Dans le cadre des négo­ci­a­tions con­ven­tion­nelles, les médecins libéraux batail­lent farouche­ment cette semaine con­tre la mise en place d’indicateurs à la rémunéra­tion. On leur envie ce droit à négoci­er leurs tar­ifs mais surtout on sou­tient infin­i­ment leur résis­tance à faire entr­er l’exercice de la médecine dans une règle de trois.

Quand prochaine­ment, les pre­mières « dégres­siv­ités tar­i­faires » vont tomber, étab­lisse­ment et corps médi­cal vont plonger ensem­ble dans les affres du ques­tion­nement de la per­ti­nence des actes hos­pi­tal­iers. Résis­ter à la stan­dard­i­s­a­tion des arrêts de tra­vail, aujourd’hui pour ce qui con­cerne les général­istes, ou au niv­elle­ment du taux de césari­enne, demain pour ce qui con­cerne les mater­nités, est un même com­bat ! Celui qui con­siste à ne pas céder à l’arrogance de réduire la sci­ence com­plexe de l’épidémiologie à un exer­ci­ce compt­able.

Les patients atten­dent les soins appro­priés à leur état de san­té mais ils escomptent aus­si des pre­scrip­teurs de dépens­es publiques, que nous sommes à leur demande, qu’ils maîtrisent les coûts de leurs actes. Dif­fi­cile poli­tique­ment pour un gou­verne­ment de raison­ner ses conci­toyens. Alors, les rémunéra­tions sont mod­ulées à coups d’incitations, vertueuses comme celles « à la qual­ité », et de dés­inci­ta­tions, vicieuses comme celles con­stru­ites à par­tir d’indicateurs dont on prend le risque qu’ils soient choi­sis pos­si­ble­ment par défaut.

Dès lors, les moti­va­tions stricte­ment médi­cales n’y suf­firont plus et il fau­dra enrichir le champ de notre argu­men­taire avec celui des sci­ences humaines et sociales. Car der­rière un patient se cache un indi­vidu, car der­rière un GHM se dis­simule une his­toire et le rôle que nous jouons de ciment de la société dis­paraît der­rière l’étiquette de pre­scrip­teurs de dépens­es publiques.

Com­ment ne rien lâch­er de l’éthique de nos métiers ?

Ségolène Ben­hamou
Prési­dente du syn­di­cat nation­al FHP-MCO