véri­fiée pour d’autres patholo­gies comme le dia­bète, le taux de PSA, etc. Ces effets de seuil sont cat­a­strophiques. Les big data nous per­me­t­tent de véri­fi­er qu’il est faux de penser qu’en soignant les per­son­nes plus tôt, ça ira mieux. Nous faisons ain­si entr­er dans le sys­tème de san­té des mil­lions de patients pour lesquels une préven­tion pri­maire sim­ple — pour beau­coup, une meilleure hygiène de vie suf­fi­rait — dans un process médi­cal­isé avec tous les effets sec­ondaires que cela pro­duit et qui au final rend les per­son­nes réelle­ment malades. C’est un biais du sys­tème con­tre lequel nous nous élevons et con­tre lequel lutte aus­si la HAS. Les firmes por­tent une respon­s­abil­ité impor­tante car pour créer de nou­veaux marchés, il faut créer de nou­veaux malades. La sécu­rité sociale doit arrêter de rem­bours­er tout et n’importe quoi.

Que proposez-vous ?


Nous pro­posons une co-déci­sion du malade avec son médecin. Je voulais titr­er le livre ” Vous n’êtes peut être pas aus­si malade qu’on vous le dit ». Les médecins sont hon­nêtes et ont tous envie de bien soign­er leurs patients, si le patient inter­roge son médecin : « doc­teur, êtes-vous sûr que c’est néces­saire ? », nous mis­ons sur les quelques sec­on­des de réflex­ion avant sa réponse pour revenir à des con­seils sim­ples. C’est avec les médecins que nous allons gag­n­er cette bataille.